Autodafé du Coran : entre colère musulmane et embarras américain

L'autodafé d'un Coran par le pasteur Terry Jones a provoqué de vives protestations en Afghanistan, et un certain embarras au sein des États-Unis.
29

Le 20 mars 2011, le pasteur évangéliste américain, Terry Jones, met ses menaces à exécution et brûle publiquement un exemplaire du Coran. Un acte «haïssable», pour reprendre la formule du général américain David Petraeus , qui va vite engendrer la colère du monde arabe – notamment en Afghanistan – et provoquer l'embarras américain. Retour sur un geste d'intolérance non sans conséquence.

Le pasteur intégriste Terry Jones brûle un exemplaire du Coran

Terry Jones n'en est pas à sa première médiatisation: en septembre 2010 déjà, il avait menacé de mettre le feu à 200 exemplaires du Coran pour le neuvième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001. Mais face à la désapprobation générale – notamment celle du pape Benoît XVI et du président Obama – l'homme avait, sinon renoncé, retardé son projet.

C'est donc contre toute attente que le 20 mars 2011, à Gainesville, en Floride, le pasteur radical a fait brûler un exemplaire du livre sacré au centre de l'église de la ville, devant une trentaine de partisans du Dove World Outreach Center («Centre colombe en aide au monde», en français). Selon les raisons de Terry Jones telles que citées dans les Dix raisons de juger puis brûler le Coran , la loi islamique serait notamment «totalitaire par nature et [aurait] de nombreuses similitudes avec le nazisme, le communisme et le fascisme».

Depuis, la vidéo de l'autodafé s'est répandue comme une trainée de poudre; et la colère en Afghanistan a pris des proportions inattendues, faisant place à des manifestations meurtrières.

Autodafé du Coran : la colère en Afghanistan

«L'affaire a allumé un feu dangereux en Afghanistan», commente le quotidien Libération . En effet, dès le vendredi 1er avril 2011, l'indignation est perceptible en Afghanistan, et la colère gronde: «Mort à l'Amérique, longue vie à l'Islam», «Nous voulons que celui qui a brûlé le Coran soit jugé», s'écrient les protestataires. Les manifestations qui s'étendent sur presque l'ensemble du pays, ont fait au moins 24 morts – dont sept étrangers de l'ONU – et environ 140 blessés durant trois jours:

  • vendredi 1er avril 2011: des émeutes contre les installations de l'organisation internationale dans la ville de Mazar-i-Sharif, au nord de l'Afghanistan, rassemblant près de 500 manifestants, ont coûté la vie à sept salariés étrangers de l'ONU et cinq manifestants ;
  • samedi 2 avril 2011: plusieurs milliers de manifestants sont descendus dans les rues de Kandahar, au sud de l'Afghanistan. Une violente manifestation qui a fait 10 morts et 73 blessés, selon le nouvel Obs ;
  • dimanche 3 avril 2011: de nouvelles manifestations dans le sud du pays qui, bien que plus pacifiques que les deux jours précédents, ont fait deux morts et 34 blessés dans trois villes de Kandahar, rapporte le nouvel Obs .

Autodafé du Coran : l'intervention des politiciens

Face aux nombreuses protestations, le président américain, Barack Obama, a condamné pour la seconde fois l'acte du pasteur d'«extrême intolérance et sectarisme». Le candidat aux élections 2012 a néanmoins rappelé qu'«attaquer et tuer des gens innocents en représailles est révoltant». Une mise au point talonnée par le président afghan, Hamid Karzaï, qui a enjoint à son homologue américain «de condamner cet acte en termes clairs et de prendre position pour que de tels actes ne se répètent plus dans l'avenir».

Le principal intéressé, Terry Jones, a quant à lui déclaré à Sky News «avoir conscience qu'il pourrait y avoir une réaction violente» et ajoute: «Nous ne nous sentons pas responsables», dénonçant ainsi «la radicalité de l'Islam à chercher une excuse pour justifier sa violence».

À l'heure où le monde arabe est touché par une vague de révoltes sans précédent, l'acte du pasteur eut pu avoir l'effet d'une pierre jetée dans la mare, mais c'était sans compter sur sa surmédiatisation. Par le biais d'internet, principalement, le feu n'aura pas embrasé «que» le livre sacré mais aussi les liens déjà fragiles entre les deux pays.

Sur le même sujet