Pépy Ier, le roi égyptien le mieux connu de l'Ancien Empire

Les fouilles du complexe funéraire de Pépy Ier à Saqqara Sud permirent de découvrir six nouvelles reines d'Egypte !
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Pépy Ier Méryré, fils du roi Téti (premier roi de la VIe dynastie) et de la reine Ipout Ière succéda à l’éphémère roi Ouserkaré qui fut peut-être son demi-frère. Pépy Ier. Son règne fut long et prospère. Le papyrus de Turin (rédigé à la XIXe dynastie) lui attribuait 20 ans de règne. Manéthon , historien égyptien de l’époque de Ptolémée II, lui donnait un règne de 53 ans. Cette durée peut sembler excessive, mais l’épigraphie confirme au moins 50 ans de règne ! Il fut considéré comme l’un des plus grands rois de l’Egypte ancienne. Touthmosis III, à la XVIIIe dynastie, fit réaliser une liste des plus grands rois à Karnak. Cette chapelle des ancêtres, aujourd’hui au musée du Louvre permet de connaître les rois les plus appréciés des anciens Egyptiens. Pour l’Ancien Empire, on retrouvait Djoser, Snéfrou, Sahouré , Niouserré , Djedkaré-Isesi , Téti, Pépy Ier et Merenré Ier. Cette énumération peut surprendre car Chéops, Chéfren et Mykérinos sont absents. La liste de Touthmosis, pour l’Ancien Empire, mettait en avant les rois des Ve et VIe dynasties. Ces époques sont probablement moins connues du grand public. Pourtant c’est durant ces deux dynasties que l’essor économique, culturel et démographique de l’Ancien Empire eut lieu.

Le complot du harem

Pépy Ier eut de nombreuses reines. Il y eut même un complot contre lui au sein de son harem. Il fit juger et condamner une reine. Un notable d’Abydos, Ouni, décrivit ce tribunal dans le texte de son autobiographie qu’il fit graver dans son mastaba. Comme le voulait la tradition égyptienne, le nom et l’identité de la condamnée ne fut pas conservé.

Les épouses d’Abydos

Pépy Ier épousa deux sœurs issues d’une puissante famille d’Abydos, toutes deux portaient le nom d’Ankhesen-Pépy. Cette famille fournit aussi au roi deux vizirs (Djaou et Idi) et un nomarque (Ibi). Les deux nouvelles reines furent mère d’un roi. Au XXe siècle, plusieurs égyptologues pensèrent que ce mariage prouvait le déclin de la puissance monarchique. D’après eux, le roi était obligé de s’attacher cette puissante famille. Pépy Ier aurait ainsi évité l’indépendance de ces nobles provinciaux. Aujourd’hui, cette idée est abandonnée. N. Kanawati et M. Baud ont démontré que la famille provenait de Memphis. Elle devait ses privilèges et son domaine d’Abydos au roi. Les mariages lui permettaient de conserver ses avantages. Pépy Ier restait un roi puissant qui contrôlait la noblesse en jouant notamment les rivalités entre les plus grandes familles de l’époque.

Le complexe funéraire et la pyramide de Pépy Ier à Saqqara

Depuis 1963, une mission archéologique française fouille le complexe funéraire du roi situé à Saqqara Sud. Commencé par Jean Leclant, ce vaste projet fut poursuivit par Audran Labrousse. Les découvertes furent importantes et nombreuses aux cours des nombreuses campagnes. De nouvelles reines apparurent : Noubounet, Inenek / Inti, Séboutet, Méhaa, Nedjefet et Béhénou. Toutes possédaient une pyramide et un petit temple funéraire lié à celui du roi. Des pyramides de filles du roi furent aussi mises au jour : Méretitès II et Pépy-ankh-en-es III. Le complexe funéraire de la reine Ankhesen-Pépy II permit aussi de savoir qu’en plus d’être l’épouse de Pépy Ier, elle épousa, après sa mort, le nouveau roi, Merenré Ier. Ce dernier était le fils de sa sœur Ankhesen-Pépy Ière ! L’équipe française découvrit aussi la tombe d’un prince nommé Hornéterikhet.

Le complexe funéraire de Pépy Ier était vaste. De nombreux magasins d’offrandes entouraient une grande cour à piliers. Le granite rose d’Assouan fut utilisé en abondance. La pyramide satellite du roi complétait cet ensemble. La pyramide elle-même mesurait environ 52 mètres de haut. La chambre funéraire fut tapissée par le Texte des Pyramides . Ce complexe funéraire fut baptisée Pépy-Men-nefer. Il fut très vite abrégé en Men-nefer. Ce nom égyptien donna le terme grec « Memphis ». Ainsi le nom de la capitale fut remplacé progressivement par celui du complexe funéraire de Pépy Ier ce qui démontre bien l’importance de ce règne dans toute l’histoire égyptienne.

Les pyramides des reines de Pépy Ier

Les temples funéraires et les pyramides des reines livrèrent elles-aussi de nombreuses données sur le long règne de Pépy Ier. Les archéologues mirent au jour des obélisques monolithiques. Ces monuments avaient longtemps été considérés comme des inventions de la XIIe dynastie. Plusieurs reines possédaient des pyramides satellites comme les rois. La reine Ankhesen-Pépy II possédait même le texte des Pyramides dans sa chambre funéraire. Elle fut probablement la première femme à posséder ce texte réservé jusque là aux rois. Son rôle de régente durant la minorité de son fils Pépy II lui permit probablement d’acquérir ce privilège. Mais lors des fouilles de 2009-2010, une seconde pyramide de reine fut découverte avec ce célèbre texte. Mais le complexe funéraire de cette dernière, prénommée Béhénou, était de taille beaucoup plus modeste par rapport à celui d’Ankhesen-Pépy II.

Bibliographie sélective :

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