Les compagnies low cost bradent les prix et… les prestations

L'argument principal de Ryanair ou d'EasyJet: leurs billets à bas prix. Mais avec elles, le voyage en avion s'apparente parfois au parcours du combattant.
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L’irlandaise Ryanair vient d’annoncer un bénéfice semestriel en hausse de 17%, revoit à la baisse l’impact financier du nuage de cendres provoqué par le volcan islandais Eyjafjöll et prévoit pour 2010 un bénéfice net compris entre 350 et 375 millions d’euros. Le succès des compagnies low cost est tel que certaines traditionnelles cherchent à les imiter. Ainsi, Air France va-t-elle créer des vols low cost en province . Toutefois, la guerre tarifaire que doivent continuellement mener les compagnies aériennes à bas prix n’a pas que des effets positifs pour la clientèle.

Les raisons d’un succès

Avec pour principe de base de n’inclure dans le tarif proposé que le prix du transport et de facturer en sus tout autre service rendu, le modèle des compagnies low cost est désormais bien connu du grand public. Tout ce qui engendre des coûts est impitoyablement rogné. On fait effectuer au client ce qui, ailleurs, incombe à divers personnels (comme l’enregistrement des bagages ou des numéros de passeport lors de l’achat des billets sur Internet, par exemple) et on lui facture tout le reste, du moindre kilo de bagage excédentaire aux collations et aux journaux à bord.

Si, de cette manière-là, les low cost sont parvenues à prendre des parts de marché aux compagnies traditionnelles, il leur a aussi fallu trouver des moyens de rivaliser entre elles. Aux Etats-Unis, Frontier Airlines et Jet Blue Airways ont la télévision à bord; Skybus Airlines vend des espaces publicitaires sur les carlingues de ses avions, et Michael O’Leary, le remuant patron de Ryanair, multiplie les déclarations fracassantes dans les médias: il fera désormais payer les voyageurs en surpoids, l’utilisation des toilettes à bord, etc., ce qui présente l'avantage de faire parler de sa compagnie sans qu’elle ait le moindre centime à débourser.

Des passagers satisfaits de voyager à moindre coût

Les voyageurs qui ont eu recours aux low cost mettent systématiquement en avant le prix imbattable du billet pour justifier leur choix. Et il est en effet indéniable que ces compagnies ont largement contribué à la démocratisation des voyages. Autre argument en faveur des low cost: cette démocratisation ne s’est pas effectuée au détriment de la sécurité, leur flotte étant la plupart du temps constituée d’avions récents (ce qui présente un avantage supplémentaire: ils consomment moins de carburant).

Concernant l’absence de confort, les partisans du low cost affirment ne pas s’en soucier, arguant du fait qu’on ne peut pas tout avoir et que payer 3 euros un café à bord ne les empêchera pas d’y gagner encore. Et puis, disent certains, dans les TGV non plus, il n’y a pas de service gratuit à bord, et la note est pourtant des plus salées.

Le revers de la médaille

Des voix commencent toutefois à s’élever contre les pratiques des compagnies low cost. On n’apprécie guère, par exemple, les aéroports de seconde zone qu'elles utilisent. Beauvais (au lieu de Roissy) ou Andrézieu (au lieu de Lyon Saint-Exupéry) ne soutiennent pas la comparaison, aussi bien en termes d’accessibilité que d’infrastructure. Le harcèlement commercial à bord des avions (vente de snacks, de parfums, de billets de loterie…) est, lui aussi, mal perçu par certains.

Mais les critiques se focalisent surtout sur deux points. Tout d’abord le problème des bagages: dès la réservation, le client est invité à déterminer s’il mettra un bagage en soute (limité à 20 kg, généralement) et à payer une franchise en conséquence. Si, au moment d’embarquer, il s’avère que la valise excède le poids réglementaire, tout kilo superflu est facturé en sus, et au prix fort (actuellement 20 euros par kilo). Quant aux bagages à mains, s’ils ne se conforment pas à de stricts critères de taille (55 cm x 40 cm x 20 cm) et de poids (10 kg), ils doivent prendre place en soute, moyennent le paiement de la somme correspondant à leur poids.

C’est pour cela que ce premier problème est corrélé au second motif de récriminations à l’encontre des low cost: la multiplication des surcoûts insidieux. Le problème est tel que certains gouvernements envisagent de prendre des mesures. Le Royaume-Uni, par exemple, réfléchit à une meilleure lisibilité des prix, dans la mesure où ceux qui sont annoncés, n’incluant jamais les taxes et autres frais, sont toujours inférieurs aux prix réellement payés par le client. Car, sans parler de la publicité mensongère qu’elle constitue, cette pratique présente un deuxième inconvénient : en cas d’annulation du vol, rien de ce qui aura été payé en sus du prix d’appel ne sera retourné au client.

À méditer, donc, avant de se ruer sur les sites de compagnies low cost, sachant par ailleurs, que le train (quand c’est possible) est moins nocif pour la planète.

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