Le puissant royaume d'Ourartou, au cœur du Kurdistan

Un royaume, l'Ourartou, résista victorieusement devant les armées assyriennes. Il s'étendit dans l'est de l'actuelle Turquie.
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Au XIIIe siècle avant notre ère, apparaît, dans les textes assyriens, le toponyme Uruatri. Il désigne la région du lac salé de Van (dans l’actuelle Turquie de l’Est). Le territoire est séparé de la Haute Mésopotamie par une chaîne de montagnes et traversé par le Tigre. Le nord est composé de hauts plateaux et de montagnes, dont le mont Ararat. A l’est, le territoire est limité par le lac d’Urmiah.

La naissance de l’Ourartou

Au IXe siècle avant notre ère, un peuple crée un puissant Etat dans la région du lac de Van: l’Ourartou (ou Urartu). Ce peuple n’est ni indo-européen (comme les Hittites, les Louvites, les Phrygiens…), ni sémite (comme les Assyriens, les Babyloniens, les Phéniciens, les Arabes…). Les Ourartéens sont apparentés aux Hourrites, qui sont présents dans toute la Mésopotamie depuis le IIIe millénaire. Ils possèdent une langue agglutinante alors que les Sémites et les Indo-Européens utilisent des langues flexionnelles (ou à déclinaisons).

Ourartéens et Assyriens

Vers 858, le roi assyrien Salmanazar III (858-824) lance une expédition contre l’Ourartou. Même s’il obtient quelques succès, il ne parvient pas à soumettre ou à occuper le royaume. Les Ourartéens réagissent et organisent leur armée sur le modèle assyrien: rapidement des dizaines de milliers de fantassins et une puissante cavalerie défendent le royaume. Cette dernière possède un équipement très sophistiqué pour l’époque. Les cavaliers et leur monture sont protégés par une armure de bronze.

Le premier grand roi d’Ourartou est Sarduri Ier (832-825). L’extension du royaume est rapide: en quelques décennies, les frontières s'étendent jusqu’à l’Araxe (au nord) et jusqu’à la vallée du Murad à l’ouest.

Menoua (805-788) fait bâtir une puissante forteresse pour protéger la capitale, Tushpa (l’actuelle cité de Van à l'est de la Turquie, Kurdistan). Sous Sarduri II (765-733), l’Ourartou dilate au maximum ses frontières. A l’ouest, l’Euphrate est atteint; au nord, les troupes de l’Ourartou s’installent dans la région de l’actuelle Erevan (Arménie). Sarduri II conclue une alliance avec le roi d’Arpad (Syrie) contre l’Assyrie.

Le roi assyrien Tiglath-Palazar III (744-727) réagit de manière énergique. Il lève une puissante armée et bat les coalisés à Samosate en 743. Mais il échoue devant Tushpa. La capitale ourartéenne demeure intacte grâce à son réseau de forteresses.

Au VIIe siècle, le roi assyrien Sargon II (721-705) pille le sanctuaire du principal dieu ourartéen Haldi à Musasir. Malgré ce succès, les Assyriens sont à nouveau repoussés et les frontières de l’Ourartou sont restaurées. En 673, Rousa II se sent suffisamment fort pour attaquer l’empire assyrien. Il est repoussé par le roi Assarhaddon. Même le puissant Assurbanipal ne parvient pas à soumettre l’Ourartou alors qu’il avait mis à genoux tous les royaumes du Levant et l’Egypte! Après l’effondrement de l’Assyrie, Rousa III (605-585) parvient également à conserver son indépendance devant les troupes du roi babylonien Nabuchodonosor II.

La fin de l’Ourartou

L’Ourartou succombe quelques années plus tard sous les coups des Cimmériens et des Scythes venus des grandes plaines de Russie. Les mèdes également contribuent au déclin de l’Ourartou. La capitale n'est pas détruite, le royaume se dissout progressivement. Quelques décennies plus tard, Tushpa devient même une place fortifiée de l’empire perse achéménide.

Bibliographie sélective

BURNEY (C.A.), "Urartian forteresses and towns in the Van region", dans Anatolian Studies , v. 7, 1957, p. 37-53, pl. III-VI.

HULIN (P.), "Urartian stones in the Van Museum", dans Anatolian Studies , v. 8, 1958, p. 235-244.

SALVINI (M.), "Assyrian and urartaean written sources for urartaean history", dans Sumer , t. 42, 1986, p. 155-159.

SALVINI (M.), Geschichte und Kultur der Urartäer , Wiesbaden, 1995.

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