Québec : les Inuit de l'Ungava

La baie d"Ungava se trouve dans le nord du Québec, entre le détroit d'Hudson et la mer du Labrador. Les Inuit y vivent, entre traditions et modernité.
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Le Nunavik (qui signifie "endroit où l’on vit", dans le dialecte local), a été crée en 1975 par la Convention de la Baie-James et du Nord québécois . Elle « confère aux Inuit de vastes responsabilités en matière de développement économique et social, d’éducation, d’environnement et de gestion du territoire. » C’est sur son pourtour que vivent aujourd’hui les Inuit de l’Ungava, répartis en cinq communautés. Leurs activités traditionnelles constituent, avec l’écotourisme, la principale ressource économique. Le milieu naturel, au climat de type arctique, est constitué par la toundra.

Voici mis en parallèle le passé et le présent afin d’évoquer les changements intervenus dans leur vie.

La population de l'Ungava

Les Inuit (singulier inuk , « être humain ») occupent de manière quasi continue le site d’Ungava qui fut un lieu d’interaction de trois courants de peuplement depuis plus de 2000 ans. Avant l’arrivée des Blancs ("Qallunaat"), ils avaient une vie nomade et subsistaient grâce à la pêche et à la chasse.

À l’époque des premiers contacts avec les "Qallunaat", les Inuit exploitaient les ressources à l’intérieur des terres. Les missionnaires moraves (XIXe s.) les ont amenés sur la voie de la sédentarisation, mode de vie qui s’est accentué dans les années 1950.

Les Inuit de l’Ungava sont aujourd’hui un peu moins de 4 000. Leur taux de natalité est élevé et la proportion des jeunes, au sein de la population, importante.

L’habitat

Autrefois, l'habitat inuit traditionnel d'hiver était l'iglou, constitué de blocs de neige avec un bloc de glace d’eau douce en guise de fenêtre. Il pouvait être constitué de plusieurs ensembles et avoir différentes dimensions. En été, les Inuit vivaient dans des tentes en peau de phoque ou de caribou, ou encore dans des cabanes. Après les cabanes et les « matchboxes » des années 1950, on est passé aux HLM. Les Inuit vivent maintenant dans des maisons avec le confort moderne (eau courante, électricité...).

Les communautés inuit

Jadis rassemblés en petites communautés, les Inuit de l’Ungava vivent aujourd’hui dans des maisons regroupées en villages organisés autour de bâtiments administratifs, de services de santé, de commerces. Ces communautés possèdent des coopératives qui s’impliquent dans la vie communautaire, de même que des centres culturels qui jouent un rôle certain dans la sauvegarde et la promotion de la culture inuit.

Traditionnellement, pour survivre dans cet environnement hostile, il fallait que la femme soit une excellente couturière pour la réalisation des vêtements et des bateaux tandis que l’homme s’occupait de la chasse et de la pêche, de la fabrication de l’iglou, etc.

La famille

Malgré la modernisation et, parfois, l’acculturation, la famille reste le noyau central de la société inuit. Elle va de la famille nucléaire à la famille étendue qui se subdivise en groupes familiaux qui se disputent parfois pour occuper un poste administratif important. Les jeunes, influencés par la culture américaine, souffrent de la drogue et de l’alcool et sont en opposition avec les traditions de leurs aînés. La structure familiale ne s’est pourtant pas trop éloignée de ce qui prévalait par le passé. Mais on constate une grande fréquence des ménages multifamiliaux.

La langue inuttitut

Les Inuit de l'Ungava parlent l’ inuttitut , une langue agglutinante originaire de l’Asie, transcrite au moyen d’une écriture syllabique créée par le révérend Edmund Peck. En perte de vitesse avec l’influence du monde moderne et l’attrait de l’anglais, les Inuit vivent dans une situation de diglossie ; au Nunavik le français joue un rôle fonctionnel. Outre la désaffection pour leur langue, la tendance chez les jeunes est de mélanger l’anglais et l’inuttitut.

Moyens de transport

Traditionnellement, les Inuit, qui étaient nomades avant leur sédentarisation, utilisaient le traîneau (Qamutiik), tiré par 10 à 12 chiens, pour se déplacer. Leurs patins étaient constitués de poissons congelés enveloppés dans une peau de phoque et l’armature réalisée avec les bois des caribous. Aujourd’hui le traîneau a souvent laissé place à la motoneige et leurs conducteurs se sont appropriés le GPS pour se repérer. En mer, on utilisait deux types d’embarcations, le qajak et l’umiaq, de plus grandes dimensions. Depuis, des canots à moteur sont utilisés. L’avion sert aussi de moyen de liaison pour les longues distances.

