Pour ou contre le Top 16 ?

Entre valeurs et progrès, le rugby français n'a pas finit de se contredire. Dernier débat en date, la volonté de certains présidents d'instaurer un Top 16.

Il y a bien une chose sur laquelle tous les dirigeants du rugby sont (presque) d’accord : le calendrier du rugby français mérite d’être révisé. La médiatisation et la notoriété grandissante de ce sport révèle au grand jour de nombreuses contradictions qui fleurtent avec l’amateurisme et nous rappellent un ancien temps. Dans quel autre sport pourrait-on concevoir que des journées de championnat aient lieu en même temps que des matchs de Tournoi ou de Coupe du monde ? C'est pourtant l'une des situations cocasses dont le rugby européen a le secret, à plus forte raison en année post-Coupe du Monde.

Et pourtant, dans ce contexte déjà compliqué, plusieurs présidents de club du Top 14 militent pour un élargissement de l'élite à seize clubs, attirés, entre autres, par la recette de deux matches supplémentaires à domicile.

Ce projet, déjà débattu lors d'une réunion des clubs professionnels le 16 février dernier ne devrait pas être appliqué la saison prochaine. C’est en tout cas ce qu’a affirmé Pierre-Yves Revol : « Il n'est pas possible de changer une formule de championnat en cours de saison. Sur le plan éthique et également sur le plan juridique, ce serait très discutable, indique le président de la Ligue Nationale de Rugby. Quel que soit le nombre de doublons qu'il y a eu cette année, ils étaient prévus et doivent être assumés. On ne change pas de formule en cours de saison. Ce ne serait pas très sérieux. Il y a des adeptes du Top 16. On va créer un groupe de travail : les ‘plus’ et les ‘moins’ seront sérieusement étudiés et les décisions sur une éventuelle modification de format seront prises après la fin de saison en toute sérénité et pas pour une mise en œuvre la saison prochaine. C'est le genre de débat qui a besoin d'arguments préparés et on ne peut pas prendre une décision dans la précipitation» .

Ils sont pour

Paul Goze, le président de Perpignan, et porte-drapeau des « plus » défend avec pugnacité l'idée de Jacky Lorenzetti (Racing-Metro 92) d'un nouvel élargissement de l'élite. Il réfute même l’idée selon laquelle les joueurs participent à trop de matchs. Dans son sillon, les présidents des clubs de Lyon, Bordeaux-Bègles, Brive et le Racing-Metro 92. Selon Paul Goze, ce changement « vital » doit avoir lieu dès la saison prochaine. « Cela me paraît indispensable aujourd’hui pour l’implantation géographique du rugby, indique dans le Midol le président de l’USAP. On a maintenant toutes les métropoles en Top 14. Le championnat n’a plus rien à voir avec celui d’il y a cinq ans. Mont-de-Marsan, Albi, Montauban, Bourgoin ont été remplacés par Toulon, Lyon, Bordeaux-Bègles, le Racing-Metro. Je me bats sur ce sujet depuis quatre ans. Ce n’est pas nouveau. Il y a des inéquités qui sont apparues à cause de la Coupe du monde. Nous avons fait une connerie, moi le premier, en votant un calendrier avec autant de matchs de championnat pendant le Mondial. Le résultat, c’est une inéquité absolue. Trouveriez-vous sincèrement normal que des clubs comme Perpignan, Biarritz ou Bayonne, avec les effectifs qui sont les leurs, descendent en Pro D2 ? ». La question est posée, un peu avec culot. La compétition a ses raisons et l’USAP ne se voit pas quitter l’élite sans se battre, même sur le terrain administratif. Et quand on demande au président catalan ce qu’il pense de l’idée d’un Top 12 : « Mais qu’ils le jouent entre eux ! L’équipe 1 de Toulouse contre l’équipe 2. Mettons-les avec les Clermontois et qu’ils disputent entre eux la Michelin Airbus Cup… Économiquement, pour les clubs, le retour au Top 16 est indispensable. Je m’insurge contre l’idée selon laquelle les joueurs jouent trop. Au contraire, ils ne jouent pas assez! Sauf les trente internationaux, bien sûr, pour lesquels il faut trouver des aménagements. Les autres joueurs tournent au maximum à vingt-deux ou vingt-trois matchs par saison. Qu’on ne me dise pas que c’est trop… »

Ils sont contre

L'idée d'un passage de 14 à 16 clubs reste encore minoritaire et fait grincer les dents dans la grande famille du rugby français. Les présidents des clubs du Stade Français, Toulouse, Clermont, Agen et Biarritz sont contre. « A mes yeux, le Top 14 est la meilleure formule », indique le président agenais Alain Tingaud. Les joueurs aimeraient également que leurs avis soient pris en compte. « C'est nous qui sommes sur le terrain, explique Pascal Papé . Il y a un contexte économique que je ne maîtrise pas. La seule chose qui me préoccupe, c'est de tout faire pour conserver la santé des joueurs », déclare le deuxième-ligne international du Stade Français qui plaide pour une formule « réaliste, et non pas surréaliste ». Même discours d’indignation chez Mathieu Blin, le président de Provale, le syndicat des joueurs professionnels : « On ne peut pas concevoir de rajouter quatre dates à un calendrier qui en a déjà trop. Pour des questions de lisibilité des différentes compétitions et du respect de l'intégrité physique des joueurs. Quatre matches en plus, ce sont des doublons supplémentaires et aussi des matches en semaine ». Le ton est aussi le même chez les représentants des entraîneurs. « Le rugby est un sport particulier, de combat, d'agressivité. Il faut un travail de récupération, de régénération et de préparation. Un Top 16 signifierait aussi l'ouverture à un plus grand nombre de contrats dans les clubs, ce qui va relancer la course à l'armement au profit des clubs les plus fortunés et au détriment des autres », argumente Jean-Louis Luneau, président du syndicat Tech XV. Enfin, les diffuseurs du rugby en France ne veulent pas non plus alourdir le calendrier. Eric Bayle, responsable du rugby sur Canal +, annonce : « la formule actuelle est satisfaisante. Il est surtout important que ce feuilleton ne soit pas raccourci. Un Top 16 aurait ses avantages, des épisodes supplémentaires, mais aussi des inconvénients, comme des matches sûrement programmés en semaine ou en doublon, très préjudiciables à leur médiatisation ».

L’échiquier

La poule unique a été instauré en 2004-2005, avec seize clubs, puis quatorze à compter de 2005-2006. Actuellement plusieurs courants s'affrontent autour d’une réforme de la formule du championnat. L’élargissement à 16 proposé par Jacky Lorenzetti n’a convaincu que les dirigeants de Perpignan, Brive, Lyon et Bordeaux. Dans l’autre camp, le Stade Toulousain (favorable à un Top 12), Clermont, Agen, Biarritz et le Stade Français défendent le maintien du Top 14. Et puis il y a le camp des indécis ou « sans opinion ». On y retrouve le charismatique président toulonnais Mourad Boudjellal qui déclare « ne pas avoir d’avis tranché », le Montpelliérain Mohed Altrad qui est « ni pour ni contre », ou encore le Castrais Michel Dhomps qui n’a « pas de religion sur ce dossier ». Enfin l’Aviron Bayonnais ne se prononce pas sur le Top 16 mais s’oppose à toute réduction de l’élite à douze clubs.

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