L'huître victime de maladies est-elle en voie d'extinction ?

Le coquillage star des fêtes de fin d'année a vu son prix grimper en flèche sur les étals, en moyenne 1 euro de plus au kilo que l'an dernier. Pourquoi ?
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Au printemps 2008, une catastrophe s'abat sur les bassins d'ostréiculture français. On note une mortalité anormale d'huîtres juvéniles creuses dans les élevages sur tout le littoral. Ces embryons d'huîtres que l'on nomme le naissain auraient dû arriver à maturité cette année : une absence largement remarquée par les professionnels comme par les amateurs de fruits de mer qui doivent payer le prix fort pour enorgueillir leur table de ce produit désormais estampillé "rare".

Le problème de surmortalité des larves s'étant aggravé et répété au printemps 2009 et 2010, on peut s'attendre à une nouvelle augmentation tarifaire du coquillage pour les fêtes de 2011 et dans le pire des cas à considérer l'huître creuse comme une perle rare .

L'huître en quelques chiffres, une culture massive en diminution

La production française s'élève à 130 000 tonnes par an, elle se compose de 98% d'huîtres creuses et de 2% d'huîtres plates . Les premières sont aussi appelées japonaises (la Crassostrea gigas en latin) et ont été introduites dans les bassins d'Arcachon suite à la disparition par épizootie des huîtres portugaises (la Crassotrea angulata) dont on faisait la culture depuis le 19ème siècle et qui elles-mêmes devaient pallier à la pénurie d'huîtres plates.

L'huître plate (Ostrea edulis) est aussi surnommée la "gravette" du côté d'Arcachon et "belon" du côté des Bretons. Un parasite répondant au nom savant de "Bonamia ostreae" a pratiquement tué le coquillage qui n'est plus élevé qu'en petit nombre en comparaison de son homologue, l'huître creuse qui est à son tour menacée d'extinction.

Ce n'est donc pas la première fois que la maladie frappe ces mollusques et l'on peut voir que la crise avait été résolue par une réintroduction d'huîtres d'origine géographique différente.

La production d'huîtres repose sur une multitude de facteurs comme le montre le reportage d'Educanet sur l'élevage de l'étang de Thau et le rapport d'Ifremer

L'ostréiculture française permet de totaliser 90% de la production d'huîtres européennes, autant dire qu'il s'agit d'une mine d'or pour notre pays. Néanmoins les maladies, les conditions climatiques, les difficultés liées à l'élevage qui s'étend sur 3 ans et nécessite 150 manipulations de la naissance à la dégustation mettent en péril certaines productions comme c'est le cas pour l'huître creuse de l' Etang de Thau .

90 % de naissain meurt depuis 4 ans à chaque printemps dans le plus grand bassin d'huîtres d'Arcachon, les chiffres sont effrayants mais parlent d'eux-mêmes.

Si l'art de l'ostréiculture y est maîtrisé depuis 1920, une remise en question est désormais nécessaire pour parvenir à résoudre le problème de "mortalité infantile" de l'huître creuse. Selon le rapport d' Ifremer (L'Institut francais de recherche pour l'exploitation de la mer), le virus OsHV-1 serait en cause et se propagerait, les courants naturels aidant, d'huître en huître. La contagion serait d'autant plus importante que les ostréiculteurs procèdent à des transferts de lots entre différents bassins pour favoriser la croissance des mollusques.

Une "marée noire" qui engendre un "marché noir" de l'huître

La baisse de production de ces pépites aquatiques oblige les éleveurs à augmenter leurs prix pour pouvoir rentrer dans leurs frais. La différence de prix se répercute sur tous les maillons de la chaîne pour finalement grossir d'un euro l'achat de l'huître creuse par le consommateur.

Ainsi peut-on lire dans un article de Charentelibre que des voleurs d'huîtres opèrent sur les bassins de Marennes-Oléron et les revendent directement sur les marchés. Le prix de vente du produit est source de convoitise pour les malfrats mais aussi source de tension entre les courtiers et les expéditeurs qui ont déjà fixé le prix de vente avec leurs clients au début de l'hiver.

Quelles solutions sont envisagées pour répondre au problème de production ?

Procéder à une réintroduction d'un coquillage étranger est une démarche beaucoup plus complexe qu'elle ne l'était jadis, des règlementations strictes étant entrées en vigueur depuis. Des tests sont entrepris pour vérifier si l'espèce choisie ne comporte aucun danger pour les eaux du littoral français. L'étude de l'Ifremer porterait actuellement sur des huîtres d'origine japonaise, coréenne et australienne.

Parallèlement, une démarche scientifique travaillerait à la sélection génétique des larves pour concevoir une huître plus résistante au virus OsHV-1.

En attendant, on pourra se demander si le prix des huîtres fera reculer ou non les français devant l'étal. Affaire à suivre...

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