Les Tudor, une dynastie d'exception pour l'Angleterre

D'Henry VII à Elizabeth Ière, trois rois et deux reines ont marqué la Renaissance, une époque troublée par les conflits religieux et les luttes de pouvoir.
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De 1485 à 1603, la dynastie Tudor règne sur une Angleterre en passe de devenir une grande puissance militaire et politique. Un siècle durant lequel la population du pays double, avec des villes qui croissent énormément et Londres qui devient la ville la plus importante en Europe. Avec l'avènement du théâtre de Shakespeare, l'immigration des réfugiés religieux, le développement de l'industrie et du commerce, au XVIème siècle, l'Angleterre entre enfin dans la Renaissance.

De nation divisée à union sacrée

Si la paix règne sur le royaume d'Angleterre au XVIe siècle, à l'exception de quelques rebellions mineures, l'Angleterre reste sous la menace constante des invasions de ses puissants voisins continentaux, la France et l'Espagne. À l'avènement, en 1485, d’Henry VII, le premier roi de la dynastie Tudor, la nation est divisée et inquiète. Il suffira d'un siècle pour que les Tudor accomplissent, à travers la leur, la destinée du pays.

L'exemple le plus frappant d'une victoire majeure et décisive reste celle de la flotte anglaise sur l'invincible Armada espagnole en 1587. Alors qu'à l'approche de l'impressionnante Armada, l'Angleterre fait face au pire danger d'invasion depuis la conquête normande, les marins d'Elizabeth Ière obtiennent la victoire qui changera une nation en une grande puissance.

Trois hommes et deux femmes d'exception

1485-1509: Henry VII est le premier roi de la dynastie. D’humeur entreprenante, il reste dans les mémoires comme celui qui a ramené la paix en son royaume, après les guerres fratricides entre les maisons Lancastre et York (plus connues sous le nom de Guerre des deux Roses). Plus d’informations sur le règne d'Henry VII ici.

1509-1547: son successeur, le séduisant Henry VIII, est sans doute celui dont on se souvient le mieux, d'une part à cause de ses frasques amoureuses et ses six mariages, et d'autre part pour la Réforme politique et religieuse qu'il a entamée lors de sa rupture avec le pape. Lorsqu'il accède au trône, il profite pleinement du legs de son père et jouit d'un royaume stable et prospère, qu'il transforme en monarchie absolue, s’entourant d’une cour censée manifester le pouvoir royal par sa magnificence. Plus d’informations sur le règne d'Henry VIII ici.

1547-1553: à la mort du charismatique et despotique Henry VIII, c'est son unique héritier mâle qui monte sur le trône. Edward VI est trop jeune pour régner, ce sont donc ses conseillers successifs qui occupent le pouvoir et poursuivent les réformes entamées par l'illustre prédécesseur. Plus d’informations sur le règne d'Edward VI ici

1553-1558: la série des grands hommes de la dynastie épuisée, ce sont les femmes qui accèdent au trône. La première est Mary, bientôt plus souvent appelée par son sobriquet "Bloody Mary", judicieusement choisi pour résumer le règne court mais incroyablement sanglant d'une fanatique religieuse qui tente de restaurer le catholicisme en Angleterre, en s'alliant à l'Espagne. Plus d’informations sur le règne de Mary Ière ici.

1558-1603: c'est sur le règne long et grandiose d'Elizabeth Ière que s'éteint la dynastie Tudor. La "Reine vierge" ne produit en effet pas d'héritier, et ce sont les Stuart qui vont remplacer sa famille au pouvoir. Celle qu’on surnomme aussi "Gloriana" est l'artisan de la victoire sur l'invincible Armada, mais elle est aussi une grande patronne des arts et fait beaucoup pour l'émergence d'une scène théâtrale de qualité ( William Shakespeare , Christopher Marlowe, Ben Jonson...), en dépit des tentatives de restrictions des ultra-conservateurs puritains. Plus d’informations sur le règne d'Elizabeth I ici.

Opulence et extravagance

La dynastie Tudor règne sur une époque d'opulence, perceptible aujourd'hui encore dans l'architecture des divers palais et résidences princiers. Après le règne sobre et économe d'Henry VII, Henry VIII manifeste une envie de luxe, destiné à impressionner l'ennemi et à éblouir ses contemporains. Les souverains cherchent aussi à dépasser leurs rivaux continentaux (en particulier les châteaux de François Ier, dessinés par Léonard de Vinci) et à provoquer leur jalousie. Les risques d'invasion et les guerres intestines étant moins importants, on n'a plus besoin de se terrer dans les forteresses médiévales des anciens monarques. On construit donc des palais dans le plus pur style Renaissance, plus vastes et plus confortables.

Richmond Palace, construit sous Henry VII, reste apprécié des souverains de toute la dynastie, et c'est là que meurt Elizabeth en 1603. Greenwich Palace est aussi l’un des endroits préférés d'Henry VII et de ses successeurs (plusieurs y sont d'ailleurs nés, comme Henry VIII et Elizabeth Ière). Citons enfin, pour ce qui concerne Henry VII, Woodstock Manor et le futur Blenheim Palace.

Henry VIII posséda plus de 50 palais, dans lesquels il dépensa des sommes extravagantes. Parmi les plus connus ou importants, Whitehall, Hampton Court ou St James's Palace à Londres (les deux derniers se visitent encore aujourd'hui).

C'est néanmoins sous Elizabeth Ière que le style Renaissance s'affirme en Angleterre, avec des demeures destinées à affirmer le statut de leur propriétaire. Longleat (près de Bath) est considéré comme un magnifique exemple de style Renaissance anglais. Citons aussi Sudeley Castle ou Hatfield Palace, que la reine agrandit et aménagea avec luxe.

Sources :

  • Tudor England de Peter Brimacombe (The Pitkin History of Britain)
  • English Castles Explained de Trevor Yorke (Countryside Books)

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