L'exode massif des footballeurs argentins vers l'Europe

En 2010, plus de 2000 joueurs ont quitté leur pays pour rallier les championnats européens. L'une des nombreuses tares d'un foot argentin au bord du chaos.
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Chaque année le football argentin perd des forces vives. Et le phénomène va en s’amplifiant. En quatre ans, le nombre de joueurs partis tenter leur chance à l’étranger a quasiment doublé pour atteindre le chiffre record de 2204 exilés (*). C’est plus que le voisin brésilien, qui jusqu’ici détenait la palme en matière de fuite des talents.

Dans 80% des cas, les joueurs, âgés en moyenne de 16 à 19 ans au moment de leur départ, s’engagent dans l’un des six grands championnats européens : Espagne, Italie, Angleterre, Allemagne, Pays-Bas et France.

Les téléspectateurs argentins fans de Liga et de Premier League

Cet exode n’est pas sans conséquences sur l’attractivité du championnat argentin. Certes, les affluences restent significatives dans les stades. Mais de plus en plus les téléspectateurs se détournent des retransmissions domestiques, leur préférant les matches des championnats espagnol et anglais, dont les audiences ont bondi de près de 70% en 2010.

Tout cela contribue à accentuer la grave crise sportive et financière qui secoue le football argentin.

Reconstruire sur les ruines laissées par Maradona

Au plan sportif tout d’abord, la sélection d’Argentine tente péniblement de se relever d’une piteuse élimination en quart de finale du dernier Mondial sud-africain contre l’Allemagne (4-0). Cette fessée avait précipité le limogeage de Diego Maradona, pourtant considéré tel une icône au pays. Son ancien coéquipier champion du monde Sergio Batista lui a succédé au poste de sélectionneur. Malgré une victoire probante (4-1) contre l’Espagne, championne du monde en titre, et une autre de prestige face au Brésil (1-0) lors de récents matches amicaux, l’entreprise de reconstruction s’annonce lente et délicate pour l’Albiceleste.

L'ancien club de Gonzalo Higuain est aux abois

D’autant qu’au plan financier, le football argentin nage en plein chaos. Ses clubs sont exsangues, qui sur l’année 2010 ont cumulé une dette record de 280 millions de dollars . +36 millions par rapport à l’exercice précédent ! Comme un symbole, les cinq clubs emblématiques du pays – River Plate, Boca Juniors, San Lorenzo, Racing Club et Indepediente – totalisent 123,5 millions de pertes. A lui seul, le club de River Plate, situé à Buenos Aires, où évoluèrent des pointures telles que Enzo Francescoli, Gabriele Batistuta, Claudio Caniggia, ou plus près de nous Gonzalo Higuain, à lui seul donc ce club mythique est tenu de rembourser la bagatelle de 50 millions sur l’année 2011.

Les droits TV nationalisés

Les recettes liées à la vente des joueurs ( 425 millions d’euros au total ) ne suffisent pas éponger l’ardoise. Pas davantage que les 30 millions de prêt accordés par la Fédération argentine n’agiront comme un remède miracle. Le chaos est intense, qui a amené dès 2009 le gouvernement à nationaliser les droits TV afin d’octroyer une manne financière sécurisée aux clubs de l’élite.

La Copa America pour retrouver le moral

Seule lueur à l'horizon : l'organisation en juillet 2011 de la Copa America, un trophée que l'Albiceleste a remporté à 14 reprises depuis 1921. "J'ai demandé au Père Noël une victoire comme cadeau", disait Lionel Messi avant les fêtes. Le football argentin en aurait bien besoin.

(*) Selon une étude des cabinets Gerardo Molina Company Latin America et Euramerican Sport Marketing, citée par l'AFP.

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