Presse et caricature au XIXe siècle : rendez-vous de Blois 2011

Dans le cadre des journées de l'histoire de Blois, la rencontre de Dominique Kalifa et Fabrice Erre permit d'établir un bilan de la presse au XIXe siècle
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Les rencontres de l'histoire de Blois sont l'occasion de débats et d'échanges fructueux. Cette année 2011, le thème principal fut l'Orient . Le dimanche 16 octobre de 14 heure à 15 heure, le café littéraire du salon proposait un débat fort intéressant. Il a réuni l'historien Dominique Kalifa et l'historien et auteur de bandes dessinées Fabrice Erre, avec comme modérateur le journaliste Philippe Bertrand. Le thème portait sur la presse et la caricature au XIXe siècle.

Presse et pouvoir en France au XIXe siècle

En ce qui est de l'histoire de la presse, Dominique Kalifa souligne que la Révolution française voit une libération de l'écrit. Effectivement, l'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen stipule : " La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme ". Cependant, au cours du XIXe siècle, la presse est sous contrôle. En 1810, l'Empire a rétabli la censure. Sous la Restauration, la censure est assouplie : lois de Serre en 1819. Le 29 juillet 1881, la liberté de la presse est instaurée. Les intervenants citent quelques titres de journaux du XIXe siècle français : "Le Constitutionnel, Le National, La Réforme, La Presse d'Emile de Girardin (1806-1881), Le Figaro" . On pourrait rajouter " La Gazette des tribunaux "...

Lectorat

Dominique Kalifa souligne qu'entre 1800 et 1830, le lectorat est surtout urbain. Il est composé de notables dans un système électorale censitaire : il faut payer un certain degré d'impôt pour pouvoir voter. C'est ce qu'il nomme "électorat lectorat". Il faut aussi prendre en compte le degré d'alphabétisation de la France au XIXe siècle. Le recensement démographique de 1866 donne des données sur l'instruction. [1] D'autre part, en 1877 Louis Maggiolo, recteur de l'académie de Nancy lance une enquête auprès des instituteurs. Celle-ci permet de voir la proportion d'époux ayant signé leur acte de mariage, entre 1686 et 1876. En 1862, certains départements français, comme Le Cher, l'Allier ou la Vienne comptent encore 50% et plus d'analphabètes. [2] La presse est chère. Le journal est plus un discours, une réthorique, qu'un récit documenté, ce qu'il deviendra ultérieurement. A la fin du XIXe siècle, la France a été alphabétisée : en 1881-1882 furent instaurées les lois de Jules Ferry (1832-1893) sur l'enseignement primaire gratuit et obligatoire. Les transports se développent et le prix des journaux baisse. Il y a explosion du lectorat

Presse et économie et pouvoir

Très rapidement, la presse fut confrontée au problème des moyens financiers, et donc de ses rapports avec l'argent. Dominique Kalifa note qu'Emile de Girardin, fondateur du quotidien La Presse , soulignait que pour vendre, il faut faire intervenir d'autres bailleurs. Emile de Girardin conçut le principe du quotidien bon marché, notamment par le biais de la publicité. Puis, les grands patrons de presse firent fortune dans la banque et les chemins de fer. La presse rentre dans une culture marchande. Parallèlement, la presse régionale se développe de 1870 à 1900, sous la IIIe république. Il y a installation des fils télégraphiques, et ainsi elle peut se suffire au niveau de la collecte de l'information. Globalement, remarquent les intervenants, le journal devient un instrument essentiel dans le fonctionnement du monde. Il devient un outil majeur des démocraties naissantes.

La caricature

Fabrice Erre aborde le problème de la caricature, notamment sous la monarchie de Juillet. Le roi Louis Philippe Ier est caricaturé en forme de poire. La poire devient le symbole de celui que l'on nomme le roi bourgeois. Fabrice Erre note le développement de la caricature dans les journaux, en 1831. Nous passons d'une volonté de représentation du beau, au désir de montrer la réalité, et notamment lors du règne de Louis Philippe Ier. La caricature donne une image du vrai. La poire devient le symbole qui dit tout. On peut aussi dans le même registre faire référence aux caricatures d'Honoré Daumier (1808-1879). Ce dernier cible les principaux personnages politiques de la monarchie de Juillet. Il prend aussi pour cible la bourgeoisie dans son ensemble. La caricature n'est pas nouvelle : pendant la Révolution française, les écrits pamphlétaires peuvent être mis en parallèle. On peut aussi faire mention des caricatures sous l'Empire ciblant l'homosexualité de l'Archichancelier d'Empire Jean Jacques Regis de Cambacérès (1753-1824).

Cette rencontre permit ainsi de dresser les principales caractéristiques de la presse française [3 au cours du XIXe siècle, et d'établir une perspective historique. Ces échanges sont précieux pour confronter les points de vue, et ceci n'est pas l'intérêt moindre de ces journées de l'histoire de Blois

[1] voir Wladimir Sachs et François Furet, "La croissance de l'alphabétisation en France XVIIIe XIXe siècle", Annales, économies, sociétés, civilisations , année 1974, volume 29, n°3, p. 714-737

[2 voir Théodore Zeldin, Histoire des passions françaises, 1848-1945. 2, Orgueil et intelligence , Paris, Ed. du Seuil, 1978, p. 165

[3 voir Dominique Kalifa, La culture de masse en France. 1, 1860-1930 , Paris, Ed. de la Découverte, 2001, 122 p.

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