Le travail selon les philosophes: malédiction et nécessité

Entre l'image originelle de sanction et la nécessité économique, comment les philosophes conçoivent-ils le travail ?
82

Le travail demeure une valeur importante de nos sociétés. La Fête du Travail est l’occasion pour chacun de réaffirmer ses propres conceptions du travail. De la rentabilité économique à l’espoir de donner un sens à sa vie, le travail est un thème largement partagé. Toutefois, ce qu’il est ou ce qu’il devrait être oppose plus qu’il ne rassemble comme l’illustrent les récents propos du Président de la République, Nicolas Sarkosy, prétendant défendre le vrai travail ! Si, dans l'histoire de l'humanité, le travail eût parfois une image impure ou fût liée à une malédiction, celui-ci permet, néanmoins, de subvenir aux besoins élémentaires de l'être humain: nourriture, vêtements, abris etc..

Le travail, une activité avilissante ou une malédiction

Dans la Grèce antique, le travail était vécu comme une activité indigne réservée aux esclaves. L'homme libre ne se consacrait qu'aux tâches nobles, la contemplation, l'étude, les lettres ou les arts. Le travail implique souvent une pénibilité. Dans l’étymologie, le terme « travail » ne vient-il pas de « tripalium » instrument de contrainte auquel on attachait le bétail ! Il représente la lutte de l’être humain face à la nature. Pour vivre, chaque individu doit en effet défricher, labourer, récolter, extraire, construire etc. « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front » (La Genèse), allusion à la punition liée au péché originel et à la perte du paradis perdu où Adam n’aurait eu qu’à entretenir le jardin d’Eden. Dans la tradition catholique, le travail correspond donc à la part maudite de la condition humaine. Cependant, en l'associant à la prière, certains courants religieux comme le protestantisme ont su donner au travail une image plus lumineuse.

Le travail, une nécessité économique

Le travail demeure une spécificité de l’être humain qui, contrairement à l’animal, ne peut s’adapter spontanément au milieu naturel. Pour Karl Marx, le travail correspond à un projet conscient et volontaire de l’humain alors que l’animal agit surtout par instinct. Par son travail, l’individu peut couvrir tous ses besoins (Platon, La République). On ne peut toutefois l’assimiler à une quelconque rémunération. Les esclaves ou les serfs travaillaient sans percevoir le moindre salaire. Le but du travail serait plutôt de transformer la nature à des fins utiles. C’est ce qui distingue le travail des activités de loisir. Hannah Arendt différencie la theôria (spéculation), la praxis (l’action) et la poèsis (fabrication, travail). Pour cette auteure, le travail serait en définitive plus proche de l’animalité car il n'aurait pour seul but que de satisfaire des besoins éphémères. Le travail serait, par conséquent, une activité immédiatement consommée et donc vouée à l'infinie production-consommation.

Sources et pour en savoir plus :

Arendt Hannah, 2001. La condition de l’Homme moderne. Éditions Pocket, coll. Évolution, 406p.

Marx Karl, 2008. Le Capital. Éditions Gallimard, livre 1, coll. Folio Essais, 1053p.

Platon, 2002. La République. Éditions Flammarion, coll. Garnier Flammarion/Philosophie, 801p.

La tradition laborieuse

Le travail selon les philosophes

Le travail, concept universel

Sur le même sujet