L'écrivain public : qui est-il ?

Le métier d'écrivain public est très ancien et a évolué au fil du temps. En quoi consiste-t-il exactement ?
14

Le métier d'écrivain public, très ancien, semble connu par tous. Pourtant, il a évolué à travers le temps. Ses prestations ne couvrent plus seulement l'assistance rédactionnelle envers un public peu érudit. Aujourd'hui, ces professionnels écrivent des biographies, corrigent des mémoires d'étudiants, rédigent des communiqués de presse, le contenu de sites Internet...

Et derrière une image attractive liée au plaisir d'écrire et à la richesse des échanges humains, se cachent certaines difficultés.

Un très vieux métier

Le métier d’écrivain public est l’un des plus vieux du monde. Apparu dès l’Antiquité sous le nom de « scribe », ce dernier exerçait sur les places publiques pour une clientèle peu érudite.

En France, la profession connut un véritable essor à partir du 13ème siècle, alimenté par le développement des administrations royales et locales, les échanges commerciaux croissants et l’apparition de nouveaux métiers. Au nombre de soixante à Paris en 1280, les écrivains publics établissaient des textes administratifs et commerciaux.

A la Renaissance, l’activité était florissante pour ceux qui avaient élargi leurs compétences aux actes juridiques ou s’étaient spécialisés dans les biographies, une pratique à la mode au 17ème siècle au sein des familles aisées.

Mais la Révolution mit fin à cette période faste et la profession sombra avant d’être relancée au 19ème siècle par l’organisation de l’administration napoléonienne. Elle déclina à nouveau à la fin de ce siècle en raison de la scolarisation obligatoire.

L’écrivain public aujourd’hui

Depuis une dizaine d’années, le métier réapparaît sous différents noms : écrivain public, écrivain conseil®, biographe, rédacteur…

Quatre cents professionnels sont répertoriés à ce jour en France, concentrés en région parisienne, lyonnaise et méditerranéenne.

Le Syndicat National des Prestataires et Conseils en Ecriture (SNPCE) a mené une enquête en 2009 auprès de plus de 300 écrivains publics en activité afin d’établir leur profil type. Les éléments suivants ressortent de cette étude.

La profession est largement féminisée (21 % d’hommes), l’âge moyen est compris entre 31 et 45 ans, le niveau d’études est supérieur ou égal à la licence, il s’agit pour la plupart d’une réorientation professionnelle en milieu de carrière et 42 % ont suivi un cursus spécifique.

Des formations spécifiques

Plusieurs formations existent : BTS édition et formation aux autres métiers de l’édition dispensé par l’ASFORED ; formation d’écrivain public proposée par le Centre National de Formation à Distance (CNFDI) ; formation au métier de correcteur et de réécriture au centre d’écriture et de communication ; licence professionnelle en intervention sociale, écrivain public, conseil en écriture professionnelle et privée à Paris III Sorbonne Nouvelle ; stage d’information sur la profession d’écrivain public et d’écrivain conseil® et stage de perfectionnement en communication écrite au cabinet Françoise Peters à Montpellier ; formation d’écrivain public et auteur conseil à l’université du sud Toulon / Var ; licence professionnelle de rédaction technique à l’université de Limoges ; formation d’écrivain public dispensée par le CNED.

Tirer parti de son expérience professionnelle

Cependant, aucun diplôme n’est exigé pour s’installer comme écrivain public.

Comme l’indique l’étude réalisée par le SNPCE, la profession est souvent pratiquée à la suite d’une reconversion professionnelle. Ainsi, l’expérience antérieure peut s’avérer d’une grande utilité. Les subtilités de la langue française n’auront pas de secret pour un ancien enseignant en littérature. Une ex assistante de direction sera familiarisée avec les rouages de l’entreprise, habituée à rédiger rapidement des écrits, à manier les outils informatiques, à communiquer avec différents interlocuteurs…

Des compétences techniques

Ces expériences, ces formations spécifiques ou encore les études supérieures suivies initialement apportent les compétences techniques indispensables pour produire des écrits de qualité : parfaite maîtrise de la langue française (orthographe, syntaxe, grammaire, typographie…) et des différentes techniques de rédaction (rewriting, articles de presse, interview, écriture web, comptes rendus…) et connaissance des logiciels bureautique. L’écrivain public doit aussi posséder un esprit d’analyse et de synthèse.

