Un long dimanche de fiançailles : lumière sur la Grande Guerre

Le livre comme le film «Un long dimanche de fiançailles» révèlent toute l'horreur de la Grande Guerre, et le comportement du soldat face au conflit.
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Adapté du roman éponyme de Sébastien Japrisot, Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet plonge le spectateur au cœur de la Première Guerre mondiale : dans les tranchées de la Somme . Dans cet enfer moderne, cinq soldats accusés de s'être auto-mutilés pour fuir la guerre sont envoyés dans le no man's land , sans autre forme de procès, afin que les Allemands exécutent la besogne que les Français ne veulent pas faire. De là s'ensuit une enquête menée par Mathilde, veuve présumée, qui ne croit pas à la mort de son compagnon, et recueille des indices qui amènent le spectateur à découvrir ce qui s'est réellement passé ce jour-là.

Mais dans les faits, et dans l'Histoire, qu'en est-il vraiment ? L'automutilation, la condamnation à mort ou l'abandon de soldats dans le no man's land , légende ou réalité ?

La simulation ou l'automutilation : tous les moyens sont bons pour fuir la guerre

Déjà début septembre 1914, l'armée française doit faire face aux nombreux problèmes de simulation et d'automutilation au sein de ses troupes. De fait, des soldats harassés par le conflit et la crainte de mourir n'hésitent pas à donner de leur personne pour être ramenés sains et saufs à l'arrière. Et les techniques sont nombreuses : s'injecter une piqûre de pétrole dans la jambe ou le bras, entraînant un abcès douloureux, passer la nuit torse nu pour attraper une bronchite, se mutiler un doigt afin d'être déclaré inapte au combat, etc.

À ce stade, les autorités militaires craignent de sévères problèmes moraux, et jugent très vite ce délit comme un «abandon de poste en présence de l'ennemi», passible de la peine de mort.

Le médecin militaire, seul juge du sort des mutilés

«Il répugne au médecin, même en ces temps où la discipline la plus rigoureuse est un devoir, de dénoncer ces soldats qui ne sont pas toujours, loin de là, de mauvais sujets, mais qu’un instant de contagion, d’ennui, de cafard, de peur, a égarés» ( Le Progrès médical , 1917).

C’est en effet le médecin militaire qui porte la plus grande responsabilité dans ces affaires : son diagnostic (le certificat médico-légal) commande ni plus ni moins le verdict du tribunal militaire. S’il disculpe le soldat, ce dernier est innocenté, sinon, le poilu paie chèrement sa faute. Il ne fait pas bon être médecin dans les tranchées !

Entre 40 000 et 100 000 mutins en 1917

Un nouveau phénomène s’empare des troupes françaises durant l’année 1917 : les mutineries des poilus . Las des mauvaises conditions de vie, des mauvaises organisations des permissions et des attaques suicidaires, les soldats refusent d’obéir. Ils arborent des banderoles pacifistes, ils chantent l’antimilitariste Chanson de Craonne et s’en prennent aux officiers à coups d’insultes et de pierres. Désertions, impertinences et rébellions s’emparent ainsi de 40 000 à 100 000 soldats.

Pétain est finalement appelé pour remplacer Nivelle et prendre les choses en main. Main de fer dans un gant de velours, le général met fin aux mutineries en améliorant la situation des soldats, mais aussi en punissant les mutins : 3247 d’entre eux sont jugés par la justice militaire, 554 d’entre eux condamnés à mort, et 49 finalement exécutés. À côté de ces exécutions officielles, il faut envisager un certain nombre d’exécutions sommaires qui n’ont laissé aucune trace dans les archives.

L'abandon de soldats dans le no man's land, une triste réalité

Le point de départ du roman de Sébastien Japrisot – l'abandon des soldats dans le no man's land – est bel et bien tiré d'un fait réel de janvier 1915, et consigné dans les Cahiers secrets de la Grande Guerre du général Fayolle : «Des quarante soldats d'une unité voisine qui se sont mutilés à une main avec un coup de fusil, Pétain voulait en faire fusiller vingt-cinq. Aujourd'hui, il recule. Il donne l'ordre de les lier et de les jeter de l'autre côté du parapet aux tranchées les plus rapprochées de l'ennemi. Ils y passeront la nuit. Il n’a pas dit si on les y laisserait mourir de faim».

Sources :

  • François Icher, La Première Guerre mondiale au jour le jour , Éditions de La Martinière, 2008.
  • Louis Maufrais, J'étais médecin dans les tranchées , Éditions Robert Laffont, 2008.

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