Osorkon Ier, un roi bâtisseur de la 22e dynastie égyptienne

Osorkon poursuivit l'œuvre architecturale de son père à Boubastis et Memphis. Cordial avec le roi de Byblos, il se montra hostile avec ses voisins de Judée.
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Osorkon Ier, deuxième roi de la XXIIe dynastie, succéda à son père, Chéchonq Ier , vers l’an 924 avant notre ère. Afin de légitimer cette nouvelle dynastie, originaire de Boubastis, dans le Delta du Nil, Chéchonq avait marié son fils avec la fille de Psousennès II , le dernier roi de la XXIe dynastie , prénommée Maatkaré. De cette union, naquit un fils: le futur Chéchonq II . Osorkon Ier eut deux autres épouses: Shepensopedet et Tashedkhonsou. La seconde fut la mère d’un second prince qui accéda au trône: Takélot Ier . Osorkon Ier associa probablement son fils Chéchonq II au pouvoir. Ce dernier décéda peu de temps avant son père, ce fut donc Takélot Ier qui succéda à Osorkon Ier.

La durée du règne d’Osorkon Ier

La durée du règne d’Osorkon Ier demeure incertaine. Pour de nombreux chercheurs (Grimal, Kitchen, Yoyotte, Barta), il fut roi pendant 35 ans. Klaus Baer qui refuse toute idée de co-royauté avec Chéchonq II lui attribue un règne de 15 ans. Enfin, Flinders Petrie avait proposé une durée de 36 ans. Les sources anciennes sont assez rares. Une inscription du nilomètre de Karnak évoque l'an 15 d’Osorkon Ier. Sur une bandelette de momie trouvée au Ramesseum, il est question de l’an 35 du roi. Enfin, une stèle conservée au musée Petrie, à Londres, mentionne l’an 26 du roi (lecture ancienne: an 36). L’historien Manéthon accordait à Osorkon un règne de 15 ans. Il semble donc que le deuxième roi de la XXIIe dynastie demeura au-moins 35 ans sur le trône.

Les constructions et travaux d’Osorkon Ier en Basse Egypte

Osorkon Ier fut un roi bâtisseur. A Boubastis, il fit bâtir un sanctuaire pour Amon. Seule une colonne de cette construction fut retrouvée par E. Naville. Le roi fit aussi décorer de nombreux murs du grand temple de la déesse Bastet et ajouta une salle hypostyle à l’édifice. A Memphis, l’ancienne capitale, il fit élever une chapelle pour Bastet. Un linteau de celle-ci est exposé à Munich. Une petite statuette en bronze du roi fut retrouvée à Shibin el-Qanatir, dans l’est du Delta. Elle est aujourd’hui exposée au Brooklyn Museum.

Osorkon Ier et la Moyenne Egypte

En Moyenne Egypte, Osorkon fit agrandir le temple d’Isis à Atfih. Il poursuivit les travaux de son père à el-Hibeh . Il fit bâtir une forteresse, Pi-Sekhemkheperré, située probablement au nord d’Hérakléopolis Magna. La localisation de celle-ci demeure encore inconnue. Mais elle avait pour but de contrôler et surveiller les riches terres agricoles du Fayoum. A Coptos, Osorkon Ier fit restaurer des éléments du temple de Min construits à l’époque de Touthmosis III (XVIIIe dynastie).

Traces d’Osorkon Ier à Thèbes

En Haute Egypte, le nom d’Osorkon Ier fut inscrit sur le portique des Boubastides, dans le temple de Karnak. Osorkon nomma son fils Chéchonq comme grand-prêtre d’Amon quand Ioupout (demi-frère du roi) décéda.

Une statue d’Osorkon provenant de Byblos

Osorkon Ier poursuivit la politique amicale de son père avec les rois de Byblos . Il offrit quelques présents au roi Yehimilk, parmi lesquels une statue de lui. Une inscription phénicienne fut gravée sur le buste du roi égyptien. Elle indique que l’objet fut offert à la Dame de Byblos, l’une des divinités poliade. La statue fit son entrée dans l’histoire moderne à Naples, en 1881. Elle fut découverte par l’égyptologue Alfred Wiedemann chez un riche banquier. Il copia les hiéroglyphes durant une réception mondaine… La pièce fut vendue en 1910. Elle entra dans la collection privée de Joanny Peytel. Au décès de ce dernier, elle fut léguée à son neveu, André Peytel. Celui-ci fit don de l’objet au musée du Louvre. L’inscription phénicienne ne fut traduite qu’en 1925 par René Dussaud (puis en 1947 par W.F. Albright). Malheureusement, il n’existe aucune archive concernant le lieu et la date de la découverte de la statue, à Byblos. Il n’y a pas plus d’informations sur son transport à Naples.

Osorkon Ier et la Bible

Dans la Bible, le Deuxième Livre des Chroniques mentionne une bataille en l’an 14 d’Asa, deuxième successeur de Roboam (vers 897 avant notre ère): «Zérach le Kushite fit une incursion avec une armée de mille milliers et de trois cents chars, et il atteignit Maresha. Asa sortit à sa rencontre et se rangea en bataille dans la vallée de Çephata, à Maresha. […] Yahvé battit les Kushites devant Asa et les Judéens: les Kushites s’enfuirent et Asa les poursuivit avec son armée jusqu’à Gérar. Il tomba tant de Kushites qu’ils ne purent subsister, car ils s’étaient brisés devant Yahvé et son camp. On ramassa une grande quantité de butin» ( Deuxième livre des Chroniques , 14, 8-13). Le roi égyptien n’est pas cité. A cette époque Osorkon devait être un vieil homme, il est donc fort possible qu’il envoya l’un de ses généraux, un certain Zérach, d’origine nubienne (kouchite). Le personnage n’est pas mentionné par les sources égyptiennes. Il semble que cette bataille ne fut pas un événement capital pour les Egyptiens. Il y eut sans doute un accrochage entre des mercenaires égyptiens et une troupe d’Asa. Ce dernier profita de cet événement pour en faire une grande victoire sur une armée ennemie fort nombreuse…

La tombe du roi

La tombe d’Osorkon Ier n’a pas encore été retrouvée. Elle était peut-être à Boubastis, à Tanis ou même à Memphis. Celle de son fils, Chéchonq II fut retrouvée intacte à Tanis.

Bibliographie sélective :

ALBRIGHT (W.F.), « The Phoe nician ins cription s of the Tenth Century B.C. from Byblus », dans Journal of the American Oriental Society , t. 67, n°3, 1947, p. 153-160.

BAER (K.), « The Libyan and Nubian kings of Egypt : Notes on the chronology of Dynasties XXII to XXVI », dans Journal of Near Eastern Studies , v. 32, n°1/2, 1973, p. 4-25.

BECKERATH (J.) VON, « The Nile level records at Karnak and their importance fort he history of the Libyan Period (dynasties XXII and XXIII) », dans Journal of the American Research Center in Egypt , t. 5, 1966, p. 43-55.

BROEKMAN (G.P.F.), DEMARÉE (R.J.), KAPER (O.E.), The Libyan Period in Egypt , Louvain, 2009.

JACQUET-GORDON (H.K.), « The illusory year 36 of Osorkon I », dans The Journal of Egyptian Archaeology , v. 53, 1967, p. 63-68.

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