Trêves et fraternisations durant la Première Guerre mondiale

Si la Grande Guerre est bercée de conflits, elle l'est aussi par quelques trêves et fraternisations entre ennemis: Allemands, Français, Britanniques, etc.
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Des tirs retentissent, dans un dernier râle des hommes tombent. Un long sifflement suivi d'une terre tremblante: non loin, un obus a dispersé quelques camarades. Puis, dans le vacarme bien connu de la guerre, un silence étrange s'impose presque naturellement. Doucement, des voix chantantes s'élèvent. De part et d'autre du no man's land , les uns chantent, les autres applaudissent. La voix de l'homme a étouffé celui des armes. Des silhouettes se dessinent, s'approchent et, déjouant la peur et le mal, échangent une franche poignée de main. Qui, en cet instant, peut encore parler de guerre? Une trêve, une fraternisation: d'un camp ou d'un autre, les combattants sont avant tout des frères, enfants de la même misère, la Première Guerre mondiale.

C'est une scène parmi d'autres, souvent censurées, et mises en lumière, notamment, dans le film Joyeux Noël (2005) de Christian Carion.

Les trêves de la Première Guerre mondiale, une stratégie de survie

S'il y a eu des combats – beaucoup de combats – il y a aussi eu des trêves entre ennemis. Spontanées, elles permettent aux soldats harassés d'être épargnés par le conflit, comme le reconnaît le capitaine Rimbault dans Journal d'un officier de ligne : «Un Français et un Allemand ne peuvent ainsi vivre côte à côte sans qu'une des deux hypothèses suivantes n'arrive: se tuer ou s'arranger à l'amiable».

Ainsi, les soldats peuvent dormir sur leurs deux oreilles: la trêve leur assure qu'aucun tir ne sera émis durant la nuit. Les roulantes peuvent davantage s'approcher des premières lignes, et les soldats manger chaud – ce qui n'est pas monnaie courante en ce début de guerre . Une trêve, les soldats le savent, c'est éphémère et ça n'arrête pas la guerre. Au mieux, elle prolonge leur chance de survie, et d'aucun ne crache dessus.

La fraternisation des ennemis durant la Grande Guerre, l'exemple de Noël 1914

«Les Allemands, on les retrouvait quand on allait chercher de l'eau au puits. On discutait. Ils étaient comme nous, ils en avaient assez» explique Louis de Cazenave, l'un des deux derniers poilus décédés en 2008 (1).

Si, comme en témoigne le vieil homme, les fraternisations ne sont pas exclusives de la fête de Noël – il y en aura durant toute la guerre, à l'ouest comme à l'est – elles ont néanmoins été plus fréquentes à Noël 1914, la première de la Grande Guerre. Rapporté par la presse britannique, et notamment The Daily Telegraph , les Allemands sont sortis de leurs tranchées et ont entonné leur Stille nacht Heilige nacht , applaudis par les Britanniques. S'en sont suivis des échanges de bouteilles, de chocolat, de tabac; quelques accolades se sont même vues, et une rencontre de football a été improvisée.

Dans ses mémoires Up to Mametz , le Gallois Wyn Griffith décrit la scène: «Des hommes ont surgi des deux camps, avec des boîtes de corned-beef, des biscuits, et d'autres choses à échanger. C'était la première fois que je voyais le no man's land transformé en every man's land ».

La fraternisation, passible de la peine de mort

Très vite, les autorités ont écho des fraternisations échangées au sein du front et préviennent: «Tout contact avec ceux d'en face est considéré comme un acte d'intelligence avec l'ennemi passible de la peine de mort en conseil de guerre» (Ordre du général Pétain du 12 septembre 1916). Et plutôt que d'admettre que des ennemis puissent se respecter, l'État-major préfère croire à une manipulation de l'ennemi, une théorie développée dans l'opuscule de décembre 1917 et intitulé Une nouvelle arme allemande: la fraternisation .

Dans ses témoignages, Louis de Cazenave rapporte: «Nous avions fraternisé mais quand c'est arrivé aux oreilles de l'État-major, il a ordonné une attaque». Non, vraiment, Noël ou pas Noël, la guerre c'est la guerre. Une guerre qui, dans les souvenirs aujourd'hui emportés, s'est parfois vue traverser par un éclair d'humanité à laquelle il devenait difficile de croire...

Sources :

(1) Benoît Hopquin, «Les ders des ders», Le Monde , 10 novembre 2005.

Jean-Yves Le Naour, La Première Guerre mondiale , Paris, First Éditions, 2008.

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