Puel lâché par Aulas? Une vieille habitude pour le patron de l'OL

En suggérant que Puel pourrait ne pas aller au bout de son contrat, Aulas persiste dans une longue tradition de relations difficiles avec ses entraîneurs.

Depuis le temps que ça le démangeait, enfin Jean-Michel Aulas se lâche. Après avoir longtemps cherché à protéger son entraîneur, cible de critiques plurielles depuis son arrivée en juin 2008, le président lyonnais commence à se désolidariser publiquement de Claude Puel.

À la question de savoir si celui-ci allait se voir proposer une prolongation de contrat en juin 2012, Aulas a entretenu le plus grand flou dans une interview donnée au mensuel Lyon Capitale , expliquant: «On m’a suffisamment reproché de lui avoir fait signer un contrat de quatre ans, trop long pour les grands clubs...» Pis, il va jusqu’à suggérer que Puel pourrait ne pas aller au bout de son bail actuel, indiquant que «ce n’est pas une certitude». Piqué au vif par ces propos, l’ancien entraîneur lillois s’est borné à répondre en conférence de presse: «Je suis d'accord avec le président: en fin de saison, je pourrais éventuellement décider de m'arrêter ou d'aller voir ailleurs.» Ambiance...

Perrin, le conducteur de deux-chevaux qui ne savait pas piloter une Ferrari

Cette sortie médiatique de Jean-Michel Aulas est le nouvel épisode de ses relations tempétueuses avec les différents – et nombreux – entraîneurs appelés à s’asseoir sur le banc lyonnais depuis sa prise de pouvoir à la tête du club, en 1987. Les accrochages les plus rudes l’ont sans doute été avec Alain Perrin, nommé durant l’été 2007 et remercié à peine un an plus tard, alors que pour la première fois de son histoire, le club avait réussi le doublé Coupe de France-championnat. Perrin? «Une erreur de casting», décréta Aulas, tout en se reprochant d’avoir confié «les clés d’une Ferrari» à quelqu’un qui jusqu’ici «n’avait conduit que des deux-chevaux».

Pour expliquer le divorce, chèrement monnayé, Jean-Michel Aulas ne se priva d’aucune vacherie. Il avait noté «des dysfonctionnements dans le management technique qui ont pesé toute la saison sur la gestion du groupe professionnel». «Si les objectifs ont été atteints, certains des résultats qualitatifs ne l'ont pas été», regrettait-il, avant de relever une inadéquation entre «les possibilités de l’entraîneur et les ambitions du club». Un changement lui était donc apparu «indispensable» pour «franchir un palier, notamment en Ligue des Champions». De fait, si l’OL est effectivement parvenu, depuis, à se hisser en demi-finale de la C1, il n’a toujours pas remporté de huitième titre de champion de France, objectif évidemment fixé chaque année à Puel.

Houllier: «Ce que je n'aime pas, ce sont ses déclarations dans la presse»

Un an auparavant, en 2007, le départ de Gérard Houllier s’était opéré dans un climat, disons, plus tempéré. En apparence du moins. Car les semaines précédant la séparation, l’actuel entraîneur d’Aston Villa s’était confié dans la presse sur la difficulté de travailler au côté de Jean-Michel Aulas. «C’est compliqué, expliquait Gérard Houllier. En fait, par moments, c´est facile, et parfois moins. Ce que je n’aime pas, ce sont ses réactions dans la presse. (…) C’est comme un chef d’entreprise qui ne soutient pas ses cadres. C’est comme avec les joueurs. Je préfère qu’il gueule dans le vestiaire mais qu’il les défende publiquement. Concernant le recrutement, c’est surtout Lacombe et le président qui s’occupent de ça. Mais bon, peut-être que l’on me demandera mon avis.» On sait aujourd’hui que la réponse était non.

La complicité entre Bernard Lacombe, son bras droit, et Jean-Michel Aulas a de tout temps constitué un obstacle dans la bonne marche d'un triumvirat dont ne saurait être écarté l'entraîneur. Et il ne faut peut-être pas chercher plus loin les raisons d’un autre départ, celui de Jacques Santini en 2002. À son tour lassé de ne pas être consulté sur les mouvements de joueurs, il s’en ira pour rejoindre l’équipe de France.

Claude Puel sait tout cela, lui qui s’est déjà ouvert dans les journaux de l’influence envahissante de Lacombe dans son travail. Il sait aussi que l'avertissement lancé par Aulas dans la presse a valeur d'ultimatum et que l'échec en fin de saison (non-qualification en Ligue des Champions) lui sera fatal. Car le patron de l'OL a d'ores et déjà ouvert le parapluie.

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