Quand la libération de Michelle Martin ébranle la Belgique

Polémique : après 15 ans de détention, l'ex-femme de Marc Dutroux, Michelle Martin, s'apprête à être libérée. Elle souhaite vivre dans un couvent en France.

« Inadmissible, scandaleux, insultant, écœurant, choquant, incompréhensible, honteux ». C'est en ces termes que le quotidien belge, La Dernière Heure, a qualifié la libération conditionnelle de Michelle Martin, au terme de 15 ans de détention. Des mots forts d'indignation, d'incompréhension et de colère que partagent de nombreux Belges, bien décidés à marquer leur mécontentement et à manifester contre ce qu'ils dénoncent déjà comme « une injustice ». Pour autant, à l'égard de la loi belge, la libération « pour bonne conduite » de cette ancienne institutrice de 51 ans, ex-femme et complice de Marc Dutroux, est incontestable et « hélas, inattaquable sur le plan juridique », rappelle l'éditorialiste Christian Hubert .

L'affaire Dutroux : Michelle Martin est condamnée à 30 ans de prison

L'annonce de l'hypothétique libération de Michelle Martin du 9 mai 2011 – le lendemain de la fête des Mères en Belgique – a eu l'effet d'une bombe, et replongé la Belgique toute entière dans les sombres années 1990, alors que se révélait au grand jour la sordide affaire Dutroux .

Arrêtée en 1996, l'ancienne compagne de Marc Dutroux est condamnée en 2004 à 30 ans de prison pour « complicité dans l'enlèvement, la séquestration et le meurtre » de six adolescentes, âgées de huit à 19 ans : Sabine Dardenne, Laetitia Delhez, Eefje Lambrecks, An Marchal, Julie Lejeune et Melissa Russo. Ces deux dernières – indissociablement nommées « Julie & Melissa » – étaient alors âgées de huit ans lorsqu'elles ont été emmurées vivantes dans la cave de leurs agresseurs, dans la région de Charleroi.

Avant cette sombre affaire, Michelle Martin avait déjà été condamnée à cinq ans d'emprisonnement en 1989 pour complicité de viol de cinq adolescentes. Elle avait été remise en liberté en 1992, comme son époux d'alors, Marc Dutroux.

La libération de Michelle Martin : ce qu'en dit la loi belge

Contrairement à la France où les peines sont incompressibles, la Belgique applique une libération conditionnelle aux condamnés dits « libérables » après un tiers de leur peine. Une loi qui fait actuellement polémique au sein du pays, tant du côté des citoyens que des politiciens : ainsi, le MR (parti libéral belge francophone) invoque une proposition en faveur des peines incompressibles afin d'éviter, à l'avenir, des situations telles que le cas Michelle Martin.

Le procureur général de Mons, Claude Michaux, a ainsi décidé de ne pas introduire de pourvoi en cassation contre la libération de Michelle Martin, et ce malgré « son désaccord net vis-à-vis de celle-ci ». L'intéressée, pour sa part, n'en est pas à sa première demande de libération puisqu'en avril 2007, en octobre 2008 et en novembre 2009, déjà, ses requêtes avaient été rejetées pour, notamment, « des risques liés à son profil psychologique ».

Les conditions de la libération conditionnelle de Michelle Martin

Selon le procureur général, un plan de reclassement de 13 conditions au total ont été imposées par le tribunal d'application des peines. Parmi elles, informe le quotidien Le soir , l'interdiction de se rendre dans les villes des victimes – Hasselt, le littoral et la région liégeoise –, d'entrer en contact avec ces dernières ou encore avec les médias. En outre, elle devra continuer à indemniser ses victimes et avoir une occupation régulière au sein de la communauté qu'elle rejoindra. Michelle Martin a, quant à elle, émis le souhait de séjourner dans un couvent gardé secret, en France.

Michel Mercier contre l'accueil en France de Michelle Martin

À l'annonce de la libération de Michelle Martin, le procureur général de Mons, Claude Michaux, affirmait « peu probable que les autorités françaises refusent d'héberger sur leur territoire l'intéressée ». Mais c'était sans compter l'intervention du garde des Sceaux français, Michel Mercier, interrogé par Europe 1 : « Nous n'avons pas été saisis par la Belgique d'une demande formelle (...) Si cela devait être le cas, on appliquera la convention qui lie la Belgique et la France, et on regardera les choses ». Et d'ajouter « mais je n'ai pas l'intention de dire oui, pour ma part » (1).

De nombreux internautes ont, en parallèle, réagi avec véhémence à la venue de Michelle Martin dans un couvent en France : « Des mères à la rue, des mal-logés, oui. Mais pas une meurtrière ! », peut-on lire, ou encore « On ne veut pas de pédophiles chez nous ! » À ce stade, la décision de la France, malgré elle, pèsera lourd sur la libération de l'une des femmes les plus haïes de Belgique.

(1) Adhésion de la France à la Convention de Strasbourg du 30 novembre 1964 .

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