Le stylo-plume : invention et histoire d'un objet de collection

Comment le stylo-plume se libéra du porte-plume et prit son envol grâce à la mésaventure d'un agent d'assurances, Lewis Edson Waterman.
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Un contrat en or qui lui passe sous le nez en raison d'une bavure d'encre. Il n'en fallait pas plus à Lewis Edson Waterman pour transformer le stylo à réservoir en stylo-plume et faire du porte-plume et encrier des accessoires désuets. C'était en 1883. Depuis, le stylo-plume a toujours de belles pages devant lui. Pour gaucher ou pour apprenti écolier, bon marché ou de collection, outil utile ou bijou de luxe, il s'ancre dans les mains pour coucher lettres et mots sur le papier avec une élégance que le stylo à bille ne saurait lui ravir.

L'invention du stylo-plume par Lewis Edson Waterman en 1883

L'homme, agent d'assurances, était sur le point de conclure un formidable marché d'affaires quand se produisit l'inconcevable. Le stylo à réservoir emporté pour l'occasion afin de ne pas encombrer le client avec porte-plume et encrier s'entête à ne pas vouloir écrire avant de fuir lamentablement sur les précieux documents, maculés d'encre.

Lewis Edson Waterman se précipite alors pour refaire le contrat dans son bureau, mais il est déjà trop tard... A son retour, un concurrent est passé par là et notre malheureux courtier de se retrouver le bec dans l'eau. Qu'à cela ne tienne, la plume coupable sera non pas châtiée, mais perfectionnée entre ses doigts de génie.

De la plume d'oie au stylographe : une évolution à tâtons

La plume d'oie est celle qui a marqué le plus les esprits, mais d'autres plumes d'oiseaux comme celles du canard, du corbeau, de l'aigle ou du coq ont chatouillé la peau de nombre de parchemins. A Rome, on préfère le calame- un roseau- ou le bronze, en Egypte on opte pour la plume de cuivre. Néanmoins, si l'on aime à se distinguer avec une plume forgée dans un métal précieux, le manque de souplesse et de résistance entrave l'écriture. Il faut attendre l'apparition de nouveaux aciers en 1820 pour que la plume métallique prenne définitivement son envol.

Le porte-plume portable du roumain Petrache Poenaru, breveté en 1827, révolutionne la trousse scolaire en intégrant l'encre à son dispositif. La plume s'alimente elle-même à l'infini. Du moins dans l'idéal puisque le réservoir d'encre connait des ratés que les hommes d'affaires à l'instar de Waterman n'apprécient guère. A la fin du XIXe siècle, le dirigeant inspiré de The Ideal Pen Company lui donne toutes ses lettres de noblesse. Le stylo-plume, après plusieurs perfectionnements, voit finalement le jour le 12 février 1884 avec son premier modèle baptisé "The Regular".

Le commerce florissant du stylo-plume : Waterman, Parker, Reynolds, Montblanc, Sheaffer

S'apercevant bien vite de l'intérêt suscité par son stylo-plume conçu d'abord pour l'assister de manière efficace dans ses affaires, Waterman s'empresse de le commercialiser. Avec l'émergence de la publicité, la marque connaît un succès grandissant et d'autres sociétés, sentant là le bon filon, d'apporter elles aussi leurs contributions à l'industrie du trésor de tous les écoliers pour qui le buvard rimait jusqu' alors avec cauchemar.

En 1921, George Parker crève l'écran du papier avec la plume de son Duofold qui se distingue par sa grande taille (presque 14 cm), sa robe aux couleurs chaudes et son prix- exorbitant pour l'époque- de 7 dollars. Objet de luxe, il s'est collé aux doigts de l'écrivain Colette et a fait la fortune de la société Parker. Dans la même famille, nous trouvons le Parker 51 qui était la gâchette préférée des soldats américains de la Seconde guerre mondiale lorsqu'ils dégainaient stylos et feuilles blanches pour écrire à leurs familles.

Autre nom célèbre du stylo-plume, la firme Reynolds qui, en 1945, vendait " the pen the world prefers" à 10 dollars pièce, un chiffre qui se multiplie par 10 en 2006. Parmi les pointures des bonnes mines, l'entreprise allemande Montblanc fait aussi dans le haut de gamme en proposant des plumes garanties à vie dès 1935.

Dès ses débuts, le stylo-plume s'affirme comme un objet d'élégance et de distinction sociale. Ceux qui le manient ont de l'or entre les doigts. C'est d'ailleurs grâce à un bijoutier, Walter Sheaffer, que le tuyau en caoutchouc fut remplacé par un discret petit levier et permit dès 1912 de juguler les fuites d'encre qui venaient parfois engloutir l'esquisse de lettres calligraphiées.

Objet de mode, de luxe et support de nouvelles technologies

Le stylo-plume est un bijou qui n'a pas fini de faire couler l'encre. S'il ne l'était déjà, la publicité en fait un objet de mode à avoir absolument. Ainsi, cette publicité de mai 1968 sur le site de live2times qui présente son flash Waterman comme à la pointe de la technologie pour le prix maximum de 16 francs.

A la fin du XXe siècle, l'indispensable instrument d'écriture de l'écolier, le compagnon fidèle des lettres d'amour et des cartes postales, offre toutes les fantaisies. En cadeau personnalisé chez Parker pour un prix de 66 euros, quadrangulaire chez AgnèsB. en partenariat avec Waterman, à l'effigie de Hello Kitty pour elle ou du PSG pour lui, lumineux, mini stylo-plume en bois, siglé Playboy, pour gaucher, non rechargeable, à plume rétractable, on le trouve également sous forme de gadget érotique avec de la crème chocolat ou framboise en guise d'encre pour écrire avec sensualité sur le corps de son partenaire.

Le stylo-plume allie l'industrie de la nouvelle technologie à celle du luxe à l'instar de S.T.Dupont qui lui implante une clé USB et le pare d'une plume en or 18 carats pour un prix de 1000 euros. Une griffure digne d'un président comme le nom de sa collection l'indique. Les stylographiles (amateurs du stylo-plume) peuvent prendre la plume à tous les prix : moins de 10 euros pour un exemplaire bas de gamme jusqu'à 1000 euros pour la version grand luxe.

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