Les scrimshaws : l'art populaire marin

Avec la pêche à la baleine du 19ème siècle va naître un art typique réalisé par les marins autour de l'os et de l'ivoire récupérés sur ces mammifères.
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On ne peut pas fixer de date précise quant à l'éclosion de l'art marin dans la mesure où, dès ses premiers exploits, le matelot a su photographier les scènes particulières de sa vie: aventures, combats, pêches, longues traversées, escales, ou se remémorer ceux qu'il aimait, avec le support de tout ce qu'il trouvait à bord.

Origine du mot " scrimshaw

La première fois que l'on parle de scrimshaw est le 20 mai 1826 à bord du " By Chance " de Darmouth, puis on retrouve ce terme dans le roman de Melville: Moby Dick. De cette origine anglo-saxonne de traduction impossible, l'art du scrimshaw remonte au début du 19ème siècle, lors de l'essor des grandes pêches à la baleine.Malgré tout, on peut le définir comme étant tout ce qui touche à l'artisanat du matelot baleinier, et surtout le travail de l'ivoire.

Les équipages des grands baleiniers étaient composés de nombreuses nationalités: américaine, française, hollandaise, basque, portugaise... ce qui explique la grande diversité multiculturelle des scrimshaws. Cette pluralité ethnique donne ainsi naissance à une immense diversité d'objets: os et fanon de baleine, dent de cachalot, défense de morse, rostre de narval, bec d'albatros, galuchat, vertèbres de requin; tout ce qui pouvait être récupéré par les marins.

Les thèmes réalisés

Les thèmes représentés étaient presque toujours issus du travail quotidien et de la pêche. Ces histoires gravées ou sculptées sur les différents supports racontaient avec naïveté parfois et brio souvent la rencontre des harponneurs avec les mammifères marins.

Un autre sujet hantait également ces marins partis pour plusieurs années: les épisodes sentimentaux qui géraient leur vie,à savoir les départs, les retrouvailles avec les êtres chers; autant de scènes illustrant le romantisme propre à l'inspiration de la mer.

Ces hommes virils dévoilaient ainsi, par l'éclosion des bouquets floraux, de dates, de prénoms, de symboles en tout genre, leur besoin de graver toutes les espérances et les rêves qu'ils avaient, bien loin de la douceur familiale.

Pour pallier à cette nostalgie, certains baleiniers puisaient leur inspiration dans les thèmes bibliques. Rappelons à ce titre que l'éducation et les capitaines puritains alimentaient une forte croyance. On trouve ainsi le mythe de l'Arche de Noé, de Jonas, si chers au coeur des marins.

Technique et réalisations

Après avoir arraché la dent d'ivoire de la mâchoire au burin, on polissait la surface rugueuse au couteau puis au galuchat. On gravait ensuite avec des aiguilles. Certains dessinaient à la mine de plomb et repassaient à la pointe les traits de la composition.

La production artistique était large. Elle concernait le quotidien de la femme: couverts, godets, roulettes à pâtisserie, articles de couture, parapluies et corsets; le quotidien de l' homme: couteaux, épissoirs, aiguilles, rasoirs, pipes, boites à tabac, jouets, objets de culte...

Donc, la richesse artistique des scrimshaw propose un voyage onirique, historique, esthétique et culturelle. Et l'on peut trouver ces véritables trésors aujourd'hui chez certains antiquaires spécialisés, comme " La Fille du pirate " au Louvre des Antiquaires.

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