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SÉBASTIEN NADOT

Publié dans : Les articles Politique Société & Médias de Sébastien Nadot

Et le sportif de l'année... est une femme !

Céline Dumerc, basketteuse virevoltante, a été désignée par les auditeurs de Radio France. Retour sur un siècle de sport féminin plus ou moins bien accepté.

Une femme désignée sportif de l'année en 2013... Depuis le début du XXe siècle, le sport a changé. D'abord guerrier, bourgeois, compétitif et masculin, il s'est ensuite ensuite ouvert aux femmes.

"Si nous exigeons des femmes les mêmes services que les hommes, nous devons les former aux mêmes disciplines", Platon, La République, livre V. Tout au long du XXe siècle, les femmes se sont appropriées le sport, comme moyen d'émancipation et miroir de cette émancipation.

L'analyse du milieu sportif ne peut expliquer toutes les transformations du statut de la femme au XXe siècle, du modèle de la femme "utérus", à la femme au foyer, à la femme "deuxième sexe", jusqu'à une conception occidentale moderne. Quel chemin parcouru depuis les Jeux Olympiques de Saint-Louis (Etats-Unis) en 1904, où les femmes sont en tenues longues pour faire du tir à l'arc. Globalement, le sport ne leur est pas destiné à cette époque, ce qui contraste avec aujourd'hui.

La première guerre mondiale

La guerre 14-18 modifie profondément le rapport hommes-femmes : pendant 4 ans elles suppléent les hommes dans de nombreux travaux. Après la guerre, leur rôle reste important aux côtés des hommes à cause des pertes humaines considérables. Ainsi, les femmes se libèrent de coutumes et de servitudes millénaires. En France, l'évolution politique se fait attendre. En juin 1919, le Parlement n'accorde pas le droit de vote aux femmes. En 1922, c'est au tour du Sénat de le refuser après l'acceptation des députés.

Sur le plan sportif, la femme est considérée comme physiologiquement inadaptée : elle doit se consacrer à la procréation. Malgré tout, les Années folles s'accompagnent de l'émergence de figures sportives féminines : Suzanne Lenglen au tennis, quasiment invaincu de 1919 à 1926, qui fait la une du Miroir des Sports en 1920 et crée le scandale avec sa jupe au-dessus des genoux. Gertrude Ederlé (Américaine) qui traverse la Manche à la nage en 1926, en 14h30…

Les pionnières de la bourgeoisie

Dans les années 1920, les femmes se retrouvent le dimanche à Colombes (région parisienne) sur la piste cendrée d'athlétisme au milieu des garçons.

Selon Montherlant "ces filles faisaient de l'athlétisme comme leurs frères de la politique de gauche". A travers une pratique sociale jusque-là réservée aux hommes, les femmes sortent de leur rôle traditionnel. Le sport devient un terrain de combat idéologique vers l’accès à une liberté interdite.

En 1921, alors que les femmes commencent également à conduire des voitures, de plus en plus répandues, Victor Marguerite écrit un roman sulfureux intitulé La Garçonne, qui remet en cause les valeurs bourgeoises habituelles. Il est radié pour cela de l'ordre de la Légion d'honneur…

C'est aussi pendant l'entre-deux-guerre que les Jeux olympiques acceptent officiellement et définitivement les femmes (1928, Amsterdam pour l'athlétisme), malgré l'opposition de nombreux détracteurs, dont Pierre de Coubertin. Ce dernier s'appuie sur l'opinion majoritaire des médecins qui voient dans le sport une pratique dangereuse pour la femme dont le rôle premier est avant tout la maternité. "Le corps de la femme n'est pas fait pour lutter mais pour procréer" écrit le très sérieux docteur Boigey en 1922.

Les journaux se font le relais de cette position en adoptant souvent un discours alarmiste et conservateur : en pratiquant le sport, les femmes oublieraient leur fonction de mère et leurs obligations esthétiques.

Le sport féminin reste réservé à une certaine bourgeoisie féminine qui cherche à s'émanciper et qui ne représente qu'une partie infime de la population française. Pour la grande majorité des Françaises, les travaux des champs ou à l'usine restent la première des préoccupations.

La démocratisation du sport

En 1936, le Front Populaire facilite l'accès aux loisirs sportifs pour le plus grand nombre : aller à la mer, au ski, etc., devient une nouvelle mode.

La Seconde Guerre mondiale ouvre la voie à de nouvelles transformations. Les citoyennes françaises obtiennent le droit de vote pour les élections de 1946.

Côté sport, Micheline Ostermeyer, triple médaillée d'or (poids, disque, saut en longueur) aux Jeux olympiques de 1948, à Londres, devient un symbole de la femme sportive.

Des modes d'appropriation multiples

A partir des années 1960, plusieurs genres de sportives se dessinent progressivement :

  • la femme qui adopte le modèle masculin.
  • les féministes, qui préfèrent le modèle féminin et rejettent le modèle masculin.
  • les pratiques masculines qui se féminisent
  • le sport féminin qui n'est plus comparé au modèle masculin.
Les années 1960 à 1980 mêlent ces différents modèles.

Tout au long du XXe siècle, l'histoire du sport féminin est celle d'un long combat contre la misogynie. Le sport n’est pas seulement un terrain de jeu, c'est aussi un terrain de luttes idéologiques. L'affirmation de la femme dans la société moderne française est passée entre autre par le sport, objet médiatique par excellence.

Un terrain de combat permanent contre la misogynie

"Le degré de liberté d'une société se mesure aux droits qu'y ont les femmes" écrit Dominique Desanti.

Décerné par les auditeurs de Radio France, le titre obtenu par Céline Dumerc de "sportif de l'année" est encourageant. Comme le rappelait récemment Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement, "le sport est un lieu où on peut à la fois s’épanouir personnellement et apprendre des valeurs quand on est jeune (...) il est donc important de l'ouvrir aux filles comme aux garçons". Avec une nouvelle fois une femme comme ministre des sport en la personne de Valérie Fourneyron, gageons que le sport est sur de bons rails en misant sur un avenir plus féminin. La bataille médiatique n'est pas encore gagnée...

Sources :

  1. Victor Margueritte, La Garçonne,2, rééd. Paris, J’ai lu, 1972.
  2. Henri de Montherlant, Les Olympiques, 192ééd. Paris, Le livre de Poche, n° 1555.
  3. Dominique Desanti, La femme au temps des ancute;es folles, Paris, Stock, 1984.

À propos de l'auteur

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SÉBASTIEN NADOT

Directeur éditorial : éd. An Zéro 2.0 (Toulouse)

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