Ces nouveaux magazines qui dépoussièrent la presse féminine

Partant du constat que les magazines féminins se sont trop éloignés des femmes, Causette et Les Pétroleuses proposent une alternative à Biba ou Elle.
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Culte de la minceur, injonctions d’achat, photos retouchées : autant d’arguments qui font s’éloigner les femmes de la presse féminine, dans laquelle elles ne se reconnaissent plus, au profit, entre autres, des blogs où elles trouvent davantage d’authenticité.

Néanmoins, il existe des alternatives aux Elle, Cosmopolitan et autres Biba : deux titres, Causette et Les Pétroleuses, ont décidé de parler aux femmes différemment, "telles qu’elles sont et non pas telles que la société de consommation les rêve".

Décryptage de deux féminins pas comme les autres.

Causette : "plus féminine du cerveau que du capiton"

Le 7 mars 2009, veille de la Journée de la femme, paraissait le premier numéro de Causette qui se revendique "plus féminine du cerveau que du capiton". L’ambition du magazine : dépoussiérer le féminisme et parler aux femmes de façon authentique, comme l’explique son fondateur, Greg Lassus-Debat : "Nous ne nous adressons pas à des consommatrices mais à des êtres sociaux doués d’intelligence et de subjectivité, intéressés par le monde qui les entoure et envieux de passer un bon moment. Nous n’avons pas la prétention de dire aux femmes comment s’habiller ou comment être belles, nous ne sommes pas faiseurs de tendances mais journalistes. Avec Causette, nous souhaitons opérer un retour au réel."

La marge de manœuvre du magazine est bien réelle car à la différence des Elle ou Cosmopolitan, il n’existe qu’une seule page de publicité au sein du journal. Exit donc les injonctions d’achat du dernier it-bag, les photos retouchées et autres dossiers " régime" dont nous abreuve habituellement la presse féminine.

En revanche, beaucoup d’articles de fond sur l’économie, la politique ou la culture, extrêmement bien écrits sans être assommants, relevés d’une pointe d’humour et de féminisme. Dans le dernier numéro, on peut ainsi trouver des sujets tels que la peine de mort, la délinquance chez les jeunes ou le lobby européen des femmes. Pas de sujet "beauté" à proprement parler mais un dossier passionnant sur les cheveux : ce qu’ils disent de nous et de notre époque, du point de vue religieux et sociologique.

La part belle est faite également aux images. La couverture déboulonne les clichés habituellement associées aux femmes et, à l’intérieur du magazine, photos de qualité et illustrations portent un regard différent sur les corps, l’apparence et la séduction. Seule concession faite aux magazines "classiques" : l’horoscope, traité de façon décalé avec un humour décapant sur le mode "si les astres n’avaient pas connu le MLF".

Les Pétroleuses : "le magazine qu’on aimerait avoir comme copine".

Sorti le 12 novembre dernier, le magazine Les Pétroleuses s’inspire par beaucoup de points de sa consœur Causette : absence de publicité, photos non retouchées, volonté d’être proche de la réalité des femmes. Surfant sur la mode des blogs, il se veut "un condensé d'histoires vraies, sur un ton sans détour, décalé, impertinent, direct, plein de dérision et d’autodérision... Comme une conversation entre copines".

La rédaction se compose d’ailleurs de davantage de bloggeurs que d’experts, et cela se ressent sur la qualité d’écriture des articles, très inégale d’un auteur à un autre : autant Maïa Mazaurette ou Jérome Attal maîtrisent très bien l’exercice, autant d’autres se contentent de faire du copier-coller de leur blog sans nullement l’adapter au support papier. Le ton pêche souvent par excès de familiarité ("Comment échapper à la sale gueule de novembre ? "par exemple). On peut se vouloir proches de ses lectrices sans tomber dans des facilités de langage. Le recours quasi-systématique aux bloggeurs peut par ailleurs laisser penser qu’ils ne sont qu’un argument marketing pour attirer les lecteurs.

Contrairement à Causette où les dossiers de fond sont légion, on reste avec Les Pétroleuses dans les problématiques classiques des magazines féminins (à part l’intéressant article sur la réalité augmentée) : pages mode, cuisine, comparatifs des sites de courses en ligne… Certes traités sur un ton qui se veut différent mais qui enferment la femme dans des schémas sexués. De féminisme, il n’est nullement question, en dépit de ce que pourrait laisser penser le titre.

Enfin, question images et mise en page, on est plus proche d’un journal pour adolescentes que d’un magazine destiné aux femmes de 25-45 ans : photos bâclées, couleurs criardes, typographies arc en ciel…

En conclusion, Causette semble être le titre qui tient le mieux ses promesses de "magazine féminin nouvelle génération".

Néanmoins, la question de la représentativité des femmes ne se limite pas à la presse et se retrouve également sur internet : ainsi, lesnouvellesnews.fr garantit une information "sans stéréotype sexiste".

Créé en septembre 2009, ce site "ni féminin, ni féministe" souhaite respecter la parité en interviewant autant d’hommes que de femmes.

Un petit pas vers l’égalité sachant que le ratio femmes/hommes dans la média-réalité française est de un quart/trois quarts (1). La route vers la parité est donc longue.

(1) http://blogbernardgensane.blogs.nouvelobs.com/archive/2010/11/16/le-sexe-des-infos-representation-des-hommes-et-des-femmes-da.html

Mise à jour du 9 décembre 2010 : "Les Pétroleuses" s'arrête après son 1er numéro. http://www.facebook.com/petroleuses?v=app_7146470109#!/note.php?note_id=146723102043971&comments

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