Ces médecins devenus écrivains, témoins du XXe siècle

Des médecins, écrivains contemporains, narrateurs privilégiés de leur temps
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Thèmes d’actualité, poignants témoignages, œuvres parfois à la limite d’un autre monde, ou surfant avec maestria vers les domaines scientifiques, voici l’aire de jeu de ces écrivains qui ont su allier vie professionnelle et plume, parfois parallèlement.

Ernesto Guevara (1928/1967) : Devenu pour les livres d’histoire Che Guevara, ce politicien argentin, tout à la fois journaliste, écrivain, grand voyageur et médecin, est un des meneurs de la lutte révolutionnaire cubaine. Sa vie toute entière est portée vers les autres (n’incita-t-il pas ses hommes à apprendre à lire et à écrire ?) et devient source d’inspiration par ses écrits. De ses voyages il rapporte « Machu Pichu, enigma de piedra en América » (1953) et Notas de viaje (Voyage à motocyclette), et de ses combats « La vida de las guerillas » (1960), « Recuerdos de la guerra revolucionaria cubana » (1963), Justice globale, ou encore « Diario del Che en Bolivia » (1968).

Carlo Levi (1902/1975) : Cet Italien, médecin de formation passionné de peinture, se consacre dès les années 40 à la littérature. Son activisme effréné dans la lutte contre le fascisme le fait arrêter en 1934, puis libérer en 1935. Il rejoint alors la France, où il écrira « Peur de la liberté », ne rentrant en Italie qu’en 1942. De son année d’emprisonnement, il tire une expérience significative qu’il transpose dans son œuvre « Le Christ s’est arrêté à Eboli », adapté en 1979 au cinéma par le réalisateur italien Francesco Rosi. Il signe en 1950 « L’orologio » (L’horloge) sur la vie politique après la guerre puis, entre autres, « Les paroles sont de pierre » (1955), récompensé par le prix littéraire Viareggio et « Il volto che ci someglia » (Le visage qui vous ressemble) en 1960 ( http://www.italialibri.net/autori/levic.html ).

Jaime Salom (1925/) : Ophtalmologue espagnol, il mène de front ses carrières de spécialiste et d’écrivain jusqu’en 1990, date à laquelle il prend sa retraite du monde médical. Auteur de nombreuses pièces de théâtre, dont sa première création, « Mamá sonrie », date de 1953. Son premier succès vient réellement avec « El mensaje » (Le message), en 1955. En 1964, c'est la consécration avec « Juegos de invierno » (Jeux d’hiver) qui obtient le prix Isaac Fraga et « Los delfines », qui obtient le prix national de la littérature Calderón de la Barca.

Moacyr Scliar (1937/) : Médecin brésilien dédié à la santé publique, il devient écrivain par passion dès 1962. Son œuvre est prolifique avec plus de 70 livres (contes, essais, romans, chroniques et littérature pour la jeunesse). Reconnu par la critique brésilienne à de nombreuses reprises, il reçoit le prix Jabuti à trois reprises (1988, 1993 et 2009), et de la Casa de las Americas en 1989. En 2003, il est reçu au sein de la prestigieuse Académie brésilienne des Lettres. Notons les « Os melhores contos de Moacyr Scliar » (Les meilleurs contes de Moacyr Scliar), en 1984, et «Histórias que os jornais nao contam » (Histoires que les journaux ne racontent pas) en 2009, un recueil de 52 chroniques pleines d’humour ( http://pt.wikipedia.org/wiki/Moacyr_Scliar et http://www.historiasnaocontadas.com.br/ ). De ses nombreux romans, on retiendra « Le carnaval des animaux » (1968), « La guerre de Bom Fim » (1972) ou encore « Max et les fauves » (1981).

Robin Cook (1940/) : Médecin de Pennsylvanie, Robin Cook est un auteur qui allie le domaine médical aux intrigues de ses romans policiers. « L'auteur cible des thèmes controversés qui deviennent sujets à effrayer le commun des mortels dans ses best-sellers. Dons d'organes, transplants, fertilité, fertilisations in vitro, tout passe entre les mains expertes du docteur » ( http://www.evene.fr/celebre/biographie/robin-cook-2086.php ). Son premier roman « Year of the intern » (L’année de l’interne) entre de plain pied en 1972 dans l’univers médico-policier qui caractérise depuis lors ses livres. Suivent des titres aussi parlants que « Godplayer » (Syncopes, 1983), « Vital Signs » (Naissances sur ordonnance, 1991), et « Toxine » (Toxine, 1993). Son dernier opus, « Cure « paraît en 2010. Plusieurs de ses écrits ont fait l’objet d’adaptation au cinéma, comme « Coma », devenu Morts suspects dans le film de 1978 de Michael Crichton (voir plus bas), ou « Phase terminale », d’après Terminal, en 1996.

