Histoire de l'Inde : l'affirmation impériale britannique

L'Empire britannique s'implanta sur le territoire indien d'une manière d'abord relative avant de devenir progressivement de plus en plus formelle.
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Durant la première moitié du XIXe siècle, le Royaume-Uni domina, sans heurts majeurs, l'ensemble de la péninsule indienne avant que s'affirme de plus en plus une certaine identité indienne.

La crise de l’impérialisme

Jusqu’au milieu du XIXe siècle, le contrôle britannique ne fût perturbé que par de rares soulèvements localisés. Lord Dalhousie, «Grand Proconsul» de l’Inde de 1848 à 1856, introduisit de nombreuses améliorations (chemins de fer, travaux publics, enseignement universitaire…). Ces innovations étaient contrôlées par des Britanniques, symbolisant la politique relativement centralisatrice et impérialiste de la Grande-Bretagne.

En 1857, une crise majeure dévoila le profond malaise qui touchait l’Inde et remit en cause la domination britannique. Il s’agit de la révolte des Cipayes. Les princes indiens mécontents des annexions britanniques et de l'exploitation abusive des richesses rejetèrent la société occidentale moderne. Le soulèvement débuta à Mirat, lorsqu’on distribua aux Cipayes des cartouches enduites de graisse qui devaient être déchirées, avant leur utilisation, avec les dents. On excita les passions religieuses en affirmant aux hindous qu’elles étaient enduites de graisse de bœuf et aux musulmans de graisse de porc.

La révolte se répandit rapidement mais resta cantonnée au Nord de l’Inde. Les révoltés manquèrent de cohésion, de grands chefs et de revendications politiques concrètes. Le mouvement nationaliste n'existait pas encore, mais la nation indienne se structurait. Après une période d’hésitation, la Grande-Bretagne fît preuve d’une puissante et violente répression et mit rapidement en échec les Cipayes. Cet épisode ne marqua une rupture dans l’histoire de l’Inde britannique, mais il fût d’une importance capitale.

Dès 1858, l’Inde fut placée sous le contrôle direct de l’Empire britannique, tandis que la politique d’annexion britannique était définitivement stoppée. Parmi les conséquences directes de la révolte des Cipayes, il faut également noter un respect plus net des usages indiens par les colonisateurs ainsi que la naissance d’un nationalisme indien. Les Britanniques se sentaient isolés face à des peuples qu’ils ne comprenaient pas et qui revendiquaient progressivement leur désir d’autonomie, ou du moins s’éveillaient à la singularité de leur culture.

La naissance de l’économie moderne (1850-1914)

L’influence occidentale et britannique commença, vers 1850, à produire de nouveaux effets comme l’émergence du système capitaliste en Inde. La mise en fonctionnement du canal de Suez, en 1869, joua un rôle prépondérant dans la modification des rapports à l’économie, dans le transport des marchandises et dans le rapprochement de l’Inde et de l’Europe. La révolution des transports (routes, chemins de fer…) permit aux campagnes indiennes de participer au commerce colonial. L’Inde était désormais, dans une certaine mesure, soumise aux fluctuations du marché mondial.

Les exportations indiennes s’amplifièrent alors, notamment grâce au canal de Suez (thé, caoutchouc, blé…). La présence britannique eut pour conséquence l’importation d’un système économique colonial reposant sur l’exportation des produits tropicaux indiens et l’importation de biens manufacturés anglais. Cette révolution économique eut pour conséquence de détruire le cadre économique et social traditionnel indien: le village. L’économie devint centralisée et nationale permettant une meilleure circulation des marchandises et une certaine uniformité des prix.

L’émergence de cette nouvelle économie se manifesta par l’émission par la Compagnie des Indes d’une monnaie britannique (papier-monnaie), par l’apparition des banques par action, par la concentration des capitaux dans des sociétés à responsabilité limitée, par l’essor de l’industrie textile indienne… Avant 1914, l’économie capitaliste indienne était absolument libérale. L’Inde devint une puissance industrielle moderne, grâce aux capitaux anglais d’abord, indiens ensuite.

L’émancipation indienne (1914-1931)

La conscience nationale indienne, en germe dans les révoltes de 1857, prit forme au sein des élites au début du XXe siècle. Paradoxalement, le sentiment et l’unité nationales indiennes naquirent d’un mouvement de protestation contre la domination étrangère mais purent voir le jour grâce à l’unité économique, sociale, culturelle, linguistique «imposée» par la Grande-Bretagne.

A la fin du XIXe siècle, les élites indiennes «britannisées», issues d’abord de classes modestes, puis de l’aristocratie, fondèrent leurs mouvements nationaux grâce à l’enseignement et à la philosophie «humaniste» des Européens. Plusieurs mouvements religieux participèrent également à l’éveil de l’unité indienne et du nationalisme: Arya Samâj, Mission Râmakrisna… S’ensuivit la création d’un mouvement réformiste qui fût plus favorable aux progrès du pays qu’à un véritable nationalisme, essentiellement symbolisé par l’existence du Congrès National Indien et de la Ligue musulmane.

Si l’Inde conserva son loyalisme à l’égard de la Grande-Bretagne pendant la guerre, celle-ci permit le regroupement des tendances politiques indiennes. De nombreuses fortes personnalités permirent au mouvement national de progresser: Tilak, Gokhale, Aurobindo… Ils croyaient en un hindouisme comme fondement du patrimoine national, socle de défense contre les formes d’occidentalisation. Mais, parmi toutes ces personnalités, Gandhi s’imposa comme la plus importante et la plus respectée. Après avoir apporté son soutien aux 70 000 Indiens émigrés, victimes de la législation raciste et de l’hostilité des populations d'Afrique du Sud, Gandhi rentra en Inde en 1915. Il croyait profondément au relèvement de l’être humain, combattit l’exploitation, conduisit une révolution sociale et non violente.

Influencé par Tolstoï, Gandhi savait que la révolte indienne ne pouvait se faire dans la violence, tant la puissance britannique était imposante. Ses principales armes furent la désobéissance et la résistance passive.

En 1919, fût mise en place une dyarchie qui partagea le pouvoir entre les Britanniques et les Indiens. Une constitution organisait le gouvernement central et les gouvernements provinciaux grâce à des assemblées représentatives élues au suffrage censitaire. Ces élections assuraient une représentation des communautés, mais ne créaient pas une autonomie suffisante puisque les Anglais conservaient l’exécutif à Dehli et les finances dans les provinces. Les Britanniques conservèrent la maîtrise des principaux rouages gouvernementaux, financiers, militaires…

Gandhi, d’abord favorable à la Constitution, lança ensuite une campagne de lutte: manifestations, grèves… sévèrement réprimées à Amristar, le 13 avril 1919, où les soldats britanniques tirèrent sur la foule, tuant 379 personnes et en blessant 1 200 autres.

De 1920 à 1922, les grèves massives d’ouvriers se multiplièrent jusqu’à la mise en place de la dyarchie en 1922. En 1926, l’adoption du Trade Union Act établît la même liberté syndicale entre la Grande-Bretagne et l’Inde, où les syndicats se développèrent alors massivement.

En 1929, le parti travailliste, au pouvoir en Grande-Bretagne, favorisa le dialogue et les négociations, mais la division des Indiens et la défiance des Musulmans à l’égard d’un gouvernement majoritaire empêcha une résolution du problème. La situation difficile et l’exacerbation du nationalisme indien continuèrent encore de nombreuses années aboutissant à une résolution inévitable du problème en 1947: l’indépendance de l’Inde.

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