Le peuple de Paris au XIXe siècle: exposition au musée Carnavalet

Le musée Carnavalet de Paris propose une remarquable exposition sur Le peuple parisien au XIXe siècle.
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Depuis le 5 octobre et jusqu'au 26 février 2012, le musée Carnavalet d’histoire de Paris propose une exposition riche et complète, concernant le peuple de Paris au XIXe siècle. Il y est représenté dans son labeur, ses manières de vie, le logement et les craintes qu’inspirent aux possédants les masses populaires.

Le peuple : sources et définition

La première question à laquelle, cette exposition répond est celle des sources permettant d'accéder à ces tranches de vie et qu'entend t'on par cette notion de peuple? Les classes populaires peuvent être cernées par des traces laissées par les élites. Plusieurs statisticiens ont explorés la classe ouvrière : Louis Villermé (1782-1863) et Alexandre Parent Duchatelet (1790-1836). Il s’agit dans les deux cas de médecins, et pour le dernier un hygiéniste. Ils sont des entrepreneurs de morale : c’est-à-dire ceux qui produisent des normes et qui les font respectés. Les catégories populaires compteraient pour les trois quart des habitants de la capitale au XIXe siècle. Selon la terminologie employée, le peuple rassemble la partie la plus pauvre de la nation française. Au XIXe siècle, Paris devient une capitale industrielle. Des lithographies illustrent cette donnée à travers le peuple à la tâche : Tanneries sur la Bievre vers 1900 de Louis Vert (1865-1924), car le travail de ce photographe présente un intérêt photographique autant qu'historique [1] : il retranscrit des scènes de rue. Le peuple travaille de ses mains avant tout, et c'est ce qui le caractérise. L'exposition représente bien ce peuple parisien du XIXe siècle au travail, notamment par la gamme infinie de petits métiers. Une unité des rythmes de vie semble caractérisée ce peuple parisien.

Le peuple au travail

Ce qui caractérise le peuple est son labeur, et cette exposition nous le montre parfaitement. Les métiers parisiens sont parfaitement décris. Les métiers de rue ne nécessitent pas de formation particulière. Il s’agit d’une gamme variée de petits métiers : porteurs d’eau, vitriers… De ce point de vue, Louis Vert photographie parfaitement ces petits métiers parisiens. Une partie de l’exposition présente le monde de l’artisanat de luxe ou de demi-luxe. Il est question de la bijouterie et de l’ébénisterie. Le nombre moyen d’ouvriers dans cette branche par unité est de 4.8 au XIXe siècle. Il y est fait allusion à l’opposition entre marchands, négociants et ouvriers du secteur. Ce qui pourrait signifier une lutte de classe dans ce secteur professionnel. Plusieurs lithographies illustrent les métiers parisiens du XIXe siècle. Nous pouvons citer Un porteur d’eau auvergnat à Paris au XIXe siècle : « que de 2 sous perdus » d’Hippolyte Bellangé (1800-1866) peintre et lithographe ou Les maçons datant de 1828 et ayant pour auteur Martin Sylvestre Baptiste (1791-1859). Cette dernière iconographie est remarquable, car elle illustre bien les postures et allures propres au peuple en labeur.

La vie du peuple parisien : le logement et l'hygiène

Parallèlement, l’exposition explore bien la vie du peuple en dehors de son labeur : le logement, les sociabilités, l’hygiène du peuple. Comme le souligne certaines indications présentent : au milieu du XIXe siècle, 74% des hommes sont dans leurs meubles, ainsi que 79 % des femmes. La plupart des logements parisiens sont loués. Cette partie de l’exposition indique que le loyer constitue pour le peuple une lourde charge, malgré la modicité des loyers. Une partie trop réduite est consacrée à la prostitution devenant un problème d’hygiène publique. Il y est nommé le Docteur Alexandre Parent Duchatelet déjà cité, auteur d’un essai consacré à ce sujet. [2] Au niveau de l’hygiène, les classes populaires bénéficient de l’eau courante à la fin du XIXe siècle. Pendant longtemps l’individu odoriférant est vu comme un homme en bonne santé. Une pièce est consacrée à Honoré Daumier (1808-1879) avec quelques lithographies remarquables de cet artiste, si attachant par son œuvre : Le forgeron remarquable d’humanité ou L’orgue de barbarie vers 1862

La peur du peuple

Les classes dirigeantes ont toujours nourri des sentiments de crainte vis-à-vis du peuple. Cette peur du peuple se double du sentiment que les fléaux sociaux font des progrès inexorables : prostitution, vol, criminalité. Cette angoisse sociale est alimentée par les faits divers diffusés par certains journaux, notamment La Gazette des tribunaux . Ce journal relate les procès et faits divers dans Paris. Les classes dirigeantes craignent aussi les explosions du peuple et les révolutions, qui ont scandées le XIXe siècle parisien : révolution de 1830, de 1848, insurrections ouvrières des journées de juin 1848, Commune de 1871. [3]

Il s’agit donc d’une exposition autant enrichissante que vivante. Elle permet de rencontrer le peuple parisien du XIXe siècle dans ses diverses problématiques [4]

[1] Voir pour ce photographe Alain Fourquier, Louis Vert (1865-1924) : photographe de l’animation de la rue à Paris , Paris, S. Fourquier, 2008, 127 p.

[2] Alexandre Parent Duchatelet, De la prostitution dans la ville de Paris suivie d'un Précis hygiénique, statistique et administratif sur la prostitution dans les principales villes de l'Europe , Paris : J.-B. Baillière et fils, 1857

[3] Voir Louis Chevalier, Classes laborieuses et classes dangereuses à Paris pendant la première moitié du XIXe siècle , Paris, Perrin, 2007, 566 p. (collection Tempus)

[4] Le peuple de Paris au XIXe siècle : 5 octobre 2011 – 26 février 2012, Musée Carnavalet 23 rue de Sévigné Paris 3eme, horaires du mardi au dimanche de 10 h à 18 h

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