Michael Crichton (1942/2008) : Diplômé comme Wendell Holmes de l’Harvard Medical School, Michael Crichton écrit surtout au début pour payer ses études. De ses œuvres de jeunesse comme « Odds on» (1966, signé John Lange), « A case of need » (Extrême urgence, signé Jeffrey Hudson, 1968) qui obtient le Edgar Award, on retient « Andromeda strain » (La variété Andromède, 1969), un de ses premiers grands succès. Michael Crichton acquiert bien rapidement un style qui fera de lui un auteur à succès. Viennent « A great train robbery » (Un train d’or pour la Crimée, 1975, adapté au cinéma en 1979), et la mythique série des Jurassik park, parue dès 1990, adaptée avec tout le succès que l’on sait sur grand écran ( http://www.crichton-official.com/ et son interview dans le Nouvel Observateur http://bibliobs.nouvelobs.com/romans/20081106.BIB2350/crichton-le-roi-du-tekno-polar-est-mort.html , peu avant sa mort prématurée, en 2008). Des œuvres posthumes terminent cette carrière exceptionnelle : « Pirates Lattitudes » en 2009, qui sera peut-être suivi par un autre roman dans son style si particulier de techno-thriller.

David Hellerstein : Ce célèbre psychiatre américain, spécialiste de la psychopharmacologie de la dépression chronique (voir plus loin, dans le même domaine Edouard Zarifian) a décidé de faire partager ses connaissances médicales. Au travers de ses livres, il rend compte du monde médical et des pratiques hospitalières : « Battles of life and death » en 1987, est bientôt suivi par le très reconnu outre-Atlantique « A family of doctors », en 1994. Professionnel éclectique, il participe à l’édition « On Medecine and littérature », en 1992, écrit régulièrement des articles pour la presse spécialisée et intervient à la télévision.

Jean-Christophe Rufin (1952/) : Médecin français, porté vers l’humanitaire, ancien vice-président de Médecins sans frontières et directeur d’Action contre la faim, ses ouvrages sont nourris de son imagination, mais également de ses voyages et de son parcours professionnel.

Membre depuis 2008 de l’Académie Française, il est l’auteur des très célèbres « L’Abyssin » (1999, Edts Gallimard) et « Rouge Brésil » (2003, Edts Gallimard), le second par le public récompensé par le Prix Goncourt. Son roman d’anticipation « Globalia » (2004), entre dans un autre registre d’écriture. Voyage au bout de l’humanitaire (2005, Edts La découverte), écrit en collaboration avec Marc Vachon et François Bugingo, Un léopard sur le garrot et Katiba (2010, Edts Flammarion), sur la confrontation de deux civilisations, suivent les traces de ces pérégrinations humanitaires.

Martin Winckler (1955/) : De son vrai nom Marc Zaffran, ce romancier et essayiste est un fervent critique du système médical français. « Les cahiers Marcoeur » (1983), et sa participation à la rédaction de la revue médicale Prescrire, mènent dès 1984 l'auteur à la composition de ses premières nouvelles. Son premier roman « La vacation » (1989) « est récompensé au Festival du Premier Roman de Chambéry en 1990. Son retrait de la vie médicale en 1993 lui permet de se consacrer à l’écriture, et notamment ses œuvres pour la jeunesse - tels « Le petit garçon qui ne trouvait pas le sommeil (2007, Edts Gautier-Languereau) : « Les trois docteurs » (2004, Edts P.O.L.), « Les droits du patient » (en collaboration avec Salomé Viviana, 2007, Edts Fleurus, La maladie de Sachs, « Maux pour maux » (2008, Eds Gallimard), etc. A visiter http://martinwinckler.com/ .

Caroline Eliacheff : Psychanaliste française spécialisée en psychiatrie infantile, Caroline Eliacheff est une véritable touche-à-tout dans son domaine. Médecin, elle anime une chronique sur France Culture tout en écrivant des ouvrages dès 1993. Elle consacre ses livres au monde de la psychanalyse et décortique les relations parents/enfants : « Peut-on faire le bonheur de ses enfants » (2003, Edts de l’Atelier), « Le bébé et les ruptures » (2003, Edts Albin Michel), ou plus récemment « La famille dans tous ses états » (2004, Edts Albin Michel).

Khaled Hosseini (1965/) : Cet écrivain afghan, installé aux Etats-Unis depuis 1980, y suit des études de médecine. « Les cerfs-volants de Kaboul », son premier roman, ayant pour décor son pays d’origine, est salué tant par le public que par la critique internationale et devrait être prochainement adapté au cinéma. « Mille soleils splendides » (2007), toujours avec pour toile de fond l’Afghanistan, est également un succès (le site de l’auteur http://recherche.fnac.com/Search/SearchResult.aspx?SCat=2!1&Search=boulgakov+mikhail&sft=1 ).

Edouard Zarifian (1941 /2007) : Ce psychiatre et psychanalyste français disparu prématurément, a principalement écrit des ouvrages ayant trait à son champ d’expertise. « Les jardiniers de la folie » (1988, Edts Odile Jacob), « Des paradis plein la tête » (1994, Edts Odile Jacob), « La force de guérir » (1999) et « Le goût de vivre (2005) toujours aux éditions Odile Jacob, sont des ouvrages portant notamment de son cheval de bataille, la surconsommation des psychotropes. Son goût pour la bonne chaire le mène dans un registre bien différent à écrire une ode à Dom Pérignon, « La bulle de champagne » (2005, Edts Perrin).

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