Risques de cancer: des biberons toxiques retirés des hôpitaux

Il y a bien un effet Médiator: le ministère de la Santé procède au retrait des biberons et des tétines cancérogènes dans les maternités et les hôpitaux.

Xavier Bertrand, le ministre de la Santé, ne transige pas avec la sécurité des bébés. En découvrant jeudi 17 novembre le dossier publié par Le Nouvel Observateur qui démontre que plusieurs millions de biberons, de tétines et de téterelles à usage unique, stérilisées avec un gaz cancérogène, sont utilisées chaque année dans les hôpitaux et les maternités de France, il a ouvert aussitôt une enquête. Et décidé de retirer «dans les plus brefs délais» les produits caoutchoutés qui servent à l'alimentation des nouveaux-nés et qui ont été stérilisés avec de l'oxyde d'éthylène.

Un retrait immédiat et une enquête de l'Igas

Ce vendredi 18 novembre, le ministre reçoit d'ailleurs les fabricants et les fournisseurs pour organiser le retrait le plus rapide possible des biberons jetables incriminés tout en assurant un approvisionnement constant dans les services de maternité.

Dans le même temps, une enquête a été confiée à l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) pour découvrir comment une réglementation, mise en place dans les années 1990 et interdisant l'usage du gaz toxique dans la stérilisation des produits caoutchoutés à usage alimentaire, a pu être ainsi contournée, au risque de mettre en danger des millions de bébés. On devrait connaître ses conclusions «avant la fin de l'année».

Chacun peut se réjouir d'une telle réactivité, sans aucun doute liée au scandale du Médiator, et à la volonté du ministère de ne pas laisser perdurer des doutes chez les parents de millions de bébés qui sont nés, depuis vingt ans, dans les hôpitaux et les maternités françaises. D'autant que le risque encouru par les bébés n'est pas évalué.

Quelles conséquences pour les bébés?

«Rassurons les mamans», écrit cependant Le Nouvel Observateur sur son site le jeudi 17 novembre : «rien ne permet d’avancer qu’il y a eu des conséquences sur la santé des millions de bébés qui ont tété en maternité ces tétines et téterelles stérilisées à l’oxyde d’éthylène. Mais elles sont en droit de s’offusquer que d’aucuns aient pris ce risque, si minime soit-il, alors que d’autres procédés de stérilisation, fussent-il plus onéreux, existent. Il est vraisemblable que dans les heures qui viennent, des experts insisteront sur le très faible niveau de résidus contenus dans ces tétines».

Combien de bébés sont concernés par ces risques? Sur les 800 000 qui naissent dans les maternités des hôpitaux, la moitié sont nourris au sein. Il reste donc 400 000 bébés. Les deux sociétés qui fournissent les tétines jetables en vendent 11 millions par an aux hôpitaux français.

Pas d'ambiguïté dans la réglementation

Depuis 1994, la réglementation française puis européenne excluent l’oxyde d’éthylène des procédés légaux de stérilisation dès lors qu’il s’agit de «matériaux au contact des denrées alimentaires» (MCDA). C'est très exactement la définition des tétines. «En janvier 2010, écrit Le Figaro , une lettre de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes précise dans un courrier adressé en copie à la Direction générale de la Santé (DGS) et à l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de Santé (Afssaps) que «l'utilisation de l'oxyde d'éthylène n'est pas autorisée pour désinfecter des objets destinés au contact des denrées, tels que les biberons.»

Pourtant, si la réglementation est claire, les fabricants, eux, jouent sur l'ambiguïté de leur métier: cette méthode de stérilisation est en effet «autorisée pour le matériel médical» comme les compresses, les gants et autres mais elle est interdite pour les biberons. Or, les deux industriels mis en cause, la société belge Beldico rachetée par Médipréma, et le groupe français Cair, qui ont remporté l'appel d'offres de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris fournissent à la fois les matériels et les tétines. Ce qui fait dire aux représentants de l'Agence française de sécurité des produits de santé (Afssaps): «C'est un tour de passe-passe».

Le danger connu depuis les années 70

L'interdiction d'utiliser l'oxyde d'éthylène, ce gaz stérilisant pour nettoyer les matériaux en contact avec les aliments s'appuie sur des enquêtes réalisées dans les années 70 à la demande des ministres Simone Veil et Jacques Barrot.

«Il s’agit, précise encore Le Nouvel Observateur, d’un cancérogène "direct" et "avéré" pour l’homme, dont nous savons à peu près tout depuis la moitié des années 70. Y compris que nous ne savons rien sur les doses qui seraient les plus appropriées, notamment pour des bébés. Et c’est précisément pour cette raison que l’interdiction est un impératif de principe catégorique».

Pendant longtemps, les hôpitaux ont pu fermer les yeux sur les risques de ces biberons jetables. Les fabricants insistaient en effet sur le caractère «100% efficace contre les virus et les bactéries» de l'oxyde d'éthylène. Car c'est un autre combat quotidien que mènent les établissements de l'Assistance Publique: la lutte contre les maladies nosocomiales.

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