L'huître aphrodisiaque : mythe ou réalité ?

Depuis la plus haute Antiquité, l'huître fascine épicuriens et artistes, elle joue avec la langue entre étymologie, sensualité et papilles. Dégustation !
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De par sa forme allongée et refermée sur elle-même, l'huître évoque l'antre féminin, la passion amoureuse dont elle serait la fidèle alliée. L'huître aphrodisiaque c'est avant tout le coquillage dans lequel la déesse Aphrodite aurait jailli de la mer. Elle symbolise également tout ce qui est caché comme le sous-entend le substantif "ostracisme" qui vient d'"ostrae" (huître, en latin) multipliant dès lors ses connotations qui en font l'un des sujets les plus prisés de l'art.

L'huître d'Aphrodite pare la table des dieux et des rois , symbole de pouvoir et de plaisir

La légende raconte qu'Aphrodite-déesse grecque de la fécondité, de l'amour, des plaisirs et de la beauté- émergea de l'océan, portée par une conque d'huître jusqu'aux rivages de l'île de Cythère. Dès lors, sculptures et tableaux représentent la déesse parée ou accompagnée du beau coquillage et les Grecs s'en emparent à Athènes dans le cadre de la politique. Lorsque les membres de l'ecclesia choisissaient de bannir un homme dont ils redoutaient le pouvoir, ils inscrivaient dans la coquille d'huître le nom du condamné à l'exil. C'est donc de cette "ostrea" de suffrage qu'est né le substantif ostracisme qui désigne le fait d'exclure quelqu'un d'un groupe ou d'un parti.

Dès lors, l'huître s'inscrit parmi les mets divins au banquet de l'Olympe, représentée notamment dès le XVIème siècle par le peintre flamand Frans Floris de Vriendt, dans le Festin des dieux . Sacralisée de par son origine mythologique, elle se paie à prix d'or par les empereurs romains, son nectar étant très apprécié de Cicéron qui l'estime comme le mets de son éloquence. Elle s'invite en conséquence très tôt aux tables royales notamment sous Louis XI qui en faisait des agapes obligatoires pour stimuler l'intelligence de ses hommes de cour puis sous Louis XIV qui en était tout particulièrement friand. C'est finalement sous Napoléon III que sa culture s'organise dans les bassins d'ostréiculture en 1860 .

L'huître et ses vertus aphrodisiaques prouvées et mystifiées

Est-ce un merveilleux hasard ou une découverte des anciens qui doit au divin coquillage de s'allier à Aphrodite alias Vénus dans la mythologie romaine ? Car, c'est un fait, la reine des plateaux de fruits de mer est connue pour sa richesse en zinc qui est essentiel pour la synthèse de la testostérone chez l'homme.

En outre, l'huître fascine par son caractère hermaphrodite. Le mollusque naît femelle puis alterne de genre, permettant d'ailleurs chez certaines espèces de s'auto-reproduire. Une seule huître peut générer un million d'oeufs et ce plusieurs fois par an. Ces données prodigieuses ont donc très certainement contribué à la formation d'un mythe aphrodisiaque autour du coquillage. Tour à tour, l'huître expérimente le côté féminin et le côté masculin de l'amour, elle s'enrobe d'une puissante image maternelle et évoque l'amour jusque dans le geste langoureux de son absorption.

Et si le mollusque ne disposait que de quelques vertus nutritionnelles adjuvantes de la libido car avant tout sources de santé (apport riche en zinc, protéines, vitamines et minéraux, présence de dopamine qui régit l’activité cérébrale et influe sur le désir sexuel...), la légende qui l'entoure suffit à persuader qui l'avale de ses pouvoirs aphrodisiaques et à fortiori de le préparer psychologiquement aux jeux de l'amour.

Historiquement, on aime à raconter que Casanova commençait ses repas avec une douzaine d'huîtres En 2007, l'huître est même associée au viagra par le biais de Georges May, un ostréiculteur australien qui en nourrit son élevage partiellement pour le plus grand plaisir, précise-t-il à l'AFP, de ses clients étrangers.

Symbole poétique, l'huître inspire les artistes peintres comme les écrivains

Son écrin de nacre brille dans les natures mortes, notamment dans l'art flamand et néerlandais du siècle d'Or. Sous le pinceau de Frans Van Mieris , elle exprime le plaisir des sens sous un angle épicurien tandis que sur la toile d' Edouard Manet, on admire sa complexité cachée, son hermétisme qui suggère déjà cette intimité aux formes féminines.

Dans Le Parti pris des choses, Francis Ponge, poète du XXème siècle, fait de "L'huître" l'emblème de la création poétique : "A l'intérieur l'on trouve tout un monde, à boire et à manger: sous un firmament (à proprement parler) de nacre, les cieux d'en dessus s'affaissent sur les cieux d'en dessous..."

Pour Guy de Maupassant et son Bel Ami, l'huître se fait friandise "fondant entre le palais et la langue ainsi que des bonbons salés". Chez Charles Daney dans Huîtres, moules, bivalves et compagnie, l'analogie entre l'huître et le sexe féminin ne se suggère pas, elle se découvre dans la splendeur de sa nudité. "Le spectacle d'une huître ouverte, et offerte, est une merveille. Figurez-vous (…) une vasque de nacre irradiant toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Au milieu de cette vasque, une masse de chair fraîche, translucide ou grassouillette, dodue à souhait, aguichante d'abandon."

Entre mythe et réalité, l'huître si elle ne peut maintenir à elle seule l'ardeur masculine a sans nul doute plus d'une perle dans sa coquille pour du moins l'abreuver de fantasmes.

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