Toponymie et Révolution de 1789: des changements limités

La Révolution de 1789 a voulu faire disparaître toute trace de l'ancien régime inscrite dans les noms de lieux de France avec plus ou moins de succès...

En France, au lendemain de la Révolution de 1789, la Convention veut effacer le souvenir de l’ancien régime et ses symboles. Les toponymes n’échappent pas au phénomène. Ce qui évoque la royauté, la noblesse et l’Église doit être supprimé et remplacé par d'autres noms. Mais on ne transforme pas aussi facilement des noms de lieux qui, parfois, ont traversé les siècles…

Suppression des toponymes relatifs à l’ancien régime

Après la Révolution, les noms de lieux rappelant le titre de roi et la noblesse disparaissent. Ainsi, Neuilly-le-Réal devient Neuilly-sur-Sanne (Allier). Ban-le-Duc est remplacé par Ban-sur-Meurthe (Vosges). On supprime également les noms de lieux évoquant les constructions féodales comme Castelnau que l’on substitue à Belhair-de-la-Garde (Gard).

La Révolution n’élimine pas seulement les traces sémantiques de l’ancien régime mais aussi le moindre signe phonétique ou graphique. Melleroy (Loiret), de mêle (lieu des nèfles) et au suffixe évocateur, devient Melle-le-Peuple.

Suppression des toponymes issus de la religion

Les toponymes se rapportant à l’Église, très liée à la royauté, sont remplacés. Les noms de lieux composés de saint sont supprimés tel Saint-Hilaire renommé Mont-Libre (Doubs). De même, les titres religieux sont exclus comme par exemple Noroy-L’Archevèque qui devient Noroy-le-Bourg (Haute-Saône). Les édifices religieux subissent le même sort. Belle-Église se transforme en Belle-Montagne (Oise). Toutefois, certains toponymes aux connotations religieuses échappent au dessin révolutionnaire. Si Dammarie-les-Lys est amputé de son symbole royal, on oubliera de remplacer Dammarie (Seine-et-Marne) qui, pourtant, signifie Sainte-Marie !

Des transformations timides parfois remises en cause

Les révolutionnaires créent une commission chargée de remplacer les noms de lieux. Une liste de noms est même proposée. La Convention fait prévaloir les noms courts et sonores ou les noms historiques. Mais, dans les provinces françaises, ces changements sont parfois accueillis avec réserve voire hostilité. Dans certaines communes, les suppressions se font au compte-gouttes. Il est souvent difficile d’imposer un nouveau nom de lieu. Plus tard, la Restauration rétablira la plupart des anciens toponymes. Bien sûr, plusieurs noms de lieux créés par la Révolution subsisteront comme, par exemple, Villeneuve-les-Bordes anciennement Villeneuve-le-Comte. Dans certains cas, on fera appel aux créations de la Convention plusieurs siècles après leur disparition le plus souvent pour des raisons pratiques. Ainsi, Saint-Sarlin, réhabilitée à la Restauration, retrouvera son « appellation révolutionnaire » La Roche-Vineuse au XXe siècle pour éviter la confusion avec quelques communes homonymes de France !

Sources et pour en savoir plus :

Gendron Stéphane, 2003. L’origine des noms de lieux en France. Essai de Toponymie. Éditions Errance, 2e édition, Paris, coll. Hespérides, 340p.

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