Nicolas Sarkozy sur la tombe du général de Gaulle

De Gaulle a dirigé la France et l'a incarnée sur la scène internationale. Ses méthodes ont marqué la société. N. Sarkozy réclame sa part de l'héritage.

Le 9 novembre, Nicolas Sarkozy s'inclinera devant la tombe du général de Gaulle pour le 40e anniversaire de la mort du fondateur de la Ve République.

Bien qu'issus du même "camp politique", beaucoup de points séparent les deux hommes.

Pourtant, l'actuel Président ne veut pas laisser à d'autres sa part de l'héritage.

De Gaulle, un stratège militaire. Sarkozy, un stratège politique.

Jusqu'en 1945, l'action de Charles de Gaulle est essentiellement militaire même, si pendant la Seconde Guerre mondiale, il a déjà mis sa réflexion stratégique au service de la politique.

Blessé et fait prisonnier pendant la Première Guerre mondiale, capable de patienter pour organiser une base à l'étranger prête à la contre-attaque après la défaite de la France en 1940, le général de Gaulle incarne le guerrier impeccable fidèle à ses engagements.

Grâce à son action de résistance, de Gaulle permet à la France d'être présente dans le camp des vainqueurs, le 8 mai 1945. Il s’impose comme chef d’un gouvernement d’union nationale en novembre 1945.

Nicolas Sarkozy n'a aucun passé militaire, aucun fait glorieux, si ce n'est un rôle actif (sujet à controverse) dans la libération des enfants d'une école de Neuilly pris en otages en 1993.

Action politique et traversée du désert pour les deux hommes

Après 1945, l’ordre républicain est progressivement rétabli avec la tenue de nouvelles élections, mais ne parvenant pas à imposer à la France une nouvelle Constitution, de Gaulle quitte le pouvoir en janvier 1946.

Sa démission lui laisse le temps de peaufiner sa stratégie politique. En juin 1946, à Bayeux, il expose sa vision d'une nouvelle Constitution. En avril 1947, il fonde le Rassemblement du peuple français (RPF) dans lequel il souhaite voir participer des hommes de toutes tendances politiques.

Au début des années 1950, sentant que le microcosme politique lui est assez hostile, il prend du recul et en profite pour voyager et achever l'écriture de ses Mémoires de guerre .

La IVe République (octobre 1946-octobre 1958) fonctionne mal. 24 gouvernements se succèdent, faisant la preuve de l'instabilité systémique du régime. Les transformations de l'économie sont lentes et surtout, la politique coloniale de la France est hésitante et répressive.

Nationalisations réussies, dynamisme du Commissariat au Plan et progrès sociaux ne peuvent faire oublier l'humiliante défaite de Dien Bien Phu en 1954, l'échec diplomatique cuisant du canal de Suez en 1956 et l'enlisement dans la guerre d'Algérie.

Victime d'un coup de force déclenché à Alger par les partisans de l'Algérie française, le gouvernement de Pierre Pflimlin démissionne le 28 mai 1958. Le président de la République, René Coty, fait alors appel à de Gaulle pour former un nouveau gouvernement. La traversée du désert a été un peu longue pour le Général, mais à la mesure de son éclatant retour.

Un nouveau projet de Constitution est rédigé pendant l'été et soumis à référendum le 28 septembre 1958. Adopté à une large majorité, il instaure la Ve République.

Pour Nicolas Sarkozy, la traversée du désert est beaucoup plus brève. Préférant Edouard Balladur à Jacques Chirac lors de l'élection présidentielle de 1995, il est mis sur la touche provisoirement par Jacques Chirac victorieux (E. Balladur est éliminé au premier tour). N. Sarkozy n'obtient aucun poste ministériel dans le gouvernement d'Alain Juppé. Il faut attendre 1997 pour voir ressurgir Nicolas Sarkozy sur la scène politique française comme secrétaire général du RPR (puis président du parti en 1999).

Depuis, Nicolas sarkozy a toujours occupé des postes importants soit au sein du RPR devenu UMP, soit dans un ministère.

Président de la République, Mai 68 et la fin d'une certaine idée de la France

De Gaulle, premier et dernier président du Conseil de la IVe République, est logiquement élu à l'élection présidentielle de 1958 par un collège d'environ 80 000 grands électeurs (députés, sénateurs, conseillers généraux, maires et conseillers municipaux).

Grâce aux pouvoirs que donnent au président de la République la nouvelle Constitution, de Gaulle n'a de cesse d'imposer une voie originale pour la France sur l'échiquier international: premiers essais nucléaires en 1960 (à Reggane dans le désert du Sahara), retrait progressif du système intégré de l'OTAN...

