L'énigmatique Monsieur Hoover

Le parcours de J. Edgar Hoover, directeur du FBI de 1924 à sa mort en 1972, est rempli d'énigmes et de paradoxes.
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A la veille de la sortie d'un film de Clint Eastwood consacré à J. Edgar Hoover, l'histoire de sa vie et sa personnalité complexe n'ont jamais autant fasciné du fait de sa paranoïa expliquant ses méthodes illégales, son anticommunisme viscéral, ses liens avérés avec la mafia et les rumeurs sur sa probable homosexualité.

Des débuts prometteurs

Né à Washington en 1895, le jeune John Edgar Hoover intègre, après des études de droit, le département de la justice à la fin des années 10 où il se place dans le sillage de l'Attorney General, le démocrate Alexandre Mitchell Palmer, connu pour son hostilité au communisme. Il gravit rapidement les échelons jusqu'à devenir directeur du Bureau of Investigation, ancêtre du FBI, en 1924, à l'âge de 29 ans. En 1933, il échappe de peu à une éviction du fait de ses liens conflictuels avec Thomas J. Walsh, pressenti comme ministre de la justice par le président Roosevelt et qui, fort heureusement pour lui, décède en mars de la même année.

Une immense soif de pouvoir

A la tête du FBI, J. Edgar Hoover applique des méthodes illégales pour recueillir des informations sensibles. Par exemple, il fait mettre sur écoute des personnalités aussi diverses que Martin Luther King, Marilyn Monroe ou encore Franck Sinatra et établit des dossiers informels sur la vie sexuelle de différentes personnalités politiques comme Jack Valenti, conseiller spécial du président Lyndon B. Johnson ou encore sur les relations extra-conjugales de John Fitzgerald Kennedy. Parallèlement, il mène une croisade contre le communisme et les activités subversives du Black Panther Party par la biais d'un programme secret baptisé COINTELPRO . Ce dernier fut mis en place dans les années 50 dans le but de persécuter des personnalités soupçonnées d'activités communistes, voire d'homosexualité, et restera secret jusque dans les années 70.

Des liens troubles avec le crime organisé

Du fait de son penchant pour le jeu et son homosexualité supposée voire son goût pour le travestissement, J. Edgar Hoover devient de plus en plus contesté. L'image de ce dernier est également ternie par ses liens supposés avec la mafia qui détiendrait des informations sensibles, notamment concernant sa relation avec son assistant Clyde Tolson qui passe pour avoir été son amant pendant toute sa carrière au FBI. Cela expliquerait l'incapacité de Hoover à combattre le crime organisé. Dans le même temps, il devient de plus en plus puissant au point que les présidents américains qui se succéderont à la tête des Etats-Unis, comme Truman, Kennedy ou même Nixon, se refuseront tous à le démettre de ses fonctions de peur des répercussions politiques que cela pourrait avoir. En effet, ce dernier avait certainement accumulé assez d'informations sur les dessous de la politique américaine pour faire tomber n'importe quel gouvernement.

La fin d'un baron de la politique

Le 2 mai 1972, John Edgar Hoover meurt après avoir conduit d'une main de fer le FBI pendant 48 ans. Il est à ce jour la personnalité qui dirigea le plus longtemps une agence fédérale américaine, ayant servi sous huit présidents de Calvin Coolidge à Richard Nixon. Ce dernier organisera même à la mort de Hoover des funérailles nationales, privilège habituellement réservé aux chefs d'Etat. C'est sans doute le signe qu'il avait acquis au cours de sa longue carrière un pouvoir immense et même supérieur à celui des présidents qu'il était censé servir.

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