Sport et argent. Une vieille histoire d'amour.

Avec l'emballement de la machine médiatique, la relation entre sport et argent est devenue évidente pour tous. Pourtant, le phénomène n'est pas nouveau...

Matchs de handball truqués, investissement exorbitants du Quatar sur le foot, J.O. de la démesure...

Le sport ne semble plus pouvoir se passer de son compagnon privilégié : l'argent.

Dès l’Antiquité, l’argent a toujours été présent au sein des Jeux Olympiques, l’exploitation commerciale et financière qui en est faite se révélant de plus en plus importante. Nombreux sont les athlètes antiques et les gladiateurs qui devinrent effectivement célèbres et riches grâce au sport qu’ils pratiquaient. Après la victoire d’Actium en 31 avant J.-C., Auguste construisit un stade à Nicopolis. Nul doute que les subsides et les prises de la guerre menée contre Marc Antoine et Cléopâtre y servirent…

Un secteur de l'économie

Aujourd’hui, l’organisation d’un grand prix de Formule 1 ou d’un tournoi de tennis de haut niveau a un coût très élevé. Le ski – compétitif ou de loisir – renvoie à une économie complexe. À moindre échelle, les championnats de sports collectifs ou individuels départementaux, régionaux ou nationaux qui ont lieu chaque week-end génèrent des dépenses élevées. Entre la construction et l’entretien des installations, la logistique hôtelière, le coût des transports et le salaire des joueurs, le sport sous toutes ses formes ne peut assurer sa pérennité qu’avec de sérieux appuis financiers.

Si la pratique sportive a un coût, elle engendre aussi des recettes. La construction d’un gymnase aujourd’hui en France s’élève en moyenne à 10 millions d’euros. Cette somme importante que les collectivités locales assument le plus souvent (parfois en partenariat avec des organismes privés) figure au chapitre des recettes dans les entreprises du bâtiment. Les grandes manifestations génèrent également un surcroît d’activité pour les artisans, les commerçants et les sociétés de services. Le sport est donc un secteur non négligeable de l’économie.

Aux retombées financières s’ajoutent celles de prestige pour les lieux où sont organisées les compétitions (Le Mans est connu pour ses 24 heures, l’image de Monaco et de son circuit en ville est regardée dans le monde entier, les villes où se tiennent les Jeux Olympiques et les pays où a lieu la Coupe du Monde de football focalisent un temps l’attention).

Mécènes et sponsors

Les mécènes investissent des sommes parfois colossales dans l’espoir de retours. Les sponsors, dont les noms s’affichent sur les voiles des bateaux, sur les maillots des cyclistes, des footballeurs ou même des arbitres, ne sont pas des philanthropes. Ils cherchent à faire connaître leur entreprise, à modifier l’image des produits qu’ils vendent, à infléchir les politiques publiques en octroyant des fonds à des sportifs ou à des équipes représentatives d’une ville, d’une région…

Les entreprises qui commercialisent des produits sportifs pour tous (des simples marcheurs aux meilleurs nageurs mondiaux) exercent aussi un intense sponsoring. Les chaînes de télévisions paient également très cher lorsqu’elles achètent des droits de retransmission, avec l’espoir de bénéfices colossaux en retour. Les intérêts commerciaux guident donc en partie l’organisation des grandes rencontres sportives et influent également sur les pratiques individuelles de chaque amateur.

Sportifs professionnels

Du côté des sportifs, l’argent est un facteur déterminant de leur mode de pratique. Beaucoup courent après les récompenses sous toutes leurs formes. L’argent est évidemment un moteur privilégié et les professionnels du sport sont légions. Certains pratiquent une activité sportive contre embauche dans une entreprise ou une collectivité locale – Combien de municipalités du Sud-ouest de la France comptent parmi leurs salariés d’anciens joueurs de rugby ? – D’autres complètent leur salaire en recevant des primes de match.

Parfois, de précieux privilèges sont obtenus, comme l’attribution de bourses d’études dans les meilleures universités des États-Unis aux sportifs de haut niveau.

L’argent est donc bel et bien omniprésent dans l’organisation du sport.

L’idée est largement répandue que le sport a été perverti par les enjeux financiers à la fin du 20e siècle. C'est une erreur. Le ver est dans le fruit depuis beaucoup plus longtemps. La médiatisation du sport et son succès croissant en ont tout simplement décuplé les effets.

Sources :

  • Malenfant C., Bertrand J., « Sport, olympisme et argent », Pour un humanisme du sport , CNOSF, Paris, 1994, p. 123.
  • Sport et argent , La documentation française, Paris, 2008.
  • Moulin B., Sport, fric et strass : dans les coulisses du sport business , Paris, 2002.
  • Nadot S., L'histoire du sport : pratique physique, jeu, spectacle et argent : Read more at Suite101: L'histoire du sport : pratique physique, jeu, spectacle et argent | Suite101.fr http://suite101.fr/article/histoire-et-geopolitique-du-sport-a18184#ixzz29pNERO7y

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