D'indispensables qualités humaines

Et surtout, il doit posséder d’indispensables qualités humaines qui lui permettent d’établir une relation de confiance avec sa clientèle : une grande écoute, l’empathie, l’humilité, la discrétion, l’ouverture d’esprit et le sens de l’adaptation.

La sensibilité est essentielle pour décrypter les émotions de ses clients et retranscrire au plus proche de leur personnalité l’écrit demandé. Pour les récits de vie notamment, comme le photographe saisit la lumière d’un instant, le biographe doit être capable de saisir la lumière intérieure d’un être et de la restituer. Toujours pour ce type de travail très intime, il doit savoir gérer ses propres émotions pour ne pas se laisser submerger par des histoires touchantes.

Un état d’esprit entrepreneur

A ces compétences et à ces qualités humaines viennent s’ajouter l’esprit entrepreneur puisque la majorité des écrivains publics exerce en indépendant. L’autonomie, un sens visionnaire, une remise en cause constante et un esprit commercial sont nécessaires pour gérer son entreprise.

Un métier victime de son succès

Absence de diplôme obligatoire, faible investissement (ordinateur, imprimante), facilité d’installation avec le récent statut d’auto-entrepreneur… Ces éléments rendent la profession attractive notamment pour des femmes quadragénaires qui souhaitent reprendre une activité à leur compte pour concilier vie professionnelle et vie familiale, après un arrêt « bébé » ou un licenciement.

L'existence de groupements

Face à l’absence de cadre réglementé et à l’augmentation du nombre d’installations, des écrivains publics se sont organisés en réseaux pour donner plus d’accréditation à la profession.

Dans les années 1980, l’Académie des Ecrivains Publics (AEPF) a été fondée. Puis en 2002 le Groupement des Ecrivains Conseils qui regroupe à ce jour 200 adhérents.

Leur démarche est similaire : promouvoir la profession.

Le quotidien d’un écrivain public

Suffit-il d’aimer écrire et d’aimer les gens pour réussir comme écrivain public ? Non. Car ses journées ne se composent pas toutes de rencontres et de travaux d’écriture.

Réfléchir à la façon de se faire connaître, étudier le marché, établir des devis, entamer une procédure juridique lorsqu’un client refuse de le payer, c’est aussi cela le quotidien d’un écrivain public. Des journées sans appel, des projets qui n’aboutissent pas, des semaines sans contrat. C’est aussi cela la réalité. Et pour surmonter des périodes difficiles, surtout au début, il peut être judicieux d’adhérer à un groupement pour trouver des réponses à ses questions et une entraide. De même, l’adhésion à un réseau d’entrepreneur local peut s’avérer utile pour échanger et nouer des relations.

Rentabilité

L’activité d’écrivain public est passionnante mais néanmoins difficile à mettre en place. Il faut attendre plusieurs années avant de récolter les fruits de ses efforts. Et à moins de collaborations régulières, les rentrées financières sont irrégulières.

Selon la même étude réalisée par le SNPCE, 1/3 des écrivains publics travaillent plus de 35 heures par semaine, 36 % d’entre eux de 16 à 35 heures et 7 % de 0 à 5 heures. Et selon la fiche éditée par le Centre d’Information et de Documentation Jeunesse (CIDJ), les écrivains publics gagnent en moyenne entre 420 et 600 euros bruts par mois.

De quoi faire faire déchanter les personnes en recherche d’une activité rentable et éviter les désillusions…

Sur le même sujet