Les descriptions antiques du mausolée d'Halicarnasse

Pline l'Ancien et Vitruve rédigèrent des descriptions du mausolée d'Halicarnasse, elles furent longtemps considérées comme précises et objectives.
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Deux auteurs antiques, l’architecte Vitruve et le naturaliste Pline l’Ancien rédigèrent de brèves descriptions de la tombe du satrape de Carie Mausole devenue l’une des sept merveilles du monde .

Pline l’Ancien et le mausolée d’Halicarnasse

Pline l’Ancien livra la description la plus réaliste: «Une tombe qui fut construite par Artémise pour son époux Mausole, le vice-roi de Carie qui est mort durant la deuxième année de la 107e olympiade. Ces artistes [Scopas, Bryaxis, Timothée et Léocharès] furent notamment responsables de la réalisation de la structure de l’une des sept merveilles du monde. Les côtés nord et sud s’étendent sur 63 pieds, mais la longueur de la façade est moins grande, la longueur totale des façades et des côtés est de 440 pieds [environ 120 m]. La construction s’élève jusqu’à la hauteur de 25 cubitis [environ 12 m] et est entourée par 36 colonnes. Le mot grec pour cette colonnade qui encercle est pteron , c'est-à-dire une aile. Le côté est fut sculpté par Scopas, le nord par Bryaxis, le sud par Timothée et l’ouest par Léocharès; et avant qu’ils terminèrent leur tâche, la reine mourut. Toutefois, ils refusèrent d’abandonner le travail avant sa fin […] car cela deviendrait un mémorial pour leur propre gloire et celle de leur profession; et même aujourd’hui, ils sont considérés chacun comme des rivaux en dextérité. A eux fut ajouté un cinquième artiste. Au-dessus de la colonnade, il y a une pyramide aussi haute que la structure inférieure et resserrée en 24 niveaux jusqu’au sommet de ce pic. Au sommet, il y a un quadrige de marbre réalisé par Pythis. L’addition de ce quadrige parfait le tout et l’amène à une hauteur de 140 pieds» ( Histoire naturelle , XXXVI, 30-31).

Ce texte fut longtemps considéré comme une exacte description de l’édifice. L’archéologue danois Kristian Jeppesen, fouilleur moderne du mausolée , analysa l’écrit de l’auteur romain. Il constata qu’aucune mesure n’était exacte. Les différents manuscrits de Pline livraient même des chiffres différents. Il soupçonna aussi Pline d’avoir décrit le mausolée en se basant sur un monument de la péninsule italienne, la tombe du roi Porsena. Enfin, Pline s’inspira également des buchers funéraires des compagnons d’Alexandre le Grand, des rois hellénistiques et des empereurs romains.

Pline cita également quatre artistes grecs, auteurs des bas-reliefs du monument d’Halicarnasse: Léocharès, Timothée, Bryaxis et Scopas. Pendant de nombreuses années, on leur attribua à chacun la réalisation d’une face du célèbre tombeau. Pourtant, rien dans l’étude des bas-reliefs conservés au British Museum ne permet de déceler quatre mains différentes!

Vitruve et le mausolée d’Halicarnasse

Le texte de Vitruve, permet, quant à lui, de découvrir l’environnement architectural du tombeau de Mausole: «A la moitié de la colline, qui était de forme arrondie, il fit ouvrir une large et vaste place, au milieu de laquelle fut construit cet admirable mausolée qu'on a mis au nombre des sept merveilles du monde. La partie la plus élevée fut couronnée par le temple de Mars [Arès], où l'on voyait une statue colossale, appelée Akroliton, ouvrage du célèbre sculpteur Léocharès, ou de Timothée, comme le pensent quelques historiens. A la pointe droite de la colline, il fit bâtir les temples de Vénus et de Mercure [Aphrodite et Hermès] auprès de la fontaine Salmacis. C'est à tort qu'on attribue, aux eaux de cette fontaine, le pouvoir de rendre malades d'amour ceux qui en boivent […] Il me reste maintenant, puisque je me suis laissé entraîner à énumérer les constructions de Mausole, à en donner une description entière et exacte. J'ai dit que du côté droit se trouvaient le temple de Vénus [Aphrodite] et la fontaine dont je viens de parler. On voit du côté gauche le palais que ce roi fit construire selon son goût. Il a vue, vers la droite, sur la place publique, sur le port et sur joute la ligne des murailles, et, vers la gauche sur un autre port caché au pied de la montagne, et disposé de manière à ce qu'on ne puisse ni voir, ni connaître ce qui s'y passe ; le roi seul, de son palais, peut, sans que personne le sache, donner aux matelots et aux soldats les ordres qu'il lui plaît » ( De l’architecture , II, 8, 11-13).

Vitruve fit de Mausole un véritable roi mais il ne décrit malheureusement pas la merveille du monde. Il cite deux des sculpteurs déjà mentionnés par Pline l’Ancien. Rien ne permet de confirmer leur présence en Carie lors de la construction du gigantesque édifice.

Pour connaître l’aspect du tombeau de Mausole, il ne faut donc pas trop compter sur les textes. Il faut se baser sur une étude stricte des données archéologiques recueillies à Halicarnasse (Bodrum) par l’équipe de Kristian Jeppesen et sur une analyse rigoureuses des nombreux fragments conservés au British Museum.

Bibliographie sélective :

B.F. COOK, "The sculptors of the Mausoleum friezes", dans Architecture and society in Hecatomnid Caria. Proceedings of the Uppsala Symposium 1987 , ed. T. LINDERS, P. HELLSTRÖM, Uppsala, 1989, p. 31-44 ( Acta Universitatis Upsaliensis Boreas . Uppsala Studies in Ancient Mediterranean and Near Eastern Civilizations , 17).

P.J.E. DAVIES, Death and the Emperor. Roman imperial funerary monuments from Augustus to Marcus Aurelius , Cambridge, 2000.

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K. JEPPESEN, "Old and new evidence of a reconstruction of the Mausoleum at Halicarnassus", dans K. JEPPESEN, Paradeigmata. Three mid-fourth century main works of Hellenistic architecture reconsidered , Aarhus, 1958, p. 1-67 ( Jutland archaeological society publications , v. 4).

K. JEPPESEN, "What did the Maussolleion look like ? ", dans Architecture and society in Hecatomnid Caria. Proceedings of the Uppsala Symposium 1987 , ed. T. LINDERS, P. HELLSTRÖM, Uppsala, 1989, p. 15-22 ( Acta Universitatis Upsaliensis Boreas. Uppsala Studies in Ancient Mediterranean and Near Eastern Civilizations , 17).

S. POLET, "Le Mausolée d’Halicarnasse", dans Volumen , n°3, 2009, p. 52-93.

The Maussolleion at Halikarnassos. Reports of the Danish Archaeological Expedition to Bodrum , v. 2, The written sources and their archaeological background , p. 1, The ancient Greek and Latin writers, par K. JEPPESEN, p. 2, The later history of the Maussolleion and its utilization in the hospitaller castle at Bodrum , par A. LUTTRELL, Aarhus, 1986 ( Jutland Archaeological Society Publications , t. XV, n°2).

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