2011 : Anniversaire de L'Evacuation rétabli et manqué en Tunisie

La fête nationale de l'Evacuation (15 octobre 1963) rétablie par le gouvernement provisoire, supplantée par la Marche pro Libertaire "Lâche-moi", en Tunisie

La ré-instauration d’une commémoration nationale n’est pas pratique courante. Celle-ci survient suite à la révolution tunisienne de 2011 qui a démis la précédente dictature. Après quelques 23 ans d’abrogation, elle réapparaît sous le terme de "remémoration" de L’Evacuation .

Mais la restauration de l’anniversaire passe inaperçue dans le contexte de l’automne 2011 en Tunisie. A huit jours des élections qui désigneront l'Assemblée Constituante, les festivités des 15-16 octobre à Bizerte sont passées à l’arrière plan de l’actualité.

La préoccupation essentielle de la Tunisie se situant au niveau des acquis politiques, il lui fallait réaliser impérativement l’alliance des partis et pôles égalitaires sous le même « Front Démocratique ».

Dans le même laps de temps et dans l’urgence, la Tunisie a dû faire face aux dérives sectaires des islamistes. Le 15 octobre la critique des médias et des blogueurs contre le salafisme occupait le Web ; le 16, la manifestation unanime -appelée Lâche-moi – ciblant la «dictature intégriste» et prônant les Libertés d’opinion, d’expression et de croyance, a envahi tout le territoire tunisien.

La Bizerte oubliée

L’événement daté du siècle dernier est passé aux oubliettes des épisodes douloureux. «Bizerte était selon le terme de Bourguiba : la dernière séquelle du colonialisme.»

Ridha Kéfi, journaliste, déplore que l'évacuation ne s'effectue que sept ans après l'indépendance de la Tunisie et que la ténacité des deux protagonistes au pouvoir (De Gaulle et Bourguiba) -symboles des libérations-, ait provoqué autant de dommages.

En effet, au moment de l'indépendance de la Tunisie (1956), il reste encore deux zones occupées par la France : la frontière sud-ouest algérienne et la base navale de Bizerte. Elles sont cependant revendiquées très ouvertement par le Président Bourguiba.

Dans le contexte de la guerre d'Algérie au lendemain du bombardement du village tunisien de Sakiet Sidi Youssef (1958), la France est obligée par le conseil de sécurité de l’ONU de retirer ses troupes du sud de la Tunisie. Les négociations successives échouent entre Paris et Tunis à propos de Bizerte.

Sans issue, elles débouchent, trois ans plus tard, sur une véritable crise. Elle est occasionnée par le démarrage d’un chantier français d’agrandissement de l’aérodrome (été 1961), sur le site même de Bizerte. De diplomatique, le conflit devient belliqueux jusqu’au cessez-le-feu du 23 juillet.

Deux années de « crise » puis l’ Evacuation

Suite aux manifestations et grèves sur le chantier, éclate le conflit armé. Trois jours de combats militaires, entre la France et la Tunisie. Des morts, des blessés et des prisonniers, de part et d'autre.

Si la France dénombre une vingtaine de tués, la Tunisie compte parmi ses pertes, des civils et des militaires. Les manifestations et incidents divers dureront encore pendant un bon mois. Et la véritable amnistie ne date que du 9 septembre.

Le nombre des victimes oscille suivant les estimations. Le bilan ne pourra pas être vérifié : entre morts et disparus, l’écart passe de 630 à 5000. Condamnée par l'Assemblée générale des Nations Unies, la France fera traîner jusqu’au 15 octobre 1963.

L’ Evacuation est fêtée immédiatement par la population tunisienne à 15 heures, au moment où le dernier soldat français embarque.

23 ans (1963-1987) de commémoration de l’ Evacuation sous le leader de l’Indépendance tunisienne, Bourguiba.

Un anniversaire gommé discrètement

Contrairement à son prédécesseur et unique président depuis l’Indépendance, le dictateur tout-puissant semble s’être commis d’un acte d’allégeance vis-à-vis de la France en supprimant une fête nationale.

En effet, Ben Ali, pour ne pas risquer de déplaire à la France, fait disparaître peu à peu l'anniversaire de l'Evacuation.

Pas d’arrêté, pas de déclaration : la fête nationale s’éteint tout doucement, grâce aux rouages bien graissés du seul parti d’Etat.

23 ans de silence environ pour un anniversaire disparu (1987-2010).

L'évocation des événements resurgit en 2010, avec le film d’Abdellatif Ben Ammar : Les Palmiers Blessés (co-production algéro-tunisienne).

Une « remémoration »

La révolution tunisienne de janvier, procède très vite à la « ré-instauration » de la fête nationale de l’Evacuation, par un décret-loi du 26 mars 2011.

Le 15 octobre 2011 est donc « férié pour les agents de l’État, des collectivités locales et des établissements publics à caractère administratif», ainsi que l’a paraphé, le Président de la République par intérim.

La population de Bizerte, les jeunes en tête , reprenant en l’adaptant à la prononciation actuelle l’antique nom de la cité romaine (Hippo Diaritus devenu Hippo Dirutus pour les organisateurs du réseau facebook ), ont préparé et organisé les festivités du 48e anniversaire de la Fête de l’Evacuation.

Deux jours de « remémoration », comme il est dit sur le programme avec : conférences d’universitaires, ventes de livres, expositions de photos et de documents relatant la bataille de 61, ateliers pour enfants, concerts, hommages aux familles des martyrs de Bizerte.

Par crainte d’une nouvelle oppression, un anniversaire en sourdine

La prise de conscience d’une majorité de la population, à la veille des élections*, la pousse à organiser des manifestations monstres sous le signe de ralliement de la démocratie et de l’égalité menacée par le totalitarisme religieux.

La lutte contre « l’extrémisme, la pensée unique, etc. » a rassemblé des citoyens de tous milieux et surtout de tous âges. Comme pour démontrer que l’histoire s’édifie au présent et pas seulement au passé.

La Marche pro Libertaire : Lâche-moi (Aâtaqni), suivie par un nombre imposant de participants dans les grandes villes de Tunisie, refuse la violence perpétrée par les intégristes à propos de la diffusion du film de Marjane Satrapi ( Persépolis ).

Elle aboutit encore une fois à la Place des Droits de l’Homme. Une continuité dans l’histoire de la Tunisie, contre toute forme d’oppression militaire, politique ou religieuse.

ANNIV2 .

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