L'école philosophique de Cyrène

L'école philosophique de Cyrène rivalisa avec celles de Platon, Aristote, Epicure ou Chrysippe durant l'antiquité classique.
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Durant l’Antiquité, la cité de Cyrène, fut l’une des villes majeures du monde grec. Cette Grèce d’Afrique fut souvent négligée par l’historiographie. Pourtant, Cyrène possède un riche passé et des vestiges archéologiques forts nombreux.

La cité de l’est de l’actuelle Libye fut la patrie de la patrie de grands savants comme Callimaque et Eratosthène . Mais la ville fondée par des colons de Théra (Santorin) abrita aussi l’une des principales écoles philosophiques grecques : celle des Cyrénéens.

Aristippe

Aristippe, un disciple de Socrate, fut à l’origine de cette école. Son œuvre relativement mal connue fut parfois qualifiée d’hédoniste. Pourtant, Aristote qui évoqua ce courant de pensée n’y associe jamais Aristippe. Les récits concernant l’œuvre du fondateur de l’école de Cyrénaïque sont souvent contradictoires. Toutefois, il apparaît qu’il s’intéressa peu à la physique et à la dialectique comme Aristote. Il se consacra principalement à l’étude de la recherche du bonheur humain. La vie humaine était pour lui primordiale. L’individu était caractérisé par son instruction et son savoir. Comme Platon, il fréquenta la cour du tyran de Syracuse Denys. Les rapports entre les deux philosophes semblent assez houleux.

L’historien de la philosophie Diogène Laërce cita de nombreux bons mots d’Aristippe. L’écrivain ancien s’intéressa essentiellement au séjour d’Aristippe à Syracuse : « Une autre fois Denys lui fit amener trois courtisanes et lui permit d’en choisir une. Il les prit toutes les trois en disant : « Pâris ne s’est pas bien trouvé d’avoir fait un choix. » Mais aussi prompt à dédaigner le plaisir qu’ardent à jouir, il les congédia dès qu’il fut à la porte. On rapporte que Straton (Platon selon d’autres) lui disait, à propos de cette mobilité de caractère : « Il n’y a que toi pour porter également bien la pourpre et les haillons. […] Denys lui ayant demandé ce qu’il venait faire auprès de lui : « J’y viens, dit-il, pour te faire part de ce que j’ai, et recevoir de toi ce que je n’ai pas. » Suivant d’autres, il aurait répondu : « Quand j’avais besoin de sagesse j’allais trouver Socrate ; maintenant que j’ai besoin d’argent, je viens à toi. »

Diogène Laërce évoqua aussi une rencontre entre le plus célèbre cynique, Diogène de Sinope, et Aristippe : « II passait un jour auprès de Diogène qui lavait des légumes : « Si tu savais, lui dit celui-ci, te contenter de légumes, tu ne ramperais pas à la cour des tyrans. — Et toi, dit Aristippe, si tu savais converser avec les hommes, tu ne laverais pas des légumes. »

Arété et Aristippe le Jeune

Aristippe initia sa fille, Arété à la philosophie, celle-ci lui succéda même à la tête de l’école de Cyrène. Elle forma de nombreux disciples. Parmi ceux-ci, il y avait Aristippe le Jeune (ou Métrodidacte). Son œuvre, fort méconnue, semble s’être consacrée à la lutte contre les théories des philosophes épicuriens. Il affirmait la primauté de la morale. Contrairement aux épicuriens, Aristippe le Jeune pensait que plaisir et douleurs étaient toujours en mouvement.

Hégésias et Annicéris

Trois générations plus tard, l’école de Cyrène se radicalisa avec les positions d’Hégésias. Pour lui, il n’existait pas de sentiments désintéressés et le bonheur était impossible à atteindre. Pessimiste, il annonça que la mort était préférable à la vie pour les sages. Ses théories provoquèrent plusieurs suicides parmi ses disciples. Le roi Ptolémée Ier fit même fermer temporairement l’école de Cyrène.

L’un des disciples d’Hégésias, Annicéris, revint à des idées moins pessimistes. Il insista sur l’importance de l’amitié et de la bienveillance. Pour lui, le plaisir était le moteur de chaque action entreprise par l’homme.

Théodore l’athée

Le dernier grand représentant de l’école cyrénéenne fut Théodore, disciple d’Annicéris. Il fut souvent qualifié d’athée car ses théories se rapprochèrent de la négation des dieux. D’un caractère difficile, il fut chassé de nombreuses cités dont Athènes. Il se disputa avec le roi Lysimaque alors qu’il était à sa cour comme ambassadeur de Ptolémée Ier. Figure de l’athéisme classique, Théodore fut probablement trop emporté pour réellement convaincre ses contemporains.

Bibliographie sélective :

BLAS DE ROBLES (J.-M.), Libye grecque, romaine et byzantine , préfacé par LARONDE (A.), photographies BLAS DE ROBLES (J.-M.), MEUNIER (P.), Aix-en-Provence, 1999.

DIOGÈNE LAËRCE, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres , t. 1, trad., notice, introduction, notes GENAILLE (R.), Paris, 1965 ( GF ).

LONG (A.A.), SEDLEY (D.N.), Les philosophes hellénistiques , trad. BRUNSCHWIG (J.), PELLEGRIN (P.), t. I, Pyrrhon - L'épicurisme , Paris, 2001.

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