Les expressions de grand-mères : signification et origines

Vieilles mais pas toujours désuètes, les expressions du XIXe et XXe siècles amusent, attendrissent, surprennent mais ne laissent jamais de glace. Souvenirs
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Certaines sont passées de génération en génération, d'autres semblent aussi "claires que du jus de chique". Si l'obscurité a jeté un voile sur les expressions dont se gargarisaient nos grand-mères, il nous appartient de faire la lumière sur cet héritage séculaire, bijou de truculence et de succulence au goût de Madeleine de Proust. Ces quelques lignes sont comme les premières pages d'un album de souvenirs à compléter par la suite de vos propres réminiscences.

En voiture Simone, c'est moi qui conduis, c'est toi qui klaxonnes !

Le choix du prénom dans cette expression n'est pas anodin. En effet, Simone fait référence à une jeune fille de 19 ans, Simone-Louise de Pinet de Borde des Forest qui, une fois son permis de conduire obtenu en 1929, pousse l'audace jusqu'à participer à des rallyes automobiles. Une hardiesse qui lui permet d'acquérir une grande popularité ainsi que le respect de ses homologues masculins. Après une carrière menée d'une main de maître- de pilote devrait-on dire- que n'entache jamais le moindre accident, elle se reconvertit dans les années 50 en ouvrant sa propre auto-école. C'est à cette "Diva du volant" que fait référence Guy Lux quand il lance en 1962 à Simone Garnier, sa co-présentatrice de l'émission Intervilles avec Léon Zitrone, la fameuse réplique bientôt reprise dans tous les foyers. La mémoire collective retiendra surtout la première partie de l'apostrophe "En voiture Simone!" qui signifie donc "Allons-y, démarrons !".

Les expressions qui font ainsi rimer un prénom avec un mot qui le suit ou le précède sont monnaie courante à l'époque. On trouve entre autres :

  • "Tu parles, Charles !" ( "Cause toujours, tu m'intéresses !")
  • "Au hasard, Balthazar !" ( "A l'aventure ! Prenons le risque !")
  • "Tout juste, Auguste ! " ("C'est bien vu !")
  • "A l'aise, Blaise !" ("C'est facile !")
  • "Fonce Alphonse !" ("Dépêche-toi !")
  • "A la tienne Etienne !" ("A ta santé !")
Les Anglais ont débarqué

De même que les proverbes font parfois référence à l'histoire, c'est à l'anglophobie que l'on doit cette expression typiquement française et non au débarquement de 1944. Au temps des guerres de Napoléon, les soldats britanniques portent une tunique rouge sang. Rouge, nos ancêtres le voient aussi quand l'Angleterre envahit la France et remporte la bataille de Waterloo en 1815. La couleur du costume anglais est de fait associée à l'hémoglobine qui coule en abondance sur les champs de batailles, mais aussi sur le petit linge des femmes. Une femme qui a ses règles s'exclame alors que "les Anglais ont débarqué!".

Tu vas te casser la margoulette !

Au XVIIIe siècle, la margoulette désigne la "mâchoire" ou "la bouche". Par effet de synecdoque , le substantif évoque au XIXe siècle le visage tout entier. La mise en garde de "Attention, tu vas te casser la figure!" prend un sens beaucoup plus fort à l'époque de la Première Guerre mondiale. L'expression signifie alors "se faire tuer" puisque les gueules cassées désignent les grands blessés dont la tête a été déchiquetée par un tir de balle ou d'obus. De nos jours, l'apostrophe a repris son sens initial et s'utilise davantage à l'adresse d'un enfant que d'un adulte.

Il est beurré comme un Petit-Lu !

La biscuiterie Lefèvre-Utile, dont les initiales sont à l'origine de la marque LU, doit son succès à son "véritable petit-beurre" que la publicité atteste comme un biscuit typiquement français, bien loin de ceux secs et fades de l'Angleterre (décidément la France est rancunière !). La recette bretonne devient si populaire que le petit beurré bourre les estomacs et la langue de fourcher de "beurré" à "bourré" pour dire d'un homme complètement ivre qu'il est "beurré comme un Petit-Lu !".

Il pleure comme une madeleine

Ici, il n'est point question du gâteau mais de sainte Marie-Madeleine . Lorsqu'elle se repentit de ses péchés -elle avait vécu jusqu'alors dans la luxure-, elle baigne les pieds de Jésus de pleurs abondants. Plus tard, elle fait encore pénitence devant son tombeau d'où elle assiste à la résurrection du Christ. Le prénom de la sainte a donc été substantifié (de nom propre on en a fait un nom commun) pour intégrer pleinement l'expression. Il est à noter en outre que le gâteau aurait hérité son nom de celui d'une jeune fille "Madelaine" qui l'offrait aux pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Minute, papillon !

Deux hypothèses brossent le portrait de cet éphémère. La première nous vient des linguistes Alain Rey et Sophie Chantreau qui, dans le Dictionnaire d'expressions et locution s paru chez Le Robert en 2003, évoquent la métaphore du papillon qui passe rapidement d'une fleur à une autre. L'interjection demande donc à l'impatient de ralentir et lui dit avec l'économie de deux petits mots "Un instant ! Je suis à vous dans quelques secondes !".

La seconde hypothèse nous emmène vers un autre animal qui n'a de liberté que "l'expression", le Canard enchaîné . En 1930, ses journalistes se rendaient au Café du Cadran à Paris où officiait un serveur du nom de Papillon et s'entendaient systématiquement répondre "Minute, j'arrive !". Ils se seraient appropriés la réplique en la modifiant avec le nom du garçon de café, l'expression devenant "Minute, papillon !".

Mais aussi....

  • On dirait le bon Dieu qui vous descend en culotte de velours dans l'estomac ! (C'est exquis !)
  • Quand les andouilles voleront tu seras chef d'escadrille ! (Tu es parfaitement stupide !)
  • Il a les yeux bordés d'anchois. (Il a le contour des yeux rougis)
  • La semaine des quatre jeudis. (Jamais)
  • Il travaille du chapeau. (Il est un peu fou)
  • Des nèfles ! (Rien du tout, ça ne va pas la tête ! Des clous !)
  • C'est croquignolet ! (Comme c'est mignon !)
  • Elle a vu le loup. (Elle a perdu sa virginité)
  • Passez, muscade. (Le tour est joué)
  • Je m'en jette un derrière la cravate ! (Je bois rapidement un verre !)
  • Il a une descente que j'aimerais pas remonter à vélo. (Il tient bien l'alcool)
  • Dès potron-minet (Dès le lever du jour)

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