La religion chez les Inuit

Les Inuit sont en majorité chrétiens. Les pasteurs anglicans, opposés aux catholiques, ont inculqué des règles allant à l’encontre des « mœurs dissolues » des habitants. Le christianisme a donc remplacé le chamanisme qui est à la base du système de croyances des Inuit, sans oublier la magie intimement liée à la médecine. Ces mêmes Inuit croyaient aussi fermement aux esprits maléfiques peuplant le monde dans lequel ils vivaient.

Le kattajak, chant traditionnel

Les Inuit, et plus spécialement les femmes, pratiquent le kattajak , des jeux de gorge utilisant certaines techniques vocales spécifiques. Les femmes se tiennent face-à-face et modulent leurs voix sur une base syllabique ou de mots inspirés par la nature. Elles combinent différentes techniques complexes pour obtenir une illusion stéréophonique.

Les jeunes sont toutefois influencés par musique occidentale.

La sculpture

L'art sculptural du Nunavik est varié et tire son inspiration de la faune, de la chasse et des légendes. À Kangirsuk (à l'ouest de l'Ungava), le style est populaire, voire rustique et ne met pas l’accent sur les capacités techniques de l’artiste. Alors qu’ailleurs la pierre utilisée est polie et noircie, ici les parties gris terne sont grossièrement noircies. « Les sculptures excentriques et sans prétention produites dans cette collectivité ont souvent l’aspect d’objets d’art populaire. L’ajout d’outils et d’accessoires miniatures fait ressembler la sculpture à un jouet. » ( ainc-inac )

Le jeu

Les enfants jouaient autrefois avec des poupées traditionnelles (qui avaient un rôle éducatif), aux osselets et à une sorte de bilboquet. Les jeux de ficelles (ayarak) étaient et sont toujours prisés, au côté d’un jeu occidental, le bingo qui joue un rôle social en rassemblant les Inuit.

La nourriture

Les Inuit dépendent aujourd'hui en grande partie de la nourriture importée et qui a remplacé, dans une certaine mesure, les aliments traditionnels consommés autrefois. Cette nourriture, pas adaptée à leur métabolisme, cause certains problèmes comme les caries à cause de la trop grande quantité de sucre et de féculents ingurgités. Le produit de la chasse et de la pêche, base de l’alimentation traditionnelle rentre peu dans les nouvelles habitudes alimentaires. Les aînés de la baie affectionnent toujours la viande faisandée, comme autrefois.

Les activités économiques

L'économie traditionnelle était basée sur la pêche et l’exploitation du caribou (tuktu) qui occupait une position particulière. La chasse à cet animal a donné naissance à des leurres anthropomorphes appelés inuksuk qui jalonnent les lieux où les Inuit les capturaient.

Aujourd’hui la pêche et la chasse ne sont que des activités secondaires, subventionnées par l’État. Bien qu’ayant des salaires inférieurs au reste du Québec, les Inuit se retrouvent dans les emplois salariés ou dépendent de l’aide sociale. Le secteur tertiaire est florissant par le biais des administrations, mais l’entrepreunariat privé est en pleine expansion (commerce, tourisme...).

La situation des femmes Inuit

Dans le nord, l’espérance de vie des femmes est plus courte (69 ans pour les Inuit). Elles présentent, plus souvent et surtout chez les jeunes, une détresse psychologique et le taux de suicide est élevé chez les 15-24 ans (garçons inclus). La religion est alors un appui important pour ces femmes. La violence familiale est en augmentation, de même que les abus sexuels.

Les musées, gardiens du passé

Beaucoup d'objets que les Inuit modernes n’utilisent plus dans la vie courante ont été regroupés dans les musées, ce qui a permis de garder, en partie, la mémoire de ces peuples du froid. On peut citer les outils, les habits, les objets artistiques...

Malgré le changement brutal de société, les Inuit réussissent tant bien que mal à s'adapter dans un environnement en pleine mutation.

NB : le mot « inuit » peut s'accorder ou rester invariable.

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Liens :

Tourisme du Nunavik

Institut culutrel Avataq

CONT12

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