L'attentat d'Orsini, la bombe qui appelle au secous

Le 14 janvier 1858, Napoléon III est victime d'un attentat. Orsini veut que l'empereur aide à la réunification de l'Italie!
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C’est en criant : « Vive l’Italie ! Vive la France ! » qu’Orsini et Pieri, condamnés pour l’attentat contre Napoléon III, montèrent à l’échafaud le 13 mars 1858. Devant l’Opéra, le soir du 14 janvier 1858, trois bombes avaient été lancées contre la voiture impériale où se trouvaient l’empereur, l’impératrice et le général Roguet. Il y eut huit morts et cent cinquante blessés. Le couple impérial, lui, était miraculeusement indemne, mais la voiture avait reçu quelque quatre-vingt éclats et le général Roguet, blessé au cou, saignait.

Qui sont-ils ?

Les auteurs de l’attentat étaient quatre révolutionnaires, disciples de Mazzini. Seul son investigateur et organisateur, Felice Orsini, né en 1819, conspirateur de longue date, membre de l’Assemblée républicaine de Rome en 1848, suscita une certaine sympathie à cause de la sincérité de ses convictions. Pieri était un personnage douteux. Les deux autres, Gomez, homme de main, et Rudio, très jeune, ne furent pas condamnés à mort. Orsini avait voulu éliminer Napoléon III parce qu’il le considérait, depuis l’intervention des troupes françaises en 1849 contre la République romaine, comme un obstacle aux progrès de l’unité italienne, ce en quoi il se trompait du tout au tout. Les républicains français furent aussitôt accusés de complicité, d’autant qu’Orsini fut défendu par un député partageant leurs idées, l’éloquent avocat Jules Favre. Le gouvernement fit voter une loi de sûreté générale (19 février 1858) organisant la répression. Plusieurs républicains furent déportés en Algérie.

Une réaction paradoxale

En réalité, Napoléon III, qui avait autrefois combattu aux côtés des carbonari avait toujours été favorable à l’unité de « sa seconde patrie ». Il avait permis aux Piémontais de prendre part à la guerre de Crimée, puis de poser la « question italienne » au congrès de Paris. Toutefois, il hésitait à s’engager davantage pour soutenir le Piémont contre l’Autriche, craignant une guerre difficile et une hostilité des milieux catholiques français, favorables aux Habsbourg et au pape. Mai l’attentat eut l’effet paradoxal de pousser l’empereur à prendre parti. Il laissa publier dans Le Moniteur une lettre d’Orsini où l’on trouvait cette adjuration : « Que Votre Majesté ne repousse pas le vœu suprême d’un patriote sur les marches de l’échafaud, qu’elle délivre ma patrie et les bénédictions de 25 millions de citoyens le suivront dans la postérité. »

Le 21 juillet 1858, une entrevue, à Plombières, entre Napoléon III et Cavour fixa les modalités de l’intervention française. Le 27 avril 1859, l’Autriche sûre de sa force, engagea les hostilités et, une semaine plus tard, la France se rangea aux côtés du Piémont.

Source:

Jean Tulard, Dictionnaire du Second Empire , édition Fayard

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