Le nom d'Horus d'or, cinquième nom royal égyptien

Les rois de l'ancienne Egypte possédaient-ils un nom lié au dieu Seth? Analyse du nom d'Horus d'Or.
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Durant l’Antiquité, les rois d’Egypte disposaient de plusieurs noms. Le plus ancien, inscrit dans un serekh, sorte de rectangle terminé par un motif en façade de palais, était le nom d’Horus . Il est pratiquement né avec la monarchie égyptienne. Durant la IIIe dynastie, le premier cartouche apparut. Il demeura unique jusqu’au règne de Neferirkaré (Ve dynastie). Ce roi fut le premier à utiliser deux cartouches. La plupart de ses successeurs adoptèrent ce système. Il y eut néanmoins quelques exceptions comme Ounas ou Téti qui n’arborèrent qu’un seul cartouche. Le quatrième nom, plus difficile à identifier, au premier regard, était celui dit des deux maîtresses. Il s’agissait d’un nom écrit (en hiéroglyphes) après le signe des déesses Ouadjet et Nekhbet, protectrices de la Basse et de la Haute Egypte ainsi que de la royauté. Ce nom fut utilisé pour la première fois par le roi Den à la Ière dynastie . Sporadique durant la période thinite (dynasties o, 1 et 2), il se généralisa à l’Ancien Empire.

Graphie

Il existait un cinquième nom lié au protocole royal, le nom d’Horus d’Or. Il était inscrit après un hiéroglyphe double caractéristique. Ce signe était composé du faucon Horus et celui-ci se tenait sur le signe de l’or (Nebou).

Deux noms liés à Horus?

Les égyptologues se demandèrent pourquoi les rois disposaient de deux noms liés à Horus. Le dieu était le garant de la royauté, mais ce cinquième nom semblait avoir un sens caché. Certains chercheurs proposèrent d’y voir un nom de Seth masqué. Le dieu de la cité d’Ombos étant l’assassin d’Osiris et l’adversaire d’Horus, il semblait difficile d’arborer son nom. Le roi était en effet l’Horus régnant et à sa mort il devenait un nouvel Osiris.

Un nom de Seth?

Pourtant, un roi, Péribsen , à la fin de la IIe dynastie porta un nom de Seth. Son serekh n’était pas gardé par Horus mais par Seth! Péribsen ne contrôlait pas toute l’Egypte. Il avait un rival, à Memphis, Sekhemib. Ce dernier arborait, quant à lui, un véritable nom d’Horus. Péribsen tenta de réunifier l’Egypte et s’empara de Memphis. Le pays fut très probablement pacifié et unifié par son successeur Khasekhemouy. Ce dernier fit graver les hiéroglyphes de Seth et d’Horus au-dessus de son serekh. Après lui, ce nom de Seth disparut.

Seth et la royauté

Le dieu Seth était aussi l’un des protecteurs de la royauté. Il pouvait participer au couronnement royal. A Abou Simbel, dans le petit temple, Ramsès II le fit représenter comme l’un de ses protecteurs avec Horus. Touthmosis III, dans sa tombe, le fit même fusionner avec Horus comme protecteur de la monarchie. Seth était le maître d’arme du roi, il l’aidait à la guerre. Dans la mythologie, il pouvait protéger le dieu Ra du serpent Apophis. Il était aussi le protecteur des oasis. Trois rois du Nouvel Empire utilisèrent son nom dans leurs titulatures: Séthy Ier, Séthy II (XIXe dynastie) et Sethnakht (XXe dynastie). Seth disposait de temples à Ombos et dans les oasis. Malgré son rôle dans le cycle osirien, ce dieu de Haute Egypte possédait de nombreuses qualités. Il ne serait donc pas étonnant qu’il soit intimement lié à la monarchie au travers d’un nom, même si son identité est masquée.

Toutefois, si cette théorie, liée à Péribsen, est séduisante, il faut constater qu’il existait des noms d’Horus d’Or avant son règne. Il ne fut donc pas l’inventeur d’un nom de Seth. Cela n’empêche pas totalement l’idée d’un nom royal lié au dieu d’Ombos.

Usage du nom d’Horus d’or

Le nom d’Horus d’or se généralisa à la IVe dynastie. Tous les rois de la Ve dynastie (sauf Shepseskaré ) possèdent ce nom. Il sera présent chez presque tous les rois à partir du Moyen Empire. Il fut employé jusqu’à l’époque romaine. Domitien fut le dernier empereur à utiliser ce nom. Les rois de Napata et de Méroé, au Soudan, héritiers de la XXVe dynastie, utilisèrent également ce nom d’Horus d’Or. Enfin, il n’était pas rare de voir ce nom inscrit avant les cartouches (obélisque de Touthmosis III à Istanbul).

Bibliographie sélective:

BECKERATH (J.) VON, Handbuch der ägyptischen Königsnamen , Mainz am Rhein, 1999 ( Münchner Ägyptologische Studien , t. 49).

KAPLONY (P.), "Bemerkungen zu einigen Steingefäßen mit archaischen Königsnamen", dans Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Instituts. Abteilung Kairo , b. 20, 1965, p. 1-46, t. I-X.

O’BRIEN (A.A.), O’BRIEN (A.), The serekh as an aspect of iconography of early kingship , dans Journal of the American Research Center in Egypt , t. 33, 1996, p. 123-138.

SOUKIASSIAN (G.), "Une étape de la proscription de Seth", dans Göttinger Miszellen , 44, 1981, p. 59-68.

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