La culture Nagada 3 et l'apparition de la monarchie en Egypte

Durant la dernière phase de la culture Nagada, la monarchie égyptienne vit le jour et de superbes palettes à fard furent sculptées.
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Vers 3200 avant notre ère une accélération du développement de l’Egypte ancienne fut constatée par les archéologues. Cette évolution de la culture dite de Nagada fut baptisée période Nagada 3. A cette époque les Egyptiens n’écrivaient pas encore, les archéologues utilisèrent donc le nom du lieu moderne dans lequel les premiers objets furent mis au jour pour nommer la période. Cette pratique est courante en archéologie préhistorique. Nagada est un village de Haute Egypte situé au nord de Louxor.

La période « Nagada » fut subdivisée en trois phases en fonction de critères archéologiques et « artistiques ». La première débuta vers 3800 et se termina vers 3550 avant notre ère. La deuxième phase dura de 3550 à 3200 et la troisième de 3200 à 2800. C’est durant cette dernière période que naquit la royauté pharaonique.

La naissance de la monarchie

Durant les fouilles des nécropoles de la période Nagada III, les archéologues constatèrent un accroissement du phénomène d’accumulation et d’ostentation. Certaines tombes devenaient de plus en plus grandes et signifiaient qu’une élite émergeait au sein de la noblesse égyptienne. Ces disparités sociales devenaient de plus en plus grandes. La royauté égyptienne était en train de naître. Cette phase est appelée époque protodynastique.

Durant la fin de la période Nagada III la royauté fut effective. Scorpion , Ka , Narmer et les rois de la Ière dynastie vécurent à la fin de cette époque.

Durant la période Nagada III, les vases à sommet noir disparurent. L’artisanat égyptien se spécialisa dans les vases en pierre et dans la céramique dite grossière. Cette dernière permet de constater un essor de l’économie égyptienne. En effet, de plus en plus d’individus avaient accès à un certain niveau de luxe. Afin de se différencier du peuple, la noblesse, elle, fit réaliser des objets plus luxueux.

Les palettes à fard

C’est durant cette époque que les palettes à fard les plus complexes et les plus fines furent réalisées. Ces objets n’étaient plus utilisés dans la vie quotidienne. Ils étaient très probablement employés dans le domaine religieux.

Plusieurs de ces objets sont visibles dans différents musées. Le Louvre possède la palette « au taureau ». Sur celle-ci, on peut voir un taureau piétinant un ennemi. Il symbolise peut-être la puissance d’un roi ou d’un chef local. On trouve aussi des enseignes de dieux et la représentation d’une cité protégée par une enceinte crénelée. Malheureusement cet artéfact n’est pas complet. Le même musée expose également la palette « de la chasse ». Cette activité était l’une des marques de la noblesse égyptienne.

Le British Museum et l’Ashmolean Museum d’Oxford possèdent deux éléments de la palette « aux vautours ». Sur celle-ci on peut voir un lion dévorant un ennemi et des cadavres d’Asiatiques attaqués par des vautours. Ces scènes violentes furent relativement rares dans l’art égyptien. Le lion représente probablement le pouvoir d’un roi ou d’un chef égyptien. Le musée d’Oxford expose aussi la palette « aux canidés ». Sur celle-ci, règne une certaine confusion. De nombreux animaux furent sculptés. Certains d’entre eux sont des créatures fantastiques. Ce type d’animaux est exceptionnel dans l’art égyptien.

Enfin, le musée du Caire possède la célèbre palette du roi Narmer, la dernière à être réalisée. Le musée égyptien expose également la palette « du tribut libyen ». Sur celle-ci, on découvre des cortèges d’animaux. Ils sont rangés par registres. Cette pratique subsistera pendant trois millénaires ! Elle mettait fin à la confusion et séparant par des lignes les différentes scènes sculptées. Sur l’autre face de cet objet, des cités protégées par une enceinte crénelée sont représentées.

Ces palettes étaient réalisées en grauwacke, une pierre noire extrêmement résistante. Il provenait des mines du ouadi Hammamat situées dans le désert arabique entre le Nil et la mer Rouge. Le possesseur de l’objet n’était donc pas son fabricant. Il fallait des chefs reconnus qui avaient la capacité de mobiliser les énergies. Il fallait envoyer des carriers au ouadi Hammamat, lieu hostile situé dans le désert. Ensuite, des artisans spécialisés étaient nécessaires pour sculpter le grauwacke. Seuls quelques membres de l’élite sociale pouvaient donc posséder une palette.

Les premières capitales de l’Egypte

Dans trois cités, la royauté a émergé : Abydos, Nagada et Hiérakonpolis. Ces trois villes, situées en Haute Egypte possédaient les nécropoles les plus riches de l’époque. La plupart des objets les plus fins furent retrouvées dans ces lieux. Chacune de ces cités était liée à un dieu important pour la monarchie : Horus protégeait Hiérakonpolis, Seth veillait sur Nagada et Khenty-Imentiou qui devient Osiris était le protecteur d’Abydos.

Bibliographie sélective :

ANDREU (G.), RUTSCHOWSCAYA (M.-H.), ZIEGLER (Chr.), L'Égypte ancienne au Louvre , Paris, 1997.

LECLANT (J.) s. dir., Le Temps des Pyramides. De la Préhistoire aux Hyksos (1560 av. J.-C.) , Paris, 2006 ( L’Univers des Formes - Egypte ).

MIDANT-REYNES (B.), Aux origines de l’Égypte. Du Néolithique à l’émergence de l’État , préface de GUILAINE (J.), GRIMAL (N.), Paris, 2003.

MOOREY (P.R.S.), University of Oxford. Ashmolean Museum. Ancient Egypt , 2e éd., Oxford, 1992.

WILKINSON (T.A.H.), What a king is this: Narmer and the concept of the ruler , dans The Journal of Egyptian Archaeology , v. 86, 2000, p. 23-32.

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