Henry VIII, beaucoup de femmes et peu d'enfants. Pourquoi ?

Malgré six mariages et de nombreuses maîtresses, le roi Tudor n'eut que 4 enfants viables. Des chercheurs américains incriminent son sang et la génétique.
136

Figure pittoresque passée à la postérité pour ses frasques sexuelles, sa métamorphose physique et le schisme qui conduisit l’Angleterre à la rupture avec l’Église catholique romaine, Henry VIII n’a cessé d’intriguer et de passionner. En témoigne le succès de la série Tudors . Des chercheuses américaines ont décidé d’envisager son cas sous l’angle de la science et pensent avoir trouvé une explication dans le patrimoine génétique du personnage. Elles ont fait paraître les résultats de leurs recherches dans un article intitulé «A New Explanation for the Reproductive Woes and Midlife Decline of Henry VIII» (Nouvelle explication de l’infertilité et du déclin d’Henry VIII à partir du milieu de sa vie), publié dans The Historical Journal de l’Université de Cambridge.

Les données du problème

Impossible d’établir avec certitude le nombre de grossesses engendrées par le fougueux Henry VIII – on l’estime à une douzaine environ –; en revanche, on sait avec certitude que seules quatre d’entre elles ont produit des enfants ayant survécu: trois héritiers légitimes – Mary , Elizabeth et Edward – et un bâtard – Henry FitzRoy, conçu avec Bessie Blount, l’une des jeunes maîtresses du monarque.

La liste des causes invoquées pour expliquer les fausses couches ou les naissances non viables est longue: de la malédiction au stress, en passant par l’insatisfaction d’épouses délaissées. Aujourd’hui, la science permet d’établir un tout autre diagnostic.

Le facteur Kell

Catrina Bank Whitley et Kyra Kramer suggèrent dans leur étude que le sang d’Henry VIII était porteur d’un antigène Kell rarissime, qui limiterait ses chances de concevoir un enfant viable. En effet, le monarque aurait été Kell positif, ce qui, dans la population européenne, ne concerne que 9% des individus. Or ses partenaires, Kell négatives selon toute probabilité, produisaient des anticorps qui expliqueraient les grossesses non abouties, les enfants morts nés ou les décès précoces des nourrissons. Ce phénomène survient dès qu’il y a échange sanguin entre la mère et l’enfant, c’est-à-dire parfois pendant la première grossesse et systématiquement au cours des suivantes, engendrant notamment de l’anémie, des insuffisances cardiaque… chez le fœtus.

C’est ainsi que s’explique la naissance d’Henry FitzRoy, d’Elizabeth et d’Edward, qui étaient les premiers enfants de leurs mères respectives. Quant à Mary, dont la naissance a été précédée de six fausses couches, sa survie pourrait s’expliquer par le fait qu’elle ait hérité de l’antigène Kell positif de son père, la rendant ainsi insensible aux anticorps de sa mère.

Le syndrome McLeod

Les contemporains d’Henry VIII ont par ailleurs noté que leur souverain s’était radicalement transformé au cours de son règne. Une transformation aussi bien physique que psychologique: le jeune roi sportif, bel homme et féru d’arts, dans lequel les humanistes plaçaient les plus grands espoirs, devient, vers le milieu de sa vie, un tyran obèse et lunatique, qui ne se déplaçait plus qu’avec peine en raison d’ulcères aux jambes.

Les chercheuses avancent dans leur étude que cette évolution négative pourrait bien s’expliquer par un syndrome génétique qui n’affecte que les porteurs de l’antigène Kell positif. Le syndrome McLeod affaiblit en effet les muscles, provoque des troubles de la personnalité et de l’entendement, problèmes qui surviennent principalement entre 30 et 40 ans.

On attribuait jusque-là le déclin du roi au diabète ou à la syphilis. Mais ces diagnostics ne sont étayés par aucune preuve tangible, ni par des symptômes observés chez l’intéressé, ni chez ses enfants, ni encore par la prise de traitements prescrits au XVIe siècle contre les maladies vénériennes.

Une théorie qui suscite quelques réserves

Quoique très récente, l’article de Banks Whitley et Kramer suscite déjà quelques réticences. On invoque notamment le fait qu’à l’époque d’Henry VIII, près de la moitié des enfants mouraient avant l’adolescence, ce qui relativise le caractère exceptionnel du taux de mortalité des rejetons royaux. D’autre part, les changements radicaux observés sur sa personne et dans son caractère pourraient s’expliquer plus simplement par son appétit démesuré ayant entraîné une prise de poids importante, elle-même suivie d’une baisse de son activité physique et de toutes les maladies liées à l’obésité.

Quoi qu’il en soit, rien ne pourra être définitivement avéré si le matériel génétique d’Henry VIII n’est pas analysé. Ce pourrait être chose faite bientôt, car Banks-Whitley et Kramer ont d’ores et déjà demandé à la reine Elizabeth l’autorisation d’exhumer les restes du monarque. Ce n’est qu’à cette condition qu’on pourra éventuellement le disculper de ses frasques sanguinaires.

Sources

  • Catrina Banks Whitley, Kyra Kramer, "A New Explanation for the Reproductive Woes and Midlife Decline of Henry VIII", The Historical Journal , n°53
  • Peter Brimacombe, Tudor England , Pitkin
  • David Starke, Six Wives , Vintage Books

Sur le même sujet