Martine perd son papa Marcel Marlier

L'illustrateur de la série des Martine s'est éteint le 18 janvier 2011. Martine lui survivra-t-elle ?
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La petite fille modèle qui enchanta l'imagination de bien des enfants depuis 1954 est orpheline. Celui qui lui donna ses traits si particuliers, qui conféra à la soixantaine d'albums parus cet univers candide et romantique qui lui est propre, est décédé à 80 ans à Tournai le 18 janvier 2011. La disparition de Marcel Marlier sonne-t-elle le glas des aventures de Martine, Jean et Patapouf ?

Marcel Marlier, 60 ans de talent

Le dessinateur de Martine est belge comme bon nombre de talentueux illustrateurs de BD . Il naquit le 18 novembre 1930 à Herseaux non loin de la frontière française. Elève puis professeur de courts d'arts décoratifs à Tournai, il débute sa carrière en illustrant des ouvrages pédagogiques pour les éditions de La Procure. Déjà, il officie dans le monde de l'enfance en égayant de ses esquisses les manuels scolaires tels que «Je lis avec Michel et Nicole» et «Je calcule avec Michel et Nicole».

C'est aussi à Marcel Marlier que l'on doit les illustrations vues dans la collection d'ouvrages de la Comtesse de Ségur ou d'Alexandre Dumas publiés chez Casterman .

En 1954, quand on lui propose de donner un visage à Martine , en collaboration avec le scénariste Gilbert Delahaye , il se lance dans une aventure qui n'était pas appelée à durer et qui se prolongera finalement jusqu'à son dernier souffle puisque la dernière aventure de Martine , "Martine et le prince mystérieux", nous entraîne en 2010 dans le carnaval de Venise. Les deux hommes travaillent de fait en étroite collaboration, n'hésitant pas à fréquenter deux semaines durant l'école de danse de Maurice Béjart à Bruxelles pour mettre en scène les arabesques de Martine avec les petits rats de l'Opéra.

L'homme était un fin observateur et tendait à restituer l'image d'un sujet le plus fidèlement possible, que ce soit en aquarelle ou en écoline dans les années 70. Peintre de la réalité, il y ajoutait sa note personnelle, une touche de magie qui jetait un pont entre le réel et l'imaginaire. C'est ainsi que plusieurs générations de femmes citent Martine parmi les ouvrages qui ont marqué leur jeunesse et transmettent à leurs enfants ce même amour pour la série d'albums. «Dans les files d'attente pour mes dédicaces, ce sont trois générations de femmes qui se pressent, de la grand-mère à la petite-fille» racontait fièrement Marcel Marlier avant d'être hospitalisé pour de graves problèmes de santé en novembre dernier.

Martine, 60 albums et un dessin animé en cours de réalisation

Le succès de la série est tel que le temps passant, Martine, Jean et Patapouf ne prennent pas une ride et s'offrent même le loisir de troquer shorts et jupettes contre jeans et baskets. Bien que décriée par les féministes comme faisant l'apologie de la femme au foyer, prônant aux petites filles d'apprendre à tenir un foyer dès le plus jeune âge comme dans "Martine fait la cuisine", "Martine petite maman", "Martine à la maison", "Martine fait ses courses", la petite fille préférée de Casterman continue de faire rêver et s'arrache encore dans toutes les brocantes et foires aux livres que les collectionneurs et collectionneuses ne manquent pas d'écumer en espérant tomber sur la perle rare.

"Martine conquiert le monde" aurait-on pu titrer à Casterman qui a publié 100 000 albums en 35 langues différentes depuis une cinquantaine d'années, baptisant la campagnarde héroïne "Debbie" aux USA ou "Martina" en Italie. Si la brunette intemporelle avait pu survivre à la disparition de son auteur Gilbert Delahaye en 1997, on peut émettre plus de réserves sur l'éventuelle poursuite de ses aventures sans le coup de crayon, reconnaissable entre tous, de Marcel Marlier. Une perte humaine mais aussi financière pour la maison d'édition qui n'a pour l'heure fait aucun commentaire quant à la reprise de la série par un autre illustrateur. Selon l'AFP, Marlier lui avait déjà tranché : en accord avec son fils Jean-Louis qui assurait la relève de Gilbert Delahaye, il ne souhaitait pas de suite aux Martine après sa mort.

Néanmoins, les aficionados pourront se consoler en apprenant que le dessin animé en 3D adapté de la série d'albums et produit par Les Armateurs est en cours de réalisation.

Martine, revisitée par le Net

Le phénomène éditorial est soutenu en outre par une campagne de parodie qui s'est étendue via Facebook et autres réseaux sociaux. Les couvertures des albums inspirent les joyeux lurons qui détournent l'illustration avec un titre tout autre grâce à un programme lancé par un informaticien du nom de Deelight. Fleurissent alors les "Martine et l'unijambiste", "Martine n'a pas de culotte", "Martine a empaillé sa soeur", "Martine a retrouvé son chat", ce dernier titre surmontant une image de la fillette ouvrant une marmite fumante.

Il y a aussi les Martine collant à l'actualité, avec un "Martine insulte les grévistes", "Martine prend sa carte au PS", "Martine perd son temps sur Facebook"... La dérision est facile et amuse les détracteurs comme les collectionneurs des véritables albums.

Le père de Jean-Lou et Sophie goûtait-il la plaisanterie ? Il semblerait que oui si l'on en croit le site de rtbf.be qui affirme que sa préférence allait même à la parodie visant la politique de Nicolas Sarkozy (en image ci-dessous). Quant au site qui générait les couvertures parodiées de Martine, il a dû fermer ses portes le 18 novembre 2007 suite à la demande des éditions Casterman mais les créations des internautes sont toujours visibles sur la toile .

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