La réalité paranoïaque d'Alice

Quoi que puissent en dire les médias spécialisés, Spicy Horse réalise le tour de force d'imposer leur vision d'un monde unique là où d'autres ont échoué.

D'ordinaire tout le monde cherche à fuir ses cauchemars lorsque nous nous y retrouvons prisonniers. Qui pourrait alors croire qu'il soit possible de s'y complaire, voire d'en redemander. Pour le comprendre, il ne faut pas hésiter à nous enfoncer dans la noirceur du pays des merveilles que nous ont concocté les studios de Spicy Horse.

Alice in chains

L'annonce de cette suite (puisqu'il s'agit d'un second opus) avait d'abord soufflé le chaud, le premier épisode ayant marqué les esprits de ses choix artistiques et techniques. Tout le monde espérait certainement autre chose que cette douche froide qu'a versée la presse spécialisée à la sortie de Retour au Pays de la Folie. Il ne faut pourtant voir à travers cette consternation qu'un nouvel égarement de la profession. Si prompte à s'enflammer à la moindre occasion pour de pseudos œuvres artistiques, elle conserve cette fâcheuse habitude de dénaturer injustement le talent là où il se trouve. La liste des reproches est forcément conséquente avec une qualité graphique en retard d'une génération et un gameplay aux défauts récurrents (caméra capricieuse, maniabilité rigide, jouabilité répétitive, etc.) pour appuyer cette position. La technique prend alors le pas sur l'aspect artistique dans le constat qui est dressé.

Il est très difficile d'adhérer à ce genre de jugement tellement le jeu se révèle riche et intéressant. Effectivement, techniquement, il n'est pas le plus abouti et le plus performant des références. Cela dit, le niveau est suffisant pour profiter pleinement de l'aventure qui nous a été préparée. Cet aspect technique ne vient donc pas transcender le soin artistique, mais plutôt l'accompagner. Il n'en faut pas plus pour vous permettre de suivre Alice entre la réalité et son délire fantastique. Retour au Pays de la Folie est une aventure extraordinaire dans un univers à la fois original, varié, surprenant, glauque, morbide, sordide et assumé. Il est alors possible de reprocher ce que vous voulez à la technicité, le fait est que la qualité des paramètres, critères, éléments qui viennent se greffer à ce background est suffisante pour rendre l'expérience séduisante, intéressante et enrichissante.

Le Pays des Merveilles

La manière dont sont représentés les personnages, les différences d'environnements ou encore la variété de gameplay sont autant de qualités qui vous font adhérer, accrocher et plonger au cœur de la vision de Spicy Horse. Leur investissement qui transpire du résultat est d'ailleurs à ce point remarquable qu'ils ont su assumer leurs choix jusqu'au bout, là où un certain Tim Burton n'a pas su le faire, piégé qu'il était dans sa marque de fabrique. Du conte enjolivé revu par Disney à cette interprétation sombre et sans concession, il n'y a qu'un pas qui vaut la peine d'être vécu et ce dernier le doit à une expérience vidéoludique (incontournable quoiqu'il en soit).

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