Le business de la musique religieuse : Les Prêtres stars des hits

Passant devant Michael Jackson et Christophe Maé dans les charts, leur album "Spiritus Dei" reçoit la bénédiction pécuniaire du public.
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Amen l'argent pourrait-on dire sans mauvaise foi. L'icône de la chanson religieuse prend en 2010 le gracieux visage d'un trio de prêtres qui, tel un Boys Band sanctifié par Monseigneur Jean-Michel di Falco Léandri, donne du coffre pour ceux, vides, de l'Eglise. Le but ici n'est pas de ramener les brebis égarées sur le droit chemin mais de financer l'équipement d'une école à Madagascar ainsi que la construction d'un hébergement pour pèlerins dans les Hautes-Alpes. Avec une vente de "Spiritus Dei" à près de 800 000 exemplaires, on peut le croire : la messe est dite !

Sous les ordres de Mgr. Jean-Michel di Falco Léandri et Didier Barbelivien

Monseigneur di Falco Léandri se désespère. Une école malgache de 1700 élèves est en attente de fournitures et ce n'est pas avec les quelques oboles récoltées dans les paniers de la paroisse que le financement pourra se faire. Didier Barbelivien, ami de l'évêque de Gap, apparaissant tel un ange-gardien, lui propose alors de prendre modèle sur le groupe irlandais composé de vrais prêtres, The Priests , dont les chants sacrés se sont écoulés à plus d'un million et demi de disques en 2009.

Les auditions ont lieu à l'intérieur même de la paroisse de l'évêque improvisé manager qui parmi les candidats retient le curé et musicien Jean-Michel Bardet, le prêtre Charles Troesch,ancien chanteur des "Petits chanteurs à la croix de bois"et le séminariste Dinh Nguyen Nguyen. Les trois Pères s'en vont alors passer le casting de TF1qui ne se fera pas prier pour vite produire l'album et le clip des futures stars bienfaitrices.

Sorti en mars 2010, " Spiritus Dei " mêle les chansons religieuses et les profanes- ou pro fans c'est selon- pour satisfaire la demande d'un public en mal d'amour et d'espoir. Entre un "Hallelujah" de Léonard Cohen et un "Quand on a que l'amour de Jacques Brel", en passant par Francis Cabrel ou les Dix Commandements, Les Prêtres passent sous les projecteurs de Vivement dimanche sur France 2 et s'en vont à la rencontre de leurs fidèles dans une tournée printanière.

La musique religieuse, ingrédient d'un succès commercial depuis les années 90

Lorsque l'on recherche sur le site Deezer l'album "Spiritus Dei" point de prêtrise à l'horizon, en revanche les Moines inspirés du même esprit divin y dansent la Sarabande . En ouvrant bien les oreilles, vous reconnaîtrez peut-être la musique qui nous vient du compositeur Haendel dont on retrouve les mélodies dans "Spiritus Dei". Et puis, de chapelet en chapelet, on arrive à la version de cette même symphonie par Era , issue de l'album "Era Classics" sorti en 2010.

La musique d'inspiration religieuse est un véritable phénomène commercial qui étoffe sa bible d'airs célèbres et déjà appréciés du grand public mais qui peut aussi s'avérer pérenne puisque le groupe Era a vendu depuis 1997 pas moins de 12 millions d'albums à travers le monde.

Si pour Era la recette est de mélanger chants grégoriens et synthétiseurs pour créer une musique spirituelle qui voyage entre époque médiévale et contemporaine- à l'image des Visiteurs de Jean-Marie Poiré pour qui Eric Lévi inaugura le concept- pour d'autres l'ingrédient secret se situe dans le paradoxe sensualité/mystique. Ainsi Enigma, précurseur de la musique new age, accompagne ses chansons d'une voix féminine langoureuse dont les halètements de plaisir sont devenus célèbres avec Sadeness .

La musique spirituelle est écologique : elle recycle !

L'Ave Maria de Schubert tour à tour interprété par Luciano Pavarotti, Céline Dion, Alicia Keys, Nina Hagen, Mylène Farmer, Beyoncé... se décline sous tous les tons, toutes les soutanes. Proposée sous le titre "Une place au soleil" par Les Moines , elle se fait épurée et resplendissante d'émotion dans la version de The Priest.

Et à l'instar de ces chorales d'enfants comme Vox Angeli qui suscitent les louanges en accompagnant les chansons célèbres de leurs belles voix cristallines, le business de la musique religieuse s'appuie sur les reprises de chansons populaires pleines de bons sentiments et porteuses d'espérance.

Un seul crédo : faire rêver et émouvoir. Et quand les sons de cloche diffèrent quant au fait de servir la bonne cause en formant un "Priests Band", Monseigneur di Falco Léandri lève les bras au ciel et rétorque. "J’assume. Si d’autres veulent rester dans leur sacristie, c’est leur problème. Mais ce sont les mêmes qui feront de grands discours sur la mission… Je vais rejoindre les gens là où ils sont. »

Si les voies du Seigneur sont impénétrables, les voix de nos chers Prêtres pénètreront pour leur part à nouveau dans les chaumières dès avril 2011 dans un album imprégné du même esprit.... divin !

Liens

Vidéo de LCM "La Curé Mania s'abat sur Marseille" -mai 2010

Site du Secours Catholique

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