Le lac Vostok: des eaux intactes sous les glaces de l'Antarctique

La calotte glaciaire recouvre des lacs isolés de l'extérieur depuis des millions d'années. Les Russes vont bientôt percer la glace recouvrant le plus grand.
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On a appris début décembre 2010 qu’il ne faudrait plus que quelques mois aux Russes pour qu’ils achèvent la percée des 4.000 m de glace qui recouvrent le lac Vostok: fin février 2011, les eaux vierges que recèlent le sous-sol de l’Antarctique seraient atteintes. Pourquoi l’enjeu est-il de taille?

Une découverte datant de 1996

Dans les années 1960, des savants émirent l’hypothèse qu’une mer de la taille du continent européen existait sous les glaces de l’Antarctique. Jamais on ne la découvrit. En revanche, on établit que la calotte glaciaire dissimulait une multitude de lacs.

En 1996, une expédition britanno-russe qui étudiait le climat du paléolithique depuis 1989 décela, en forant la glace, l’existence d’un lac immense à l’aplomb de la base polaire russe de Vostok. On le baptisa en conséquence, avant d’établir ses dimensions imposantes: situé sous le niveau de la mer, il mesure 250 km de long sur un minimum de 50 de large, présente une circonférence de 1.030 km, une surface de 15.500 km2! Quasiment l’équivalent du lac Ontario ou de deux fois la Corse. On a par ailleurs repéré au moins 37 lacs sous-glaciaires, de plus petite taille, dans les environs du lac Vostok, mais plus hauts sous la glace et sans lien avec le géant.

Des explorations récentes ont permis de cartographier le fond du lac. La fosse présente des pentes abruptes à plus de 15%. Sa partie méridionale, qui occupe un territoire d’environ 70 km sur 10, est aussi la plus profonde: 800 mètres en moyenne, avec une cuvette plongeant à 1.050 mètres. La zone septentrionale du lac est moins encaissée: 300 mètres de fonds en moyenne, avec des pointes à 450 mètres, mais le relief y est vallonné.

Pourquoi explorer le lac Vostok?

C’est en fait moins le lac en lui-même qui intéresse les scientifiques que la possibilité d’y découvrir de la vie. Ses eaux seraient fortement chargées en oxygène, un taux incomparable avec celui des lacs normaux ou de montagne, tout comme leur contenu chimique et biologique. Et vu qu’elles sont coiffées d’une coupole de glace hermétique depuis plusieurs milliers, voire millions d’années, les organismes qui les peuplent, si on en trouve, devraient être absolument uniques, ayant ignoré depuis lors tout contact avec la biosphère terrestre.

Mais il y a plus: si l’on en croit les scientifiques, la composition des eaux du lac devrait être très proche de celles des étendues d’eau que l’on trouve sur un satellite de Jupiter baptisé Europe . Il y aurait en effet un océan sous l’épaisse croûte gelée de cette planète, et l’exploration des eaux de Vostok permettrait à la fois de prévoir quels microorganismes l’on serait susceptible de trouver dans les lacs extra-terrestres et d’affiner les technologies à utiliser le moment venu sur Europe.

Les risques du forage vers les eaux sous-glaciaires

Dès la découverte de Vostok en 1996, les opérations de forage ont commencé, mais elles ont été interrompues à deux reprises. La première fois en 1998, à la demande de la communauté internationale, qui voulut que l’on attende de disposer d’une technologie garantissant que ces eaux préservées ne soient pas souillées. Les travaux recommencèrent en 2005, avec des moyens techniques spécialement élaborés à cet effet, mais durent cesser de nouveau en raison de la rupture d’une foreuse. La nouvelle tentative, entreprise en 2009, devrait être la bonne. C’est en tout cas ce que promet Alexandre Frolov, le directeur du Roshydromet (Service fédéral russe d'hygrométrie et de surveillance environnementale), qui prévoit d’atteindre les eaux du lac au cours de l’hiver 2010-2011.

La prudence est toutefois de mise. En effet, aux dires de Chris McKay, de la Nasa, il convient de faire très attention en forant, « parce que les concentrations de gaz pourraient rendre l’eau très instable et potentiellement dangereuse ». Il n’est pas absurde, selon lui, d’imaginer qu’elles pourraient provoquer une explosion en surface. Dans ces conditions, ou dans l’éventualité d’un contact malencontreux, faire connaissance avec l’écosystème sous-glaciaire reviendrait aussi à prendre définitivement congé de lui. L’avenir dira si la conscience d’une catastrophe a permis de l’éviter.

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