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STÉPHANE MATCHEU

Publié dans : Les articles Culture de Stéphane Matcheu

Vanishing on 7th Street (2010) de Brad Anderson

Hayden Christensen, Thandie Newton et John Leguizamo affrontent l'obscurité sous l'oeil du réalisateur de Session 9 et The Machinist.

Ombre et lumière

Quand l’obscurité devient le terrain d’une mort immédiate, beaucoup de gens disparaissent, ne laissant derrière eux que leurs habits aplatis et des survivants qui ne comprennent rien à ce qui arrive. C’est alors que le soleil raccourcit sa présence, que le paysage se nourrit des ténèbres et que la résistance face à la progression massive de l’ombre est d’être protégée par la lumière.

Cette histoire fantastique de très bonne augure aurait très bien pu s’inclure dans un épisode de la Quatrième dimension voire d’Au-delà du réel par la dimension étrange qui frappe subitement le quotidien sans toutefois répondre aux questions soulevées toutes les 20 secondes.

Autour d’un bar baigné dans la lumière par un groupe électrogène en fin de vie, les quatre résistants, Paul, James, Rosemarie et Luke, projettent les réflexions du spectateur à laquelle nous manquons de réponse. Quelle est l’origine de ce fléau ? Est-ce un appel pour rejoindre le paradis ? Pourquoi sont-ils encore vivants ? Quel est le but significatif de cette épreuve ? Tout est mis à plat mais les réponses sont creuses, exceptée pour deux pistes, la première serait une fusion d’âmes prête à englober en son sein quiconque (apparition des ombres de Luke, Paul et Rosemarie sur les derniers plans) et la seconde porterait sur une légende indienne, le Croatoan.

Croatoan

Petit rappel historique sur une affaire nimbée de mystère.

En 1584, investi par la Reine d'Angleterre pour établir une colonie anglaise sur la future Caroline du Nord, l'aventurier Sir Walter Raleigh organise et finance l'expédition à destination de l'île de Roanoke. Le groupe dirigé par John White, entre en contact avec des tribus indiennes présentes sur Roanoke dont les Croatoan, originaires de l'île du même nom.

En 1586, une deuxième expédition a eu lieu mais cette fois-ci une centaine d'hommes a été débarquée sur l'île afin qu'ils effectuent des répérages pour installer leur colonie. La mission s'est révélée catastrophique due à une météo laborieuse et une relation tendue avec les tribus. Ils repartent tous en Angleterre, à l'exception d'une quinzaine d'hommes assignée à veiller sur la nouvelle colonie.

En 1587, une nouvelle expédition prend forme avec une large population à son bord pour constituer la première colonie anglaise. Le navire fait un détour par Roanoke pour récupérer les quinze hommes restant mais au lieu de cela, un conflit entre des associés de Raleigh et le capitaine du navire, fait débarquer tous les colons sur l'île avant de repartir vers l'Angleterre.

Là, les colons, livrés à eux-mêmes, s'installent et partent à la recherche des quinze hommes. Sans succès, rien ne permis d'expliquer leur absence totale sur l'île. Aucune trace de violence à déplorer, aucun signe visible du groupe.

En 1590, après la guerre entre l'Angleterre et l'Espagne, John White revient à Roanoke avec une expédition et découvre l'île vide de ses colons. Seul le mot "Croatoan" gravé sur l'écorce d'un arbre par un des colons suscitent de vives hypothèses sur leur disparition encore non résolue.

Le noir leur va si bien . . .

Le noir total et l’impasse dans laquelle les personnages pataugent influent sur le danger à la fois omniscient et maitre des cadres. Au premier plan, au second plan, à l’arrière-plan, en haut ou en bas, l’ombre s’immisce, se cache, surgit sans prévenir et joue son rôle d’agitateur qui consiste à mettre les personnages en perpétuel mouvement sous peine de disparaître.

L’obstacle majeur, la lumière qui se fait de plus en plus rare par des batteries défaillantes, rajoute à son arc les voix et les présences illusoires des êtres aimés par les résistants pour se laisser attraper par la vague. Autant dire que le mythe de la caverne de Platon est plus que jamais appliqué, et ce dès le générique illuminé par la lumière de la projection d’un film.

Paul le projectionniste, artisan de l’illusion divertissante, est lecteur d’une légende fantastique qui va se réaliser (2min53 « mysterious dark matter »), joue dans sa propre fiction en croyant trouver James et veut se sentir réel à force de se répéter qu’il existe face à la noirceur.

Fin du monde ?

Gout apocalyptique avec des moyens modérés, Vanishing on 7th Street creuse à fond sa matière dans un temps imparti, convenable à ce mystère indiscernable qui fait la part belle au pessimisme et à l’espoir dans un savoureux plan large d’ensemble dédié à James et Briana à cheval sur une route déserté, la lampe torche allumée.

Hayden Christensen, flippant, égoïste mais humain, Thandie Newton, mère d’un bébé, atteinte de morale christique aigüe et John Leguizamo en type parano cultivé, ils sont tous bons, flanqués de deux jeunes qui en font autant pour rester dans la mesure de la peur.

Vanishing on 7th Street (2010), USA, 87min, vf, couleur, Mandalay Vision

Réalisation : Brad Anderson

Scénario : Anthony Jaswinski

Directeur de la photo : Uta Briesewitz

Montage : Jeffrey Wolf

Musique : Lucas Vidal

Producteurs : Norton Herrick, Tove Christensen, Celine Rattray

Producteurs exécutifs : Elayne Herrick, Michael Herrick, Peter Graves, Ken Hirsh, Nick Quested

Avec Hayden Christensen, Thandie Newton, John Leguizamo, Jacob Latimore, Taylor Groothuis

Sources :

http://histoire-et-legende.blogvie.com/2011/05/13/la-colonie-perdu

http://legendesurbaines.blog4ever.com/blog/lire-article-376187-1573833-croatoan.html

http://solomonkane.free.fr/ROANOKE.pdf

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STÉPHANE MATCHEU

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