Camp du Drap d'Or: 1520, l'entrevue de François Ier et Henry VIII

La mort de Maximilien Ier ouvre la succession au Saint-Empire. Pour gagner sur Charles Quint, le roi de France tente de séduire celui d'Angleterre à Calais.

Maximilien Ier meurt le 12 janvier 1519, laissant vacant le trône du Saint-Empire romain germanique. Plusieurs monarques européens se pressent pour récupérer la couronne: Charles, le petit-fils de Maximilien, mais aussi l’Anglais Henry VIII , le duc albertin Georges de Saxe et François Ier. Charles Quint est finalement choisi par un collège de princes électeurs, mais le Roi de France s'inquiète de ses velléités hégémoniques. Chacun s’efforce alors de constituer ou de consolider son réseau d’alliances, et c’est dans cette optique que François Ier organise une rencontre avec Henry VIII d’Angleterre, à Balinghem, entre Guînes et Ardres, près de Calais (alors terre anglaise). Le luxe extraordinaire déployé par les deux monarques valut à cette entrevue le nom de Camp du Drap d’Or, mais eut sur le souverain anglais un effet contraire à celui qu’escomptait le Français.

Une entrevue dans l’esprit de la Renaissance

Les deux chefs d’Etat avaient pour dessein d’apparaître comme des monarques de la Renaissance. Il s’agissait pour tous les deux de montrer la magnificence de leurs cours respectives, afin qu’elle devienne la base d’un respect mutuel entre leurs deux nations. Ajoutons que les deux rois avaient quasiment le même âge et jouissaient d’une réputation pour le moins originale, si bien qu’on peut aussi supposer dans leur démarche une part de curiosité réciproque.

Henry VIII prit ses quartiers à Guînes le 4 juin, pendant que François Ier s’établissait à Ardres. Après une visite du cardinal Wolsey au roi de France, les deux monarques se rencontrèrent à mi-chemin. Légat du pape Léon X, diplomate habile et puissant, le cardinal avait organisé la rencontre de façon à ce qu’aucune des parties ne prenne le pas sur l’autre. Ainsi les deux campements étaient-ils établis sur des éminences de hauteur égale. Et lors des messes célébrées en présence des souverains, on veillait à ce qu’il y ait le même nombre de chants français et anglais.

Des festivités qui tournent à la rivalité

Mais c’était sans compter sur la vanité des deux rois, chacun s’efforçant de surpasser l’autre par la splendeur de ses tentes, le luxe de ses tenues, le faste de ses festins… La rencontre tient d’ailleurs son nom de la profusion de brocarts d’or utilisés pour les 2800 tentes et les habits chamarrés des dames et de leurs cavaliers.

Henry VIII s’était ainsi fait construire un «palais» de près de 10 000 m2, de forme carrée et doté une cour intérieure. Deux mètres de briques, surmontés de près de 10 mètres de tentures, constituaient les murs de l’édifice, qui avait par ailleurs été aménagé avec le plus grand luxe. On y voyait notamment, outre des dorures, deux fontaines de vin rouge.

Les distractions sont variées au camp du Drap d’Or – tournois, concours de tir à l’arc, musique… –, mais sous couvert de s’amuser, on rivalise encore. Confiant dans sa force physique, Henry VIII propose à François Ier de jouter. Le roi de France ne résiste pas à l’envie de fanfaronner et fait chuter son adversaire de cheval. Les festivités se poursuivent, mais Henry a du mal à digérer l’affront.

Un échec diplomatique

En dépit du retentissement de cette entrevue, elle se solde par un échec. Non seulement Henry VIII n’est pas disposé à s’allier avec la France, mais deux semaines plus tard, il rencontre Charles Quint. Le jeune homme a vingt ans, il est le neveu de Catherine d'Aragon , la première femme du monarque anglais. Au traité de Bruges, en 1521, Charles Quint obtient de lui la signature d’un accord secret contre François Ier, et c’est la guerre qui conduisit au désastre de Pavie le 24 février 1525, et à l’emprisonnement du roi de France en Espagne

L’entrevue du Camp du Drap d’Or est néanmoins restée dans les mémoires pour son faste et son éclat. Aussi, depuis 1993, des habitants de Guînes ont créé l’ Association du Camp du Drap d’Or «afin de restituer le véritable lieu et l’histoire de l’entrevue du Camp du Drap d'Or entre François Ier et Henry VIII». À partir de 1998, l’association organise tous les ans les Ripailles du Camp du Drap d’Or au cours desquelles, pour environ 35 €, on revit le repas du 18 juin 1520, entre danses, théâtre, combats de chevaliers, visites des gitanes et évocation de Léonard de Vinci…

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