Face à la pandémie des maladies chroniques non transmissibles

La pandémie des maladies chroniques non transmissibles, exaspérée par la mondialisation, ne peut être maîtrisée que par une gouvernance globale responsable.

L’Assemblée générale des Nations Unies a adopté, en mai 2010, une résolution demandant une réunion de haut niveau sur la prévention et la maîtrise des maladies chroniques non transmissibles (MCNT), avec la participation de chefs d’État et de gouvernement, le 19 septembre 2011. Il s’agit d’un rendez-vous important de la santé publique mondiale.

Une pandémie menaçante

Les MCNT, en effet, ont représenté, en 2005, 60% de l’ensemble des décès dans le monde , soit 35 millions, dont la moitié survenus à moins de 70 ans. 80% ont eu lieu dans des pays à revenus faibles ou intermédiaires. Les maladies cardio-vasculaires en sont les principales causes, avant le cancer, et ont représenté près de la moitie de la totalité des cas. La mortalité par maladies chroniques devrait augmenter de 17% au cours de la prochaine décennie. C’est dire qu’il s’agit d’une véritable pandémie, qui nécessite une prise en charge globale, à l’échelle planétaire.

La sédentarité, le tabagisme, l’alcoolisme et l’excès de sel

Quatre facteurs de risque principaux des MCNT ont été ciblés par l’Organisation mondiale de la santé, dans son plan d’action visant à diminuer de 2% la mortalité annuelle de ces affections , et d’éviter 22 millions de décès d’ici 2013. La charge mondiale des MCNT peut être diminuée, à un prix relativement peu élevé, en luttant contre ces déterminants. Il s’agit de la sédentarité, la consommation excessive de sel, le tabagisme et l’alcoolisme. Des facteurs qui, dans un monde interdépendant, sont de plus en plus difficiles à contrôler à l’échelle communautaire, et même nationale, et nécessitent l’intervention d’une gouvernance globale.

La mondialisation et l'acculturation

Les effets de la mondialisation sur la santé publique mondiale sont assez difficiles à analyser, car nombreux et de mécanismes assez variés. Ils peuvent être bénéfiques. Les médias à action mondiale, et en particulier Internet et les nouvelles technologies de l’information et de communication, aideront à une coopération, au-delà des frontières entre les chercheurs du monde entier , ce qui permettrait d’aborder d’une façon préférentielle des problèmes de santé globale ou internationale. L’accord général sur le commerce des services, qui englobe le secteur de la santé, peut constituer une occasion pour les pays pauvres de bénéficier des investissements des capitaux étrangers , développer leur infrastructure sanitaire et profiter du transfert des technologies et des compétences qui en résulterait.

Mais les voix qui dénoncent les effets pervers de la mondialisation sur la santé et, en particulier sa responsabilité dans l’augmentation des MCNT, sont nombreuses. La fusion des cultures nationales et régionales avec la culture globale, résultat d’une homogénéisation culturelle ou d’un effet «coca-colonisation» ou «McDonaldisation», est en partie responsable de la prévalence, de plus en plus élevée, de l’obésité, du diabète et de l’hypertension artérielle dans les pays pauvres ou en voie de développement. La libéralisation du commerce a été à l’origine d’un envahissement des pays à faibles ressources économiques par des aliments préparés, de faible valeur nutritive, riches en graisses saturées et en sel. La mondialisation a été aussi responsable d’une augmentation de certains comportements nocifs, en particulier la consommation alcoolique et le tabagisme, dans un certain nombre de pays.

Le stress des crises économiques et sociales

Mais l’effet de la mondialisation n’est pas limité à un changement des habitudes alimentaires au niveau des nations les plus démunies. Plusieurs pays ont connu de profonds bouleversements socio-économiques , l’insécurité économique et sociale, la perte d’emplois et la pauvreté. Des événements qui ont engendré l’immigration, la désorganisation sociale, la perte des valeurs, l’anomie, la violence, la toxicomanie, l’anxiété, le stress, et même de sévères troubles mentaux. Autant de facteurs de risque qui favorisent l’hypertension artérielle et les maladies cardio-vasculaires. À l’appauvrissement des populations s’est ajoutée une régression de leur niveau général d’éducation.

Les difficultés des pays en voie de développement face au nouveau péril des maladies chroniques non transmissibles sont encore aggravées par la détérioration des infrastructures sanitaires liées à des ressources nationales plus rares, une dépréciation de leurs services par les malades, qui les ont désertées, et une fuite importante des professionnels de la santé vers des pays qui possèdent un système de santé mieux développé.

Un rôle crucial des organisations non gouvernementales et des médias

Les problèmes de santé publique mondiale occupent, de plus en plus, une place prépondérante dans l’agenda mondial, au même titre que les problèmes économiques, politiques et de droits de l’homme. En témoigne l’augmentation de l’aide internationale dans ce domaine , qui a doublé en moins de dix ans, passant de 10,7 billions de dollars en l’an 2000 à 21,8 billions de dollars en 2007.

La réunion au sommet de l’Assemblée mondiale de la santé, au mois de septembre de l’année prochaine, arrivera-t-elle à prendre des mesures nécessaires contre la pandémie des MCNT, responsable d’une diminution de 1 à 5% du produit intérieur brut des pays économiquement faibles? Le sommet pourrait se heurter à l’intransigeance de certaines parties qui ne prônent la mondialisation qu’à un sens unique, au profit de leur intérêt national. Mais les professionnels de la santé, les médias, les organisations non gouvernementales et les associations scientifiques doivent œuvrer dès maintenant pour sa réussite, en multipliant les actions de sensibilisation auprès de l’opinion publique à l’échelle nationale et régionale.

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