Ma part du gâteau de Klapisch avec Karin Viard, Gilles Lellouche

Le réalisateur de l'Auberge espagnole change de registre avec cette comédie sociale. Parcours de l'auteur, résumé du film, critique.

Depuis Le Péril jeune en 1995, Cédric Klapisch a su s'imposer dans le paysage cinématographique français comme un réalisateur qui compte, et dont on va voir le dernier film les yeux fermés. Après l'immense succès de ses comédies sentimentales L'Auberge espagnole et Les Poupées russes , il retrouve un angle plus social dans Ma Part du gâteau , réunissant un duo d'acteurs formidables au service d'un film inégal.

La famille Klapisch

Dès ses débuts en tant que réalisateur, Cédric Klapisch a su s'entourer. Son premier long-métrage n'est pas resté dans les annales, mais Riens du tout (1992) réunissait déjà quelques-uns des membres de sa famille cinématographique : Fabrice Luchini , Zinedine Soualem et Karin Viard.

C'est en 1995, avec le désormais culte Péril jeune , que la famille s'agrandit de deux personnages fondamentaux : Romain Duris et Vincent Elbaz. En 1996, dans Chacun cherche son chat , on retrouve Romain Duris et Zinedine Soualem, entourés des habitants du quartier de la Bastille. Toujours en 1996, Un air de famille, adapté de la pièce du duo Jaoui-Bacri, remporte un succès populaire et critique phénoménal (trois Césars).

En 1999, avec Peut-être , Klapisch revient à ses anciennes amours et fait jouer Romain Duris et Vincent Elbaz, entre autres.

En 2002 sort le plus gros succès à ce jour du réalisateur : L'Auberge espagnole , avec le désormais incontournable Romain Duris, qui donne la réplique notamment à Audrey Tautou et Cécile de France. Le trio se retrouvera trois ans plus tard dans Les Poupées russes , la suite. Entre temps, Ni pour, ni contre (bien au contraire) a remis Vincent Elbaz en vedette.

Dès 2008, retour du chouchou Duris dans Paris , épaulé cette fois par un casting de rêve : Juliette Binoche , François Cluzet , Mélanie Laurent et Albert Dupontel . Avec Ma Part du gâteau , Cédric Klapisch retrouve Karin Viard et Zinedine Soualem (craquant dans son petit rôle de formateur) et met en scène Gilles Lellouche, transfuge d'une autre famille comme le cinéma français les affectionne, celle de Guillaume Canet (il était épatant dans Les Petits mouchoirs ).

Ma Part du gâteau : résumé du film

France, ouvrière et mère divorcée de trois filles à Dunkerque, vient d'être licenciée comme bien d'autres collègues de l'usine. La révolte gronde, mais France craque et tente de se suicider. Pour ses enfants, elle cherche à se reprendre et accepte de "monter à Paris", pour y suivre une formation de femme de ménage.

Stéphane – Steve pour les requins de la City –, trader sans scrupule mais inadapté de la vie sociale, l'engage pour tenir son immense appartement avec vue sur la Grande Arche de la Défense. Quand il se retrouve avec son fils de cinq ans sur les bras, il supplie la femme de ménage, jusque-là insignifiante à ses yeux, de jouer les baby-sitters pour le bambin.

Le monde ultra-chic, matérialiste et froid de la finance rencontre le petit peuple des ouvriers, et le choc est autant économique que culturel.

Un film à peine sauvé par ses interprètes

Le duo – bientôt couple éphémère – que forment France (Karin Viard), l'ouvrière gouailleuse et battante, et Steve (Gilles Lellouche), le trader avide qui joue avec les millions, bien à l'abri de la réalité derrière ses écrans d'ordinateurs, est pour le moins improbable. Mais la rencontre est drôle, et le charme opère.

C'est Karin Viard qui paie le plus de sa personne, avec un enthousiasme joyeux et naturel. Aussi douée pour le chant à tue-tête devant la table à repasser que pour la chorégraphie en supermarché, elle nous offre quelques scènes d'anthologie, qui donnent au film un élan bienvenu.

Malheureusement, si Gilles Lellouche (très convaincant dans Les Petits mouchoirs ) est un bon acteur, il peine à endosser le costume du requin bilingue. Il semble perdu dans son trop grand appartement high-tech.

Quant au scénario, trop manichéen pour être intéressant, il est même bâclé sur la fin, tentative maladroite de métaphore du pouvoir du groupe. La France d'en bas peut s'en sortir, martèle Klapisch avec une insistance caricaturale, il suffit qu'elle s'unisse contre les pourris qui l'oppriment et la méprisent.

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