Deus Ex : Human Putsch

Quand il est question de l'unanimité autour de Deus Ex : Human Revolution, il est facile de se dire qu'il est loin le temps de son précurseur...

Deus Ex : Human Revolution ou le retour du fils prodigue. Depuis le temps que les fans de la première heure attendent l'arrivée d'une suite capable d'effacer la déconvenue Invisible War, jamais un épisode n'avait autant inspiré d'espoirs. Il aurait alors fallu marquer une différence entre réparer une erreur et se montrer digne d'un précurseur. Sur ce point, contrairement à l'unanimité générale, ce nouvel opus est loin de s'inscrire en tant que nouvelle référence tant il se montre contestable.

Successeur ou usurpateur ?

Il n'est de succession dans Human Revolution que l'ordre chronologique de l'épisode. Car, pour ce qui est de la légitimité, si le terme d'usurpation est beaucoup trop fort, la notion d'héritage n'est pas non plus celle qui désigne le mieux le résultat. La faute n'est pas tant à l'équipe de développement sous l'égide de Square Enix, mais surtout à cette presse unanime qui parvient à crier au génie, non sans relever les incohérences et les défauts du jeu au passage. Comme si le manque de rapport ou l'abstinence arrivaient à justifier un viol. Car il ne fallait certainement pas faire appel à ses souvenirs d'époque pour noter les vraies différences qui démarquent ce volet du premier Deus Ex, mais bel et bien de se replonger dans cette expérience incomparable. Et si l'évolution technique est indéniable, il demeure en termes de jouabilité des lacunes assez impardonnables pour un titre qui se prévaut d'être à la hauteur de la réputation laissée par son prédécesseur. Par conséquent, si le statut de successeur ne peut pas lui être disputé, il n'en va pas de même pour cette aura d'héritier qui lui est décernée. Une simple piqure de rappel suffit à donner tort (encore une fois) à bon nombre de professionnels qui se gaussent d'avoir pris part au renouveau de la série, à la renaissance d'une rigueur et d'une ambiance si particulières et d'entraîner ainsi des poignées de joueurs inexpérimentés dans les méandres d'une suffisance et d'une médiocrité qui commence à peser bien lourd sur l'industrie.

L'alliance vénéneuse

Un petit parallèle permet donc de mettre en relief les écarts de conduite entre la référence et sa suite désignée. Ce volet se vante donc de reprendre à sa cause la recette qui avait porté ses fruits jadis. Renouvelant la base technique et enrichissant la palette de la jouabilité, il n'y avait aucune raison de rencontrer des impairs. Et pourtant, Square Enix cumule les bémols dans le meilleur des cas. Car, si en ce qui concerne les graphismes et les animations, les dégâts sont limités, l'orientation du gameplay réalise de son côté un grand écart inutile. Malgré la licence, ce sont deux écoles qui s'opposent. Moins évolué et moins étoffé, Deus Ex s'avérait par contre beaucoup plus intransigeant. Tandis que dans le cadre de Human Revolution, il n'est finalement question que de survoler le sujet. Non content de se prendre les pieds dans le tapis en proposant une composition graphique inégale et peu inspirée, le développeur ne fait qu'effleurer le concept du jeu. Liberté d'action et liberté d'évolution ne sont que de la poudre aux yeux tant leurs effets sont minimes, voire pervers. Avec un arbre d'amélioration bien étoffé, qui pourrait finalement croire que la palette d'attitudes s'en tiendrait à deux extrêmes, action et furtivité ? Sur le principe seulement, car, en réalité, les évolutions sont à l'image de vos choix d'interaction, ils n'ont aucune influence. Le jeu transpire le symptôme Splinter Cell Conviction qui consiste à évoluer dans des tableaux séparés les uns des autres, sans aucune interaction entre eux, avec la présence d'une IA déplorable qui oublie littéralement votre présence au bout d'un certain temps. Et ce ne sont pas les différents boss à achever trop facilement qui viendront relever la difficulté. Vos actes n'ont pas de vraies conséquences. L'histoire se poursuit sans en tenir compte. Difficile de tenir le cap quand le niveau technique s'en tient à vous flatter la rétine, sans mettre à profit cette manne pour approfondir le gameplay.

L'héritier déchu

Le défaut majeur de Deus Ex : Human Revolution est la prise en compte de l'interaction. Rien de ce que vous pouvez faire ou dire n'agit directement sur le courant de l'histoire ou la manière dont vous perçoivent les autres PNJ. Qui plus est, bien que la politique de gameplay vous encourage à user de furtivité, l'absence totale de châtiment ou de difficulté en cas d'erreur est une réelle incohérence qui alimente le désintérêt pour le jeu. Car sans conséquences à vos actes, il ne s'agit plus que d'une succession de niveaux sans réel challenge qui nuisent à votre motivation, laquelle ne saurait être sauvée par le maigre scénario dont il est question. Au final, Human Revolution est un mystificateur qui est parvenu à faire croire à sa fausse liberté d'action, à ses vastes niveaux, à sa complexité superficielle et à sa richesse ennuyante. Il n'est en fait que la pierre qui ricoche sur la surface de ses pairs.

Sur le même sujet