Après plusieurs années difficiles, les accords d'Evian sont signés le 22 mars 1962 (après référendum favorable en France et en Algérie) ouvrant la voie à l'indépendance de l'Algérie. De Gaulle ne cède pas aux intimidations de l'OAS, échappant aux attentats perpétrés contre lui.

En 1965, le général de Gaulle est élu président de la République au suffrage universel direct (après avoir soumis par référendum ce principe d'expression de la volonté populaire pour décider qui doit assumer la plus haute fonction politique française).

La France bénéficie alors de l'effet des Trente Glorieuses et d'une croissance continue. Pourtant, la contestation étudiante du début de l'année 1968 se propage pour devenir une crise sociale, puis politique. Même si de Gaulle peut enregistrer une victoire aux élections de 1968 et des témoignages de soutien, la confiance des Français envers le chef de l'Etat s'est affaiblie suite aux événements de Mai 68.

Est-ce sa méthode de gouvernement, jugée par beaucoup trop autoritaire, son incompréhension de la génération du baby-boom, l'usure du pouvoir ou véritablement les questions posées lors du référendum du 27 avril 1969 sur la réforme du Sénat et sur la régionalisation, qui entraînent sa chute ?

Toujours est-il que, fidèle à ses engagements, il démissionne immédiatement suite au désaveu populaire de ce référendum.

De Gaulle se retire à Colombey-les-Deux-Eglises, prenant soin de ne prendre désormais aucune position publique. Il meurt le 9 novembre 1970 au soir d'une vie où il peut affirmer avoir toujours défendu la France et tenu ses grands engagements.

Nicolas Sarkozy est en cours de mandat, il est donc difficile de faire un bilan et de dresser une comparaison.

Pourtant, il existe certaines similitudes dans les réactions des deux hommes face aux mouvements sociaux. Nicolas sarkozy a clairement exprimé son opinion à l'égard des événements de mai 68. Il a ainsi déclaré en 2007 qu'il fallait liquider cet héritage. Tout comme le général de Gaulle l'avait fait avant lui, Nicolas Sarkozy a décidé de répondre par la fermeté à l'expression du mécontentement populaire.

Sur la scène internationale, contrairement au Général, Nicolas Sarkozy fait jusqu'à présent preuve de suivisme à l'égard des Etats-Unis. Pragmatique, l'actuel Président semble avoir intégré que la France n'est plus l'empire qu'elle était. Il connait sa réelle place sur l'échiquier mondial. Plutôt que de prendre des positions tranchées, il cherche à animer et à coordonner les grandes rencontres internationales pour affirmer d'une manière originale la présence de la France.

Un héritage convoité

En dépit de modes de répression discutables, notamment à l'encontre de plusieurs manifestations pour l'indépendance algérienne, et de son manque de clairvoyance dans les événements de Mai 68, de Gaulle incarne le héros valeureux du XXe siècle, l'homme politique au sens de l'honneur intact.

Nombreux sont ceux, encore aujourd'hui, qui se réclament d'un modèle qui touche à l'idéal (même si des voix se sont régulièrement indignées face à certaines de ses pratiques).

Les 70 ans de l'appel du 18 juin ou les 40 ans de l'anniversaire de sa mort sont donc largement célébrés avec plus ou moins d'arrière-pensées.

A ce jeu, Nicolas Sarkozy s'était rendu à Londres le 18 juin, tandis que Dominique de Villepin lançait le lendemain son nouveau parti politique (République Solidaire) en se faisant l'héritier direct du Général.

Le 9 novembre, Nicolas Sarkozy sera à Colombey-les-Deux-Eglises avec la ferme intention de ne laisser personne s'emparer de l'image idéalisée du général de Gaulle.

A gauche, les positionnements politiques à l'égard du Général sont peu audibles. Pourtant, les valeurs du général de Gaulle ne peuvent y être ignorées, ni d'ailleurs le fait que sa politique d'après-guerre s'est appuyée sur une fonction publique solide.

Pour réduire la portée des discours calculateurs sur la mémoire de l'ancien président, peut-être suffit-il de rappeler cette phrase du Général : "Mon seul adversaire, celui de la France, n'a jamais cessé d'être l'argent".

Pour ceux que la lecture n'effraie pas, les Mémoires de guerre et les Mémoires d'espoir (inachevées) permettent d'entrer dans l'histoire du général de Gaulle, et probablement de mesurer qui aujourd'hui incarne le mieux l'héritage du plus grand personnage politique français du XXe siècle.

Lire également : Novembre 2010 ; 40e anniversaire de la mort du Général de gaulle

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