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SÉBASTIEN NADOT

Publié dans : Les articles Politique Société & Médias de Sébastien Nadot

Est-on condamné à détester le sport quand on est de gauche ?

Un capitalisme forcené anime aujourd'hui le sport, en bonne partie à la dérive. La cause n'est pas perdue si l'on redonne du sens au sport : jeu et santé.

Un capitalisme forcené anime aujourd’hui le sport, en bonne partie à la dérive. Pour qui a des valeurs de gauche, l’indignation est grande à chaque nouvelle flèche médiatique décochée contre le sport. Malheureusement, les acteurs du sport qui nous assaillent au quotidien par l’intermédiaire de la télé, la radio, les journaux ou internet sont indéfendables. Un peu plus épris chaque jour de son amour l’argent, le sport doit-il être pour autant détesté par les gens de gauche ?

L'espace public et politique doit être saisi

Non. Mais l’indignation passagère ne suffit pas face à l’ampleur du phénomène. Il faut cogner là où ça fait mal. La fin de la gabegie sportive passe par un message clair des citoyens à leurs représentants. Le reste suivra. Les bulles spéculatives du football et autres machines à fric athlétiques pourraient connaitre le même sort que les subprimes. Il faut juste aider un peu à cet effondrement.

Outre le boycott par chacun d’entre nous du sport business, les seuls changements réalisables et souhaitables ne peuvent d'abord venir que de quelques fonctionnaires et autres décideurs plus rares (des autorités politiques) quand ils commenceront vraiment à se dire qu’investir dans le sport spectacle est un gage d'échec à long terme et présente les pires dangers d'excès et de démesure.

L'intérêt général impose de stopper le financement public du haut-niveau

L’État ne doit plus tant promettre à l’élite sportive. L’intérêt général n’est pas là. Sur le modèle scandinave qui ne cherche pas à emporter le premier prix dans la compétition sportive internationale ou bien, pourquoi pas, sur le modèle anglo-saxon, qui laisse le champ libre aux acteurs privés pour financer un sport à qui, de toutes les façons, on ne peut plus réclamer qu’il soit exemplaire, enjeux économiques obligent.

Les collectivités territoriales ont également à effectuer un véritable bilan de ce qu’elles gagnent à investir dans des équipes de sport de haut niveau à la masse salariale indécente. Mieux vaut miser sur ce qui suscite l’envie de pratiquer : de beaux endroits, des activités créatives, un encadrement enthousiaste et en nombre suffisant.

Retourner aux sources du sport - jeu et santé - pour regagner des adeptes

Le fossé qui ne cesse de s’élargir entre un sport de paillettes et celui que l’on pourrait aimer est mis en évidence par les jeunes. En majorité, les adolescents montrent une désaffection grandissante pour le sport calqué sur celui de l’élite. La plupart des fédérations s’inquiètent de la baisse du nombre de ses licenciés. Les J.O. à la télévision sont délaissés par nos enfants. Génération décrocheuse ? Un ado devant son jeu vidéo est capable de beaucoup d’acharnement. Ce qui fait défaut est donc ailleurs, probablement dans le modèle de sport proposé aux jeunes.

Vers un mouvements de masse ?

De l’État aux collectivités territoriales, les acteurs décisionnels doivent repenser la politique de la jeunesse et du loisir social, sans oublier les autres générations. Le ministère du temps libre du premier gouvernement Mauroy en 1981 n’était pas une idée saugrenue. Son échec tient à plusieurs facteurs mais il ne faut pas oublier que les sarcasmes de la sphère médiatique (qui a choisi son camp entre les deux sports) y sont pour beaucoup.

Le sport du plaisir, de la santé et de l’éducation devrait couper d’urgence ses chaines qui le tiennent à la merci du sport business. Sans quoi, toutes ses dimensions potentiellement positives seront englouties par le puissant raz-de-marée. Sans renier la compétition qui contient sa dimension ludique, mais éloigné de la championnite, il faut rouvrir l’espace de liberté du sport, là où il est plaisir du corps, bien être et vivre ensemble.

Regagnons du terrain (de sport). Zygomatiques, à vos marques ! Prêts ! Partez !

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SÉBASTIEN NADOT

Directeur éditorial : éd. An Zéro 2.0 (Toulouse)

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