Profilage et serial killers

Pour arrêter un serial killer, on se base sur une enquête minutieuse et sur l'établissement de son profil psychologique comme l'explique Stéphane Bourgoin.
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Dans son livre Serial killers. Enquête sur les tueurs en série publiés aux éditions Grasset, le criminologue Stéphane Bourgoin explique quelles sont les méthodes d'investigation des forces de l'ordre lors d'affaires de crimes en série. Établir le profil psychologique d'un tueur est une aide supplémentaire pour le débusquer et l'arrêter.

Le profil est construit selon une méthode précise en cinq étapes.

L'étude du lieu du crime

Celle-ci se fait grâce à:

  • des photographies du lieu, des environs de ce lieu (photographies aériennes), de la victimes, de ses blessures
  • une vidéo prise sur le lieu du crime
  • des rapports préliminaires de la police
  • du rapport d'autopsie complet de la victime
  • d'un rapport concernant la victime contenant le plus d'informations possibles sur sa situation professionnelle, ses occupations, sa situation matrimoniale, sa famille, ses vêtements, son éducation, sa réputation, ses finances, son dossier médical, ses habitudes personnelles et sociales, sa consommation d'alcool ou de drogues, ses loisirs, ses amis, ses ennemis, son casier judiciaire et les éventuels changements récents dans son style de vie.

La classification et l'analyse des informations obtenues lors de l'étude du lieu du crime

  • Par rapport au crime: il s'agit pour les enquêteurs de déterminer s'il s'agit d'un premier crime, d'un meurtre s'inscrivant dans une série, s'il y a un ou plusieurs tueurs.
  • Par rapport au mobile: Le tueur peut se défendre, rechercher un gain financier, réagir suite à une dispute, défendre des opinions religieuses ou touchant au fanatisme, satisfaire une pulsion sexuelle.
  • Par rapport au risque de la victime et de son agresseur: La victime présente des risques hauts (prostituée par exemple) ou bas (mère au foyer) de se faire agresser. S'attaquer à quelqu'un de plus ou moins vulnérable est significatif concernant le tueur. Différentes hypothèses sont possibles et étudiées de manière comparative: les tueurs peut prendre de grands risques car il se sent invulnérable ou parce qu'il est immature, stressé ou excité.
  • Par rapport au facteur temps: l'heure du crime donne des indications sur le rythme de vie de l'assassin, le temps mis pour tuer et passé avec le cadavre et pris pour s'en débarrasser sont autant d'indication. Si le tueur prend du temps c'est qu'il est dans un endroit connu et isolé.
  • Par rapport au facteur espace: il faut considérer l'endroit où la victime a été vue pour la dernière fois, où le tueur l'a abordée et si le corps a été déplacé.

La reconstitution du crime et du comportement du tueur et de sa victime

Elle se fait de manière chronologique. On détermine si le crime est organisé ou désorganisé. On étudie les critères de choix de la victime, la manière dont le tueur l'aborde, la succession des événements. Il faut être attentif car le criminel peut manipuler la scène de crime pour induire en erreur les policiers, par exemple en laissant un désordre apparent.

L'établissement du profil du suspect

Il comprend ses caractéristiques physiques, ses habitudes, ses croyances, sa situation matrimoniale, son lieu de résidence qu'on compare au lieu du crime, son comportement avant et après le meurtre.

Tous les éléments déterminés doivent correspondre à l'enquête, aux preuves collectées et à la reconstitution du crime.

L'utilisation du profil sur le terrain

Toute découverte de nouveaux éléments entraîne une mise à jour du profil. Si on a un suspect ou si quelqu'un avoue, on compare son profil à celui établi pou savoir s'il y a correspondance ou non.

Ces analyses sont le fait d'enquêteurs très expérimentés qui sont familiers des investigations de ce type. Toute modification de la scène de crime peut avoir un impact sur la réflexion menée.

Dans les enquêtes concernant les serial killers aux Etats-Unis, il y a 23% d'échecs mais ils ne sont pas forcément imputables à une erreur d'analyse du FBI.

Ce qui garantit l'utilité du profilage, c'est une enquête solide dont il ne faut pas s'écarter: les indices ne sont pas invalidés par le profil. Ce profil peut aussi servir lorsqu'un suspect est interpellé pour mener son interrogatoire et lorsqu'un procès a lieu pour construire le plaidoyer du procureur.

Le profilage n'est pas une science exacte, c'est une méthode qui convient uniquement aux meurtres sans mobile, il s'agit d'un dernier recours.

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