Bedevilled. Ils ont eu rendez-vous avec le diable

Après quatre jours de frissons, la 18ème édition du Festival du film fantastique de Gérardmer a joué son clap de fin. « Bedevilled », du sud coréen Jang Che

Toujours aussi fantastique dans son premier rôle ; comme d'habitude, la verve de Jean-François Duval s'est offerte le prime de la cérémonie d’ouverture du Festival. Et si l'adjoint au maire s'amuse particulièrement de ce générique, c'est aussi parce qu'il sait que son public s'en délecte lui aussi. A commencer par cette éternelle inspiration puisée dans le thème même de l'événement. Et l'élu d'évoquer ainsi les potentiels claustrophobes de la salle, les malheureux ablutophobes placés à proximité du lac ; et que dire, sinon les rassurer, des squalophobes et autres arachnophobes ? « Le Festival serait-il lui-même paranoïaque comme disait Dali ? Souffre-t-il d'un délire de grandeur ? Non ! S'il est ce qu'il est aujourd'hui, c'est grâce aux centaines de bénévoles, à la Ville de Gérardmer et aux nombreux partenaires qui, chaque année, font des merveilles. Est-ce de la jalousie que de dire que le Festival a choisi un très grand président du jury ? Non ! Car personnellement, je n'échangerais pas De Niro contre un Argento. »

Et comme d'habitude, tout l’humour de ce discours n’a eu d’égal que les flèches taquines envoyées avec soin tout au long de l’allocution, notamment lorsqu'il s'est agi d'évoquer « le délire récurrent de persécution du Conseil Général. C'est à ce demander si Gérardmer se situe réellement dans les Vosges. Pourtant, sur une carte, la Perle des Vosges en fait bien partie. Ne serait-il pas temps pour le Conseil Général de changer ses vieilles boussoles pour des GPS ? Peut-être alors ne resterait-il pas muet à nos sollicitations ? » , ironisait encore l'adjoint.

« Accepter de se laisser bousculer... »

Après quoi c'est donc avec fierté que le vice-président de la Région Lorraine dédié à la Culture, Thibaut Villemin, a pris à son tour la parole, insistant sur l'engagement du Conseil Régional, partenaire principal du Festival. Et de rappeler également « l’intérêt croissant réciproque de la Région pour le monde du cinéma. N'oublions pas que de plus en plus de tournages ont lieu dans notre belle région. » Le vice-président qui avait par ailleurs tenu à apporter quelques précisions sur le thème retenu cette année par le Festival ; un thème qui s'était notamment attiré les foudres d'une association d'aides aux victimes de pathologies psychiatriques. « Il n'y avait aucune intention de blesser, mais d'aider à comprendre, accompagner. Acceptons de se laisser bousculer de temps en temps. Ce Festival bouscule justement notre vie. Il se veut un temps partagé, nous avons à le construire ensemble. »

Au tour du président de l’association du Festival, Pierre Sachot, de prendre ensuite la parole de manière simple mais tout aussi élogieuse à l’évocation d’une manifestation marquée par « le plaisir d'accueillir entre autres un grand maître du cinéma fantastique, Dario Argento. Cette édition se veut encore plus magnifique avec plus de soixante films programmés, le double de projections, et ce 24 h/24. Sans oublier des animations toujours plus nombreuses aux quatre coins de la ville et des rencontres internationales du fantastiques enrichies. »

Dario Argento, président du jury longs métrages

Autre maître de la simplicité : Lionel Chouchan. Jamais de long discours en effet pour le créateur et délégué qui avait en particulier la tâche cette année encore d'annoncer ce que tout le monde attendait, l’arrivée sur scène imminente des membres du jury. Salve d'applaudissements... Place au défilé de stars donc avec l'arrivée sur scène des comédiens Sophie Quinton, Maurice Barthélémy, Nicolas Cazalé, Clovis Cornillac et Serge Hazanavicius, du réalisateur, scénariste et producteur Alexandre Aja, du réalisateur et scénariste Fred Cavayé, et de la réalisatrice, scénariste et productrice Lucile Hadzihalilovic, sans oublier, le maître Dario Argento. Début d'une mission qui durera quatre jours : consommer sans modération un délice de frissons devant les longs métrages en compétition, les départager, et élire le meilleur d'entre eux. Pas le temps de souffler d'ailleurs puisque la plongée dans l'horreur à débuté quelques minutes plus tard avec, en avant goût, un rendez-vous avec le Diable en personne. Sur les toiles en effet, en ouverture ce soir là, le film « Devil » de John Erick Dowdle. Chef-d'oeuvre de la claustrophobie, mise en bouche pleinement dégustée ; le menu ne faisait que commencer...

La consécration du cinéma sud-coréen

19 heures et quelques minutes, ce 30 janvier. L'ultime lever de rideau approche pour cette 18ème édition du Festival du Film Fantastique. Le compte à rebours à commencé et d'ici une poignée d'instants, le palmarès 2011 se dévoilera au pied de la grande toile de l'Espace LAC. Et ce soir là d'ailleurs, pas question de battre la mesure d'un interminable suspens. Président de l'association du Festival, Pierre Sachot, ne prendra la parole que quelques minutes. Pas de longs discours donc, ni de la part du créateur et délégué général Lionel Chouchan, mais en revanche, une partition bien remplie au registre satisfaction générale. Et le président de souligner notamment une fréquentation extraordinaire cette année, tant en salle que des les rangs des multiples animations organisées aux quatre coins de la ville. « On retiendra notamment des salles remplies par plus de 200 personnes à l'occasion de séances programmées à 4 heures du matin. Si la bonne santé d'un événement se mesure par sa fréquentation, alors le Festival de Gérardmer se porte comme un charme. Dès aujourd'hui, je vous donne donc rendez-vous en 2012. »

Le Grand Prix pour « Bedevilled » de Jang Cheolsoo

Cela étant dit, et donc après un bref passage sur scène de Lionel Chouchan, les grandes réjouissances ont débuté avec la remise du grand prix du court métrage par Kim Chapiron, président du Jury. Un prix attribué au « Miroir » de Sébastien Rossignol.

Le titre de meilleur inédit vidéo est allé, quant à lui, à « Triangle » de Christopher Smith. Prix du jury SyFy pour « The Loved Ones » de Sean Byrne. Entrée en compétition ensuite, et début de la consécration pour le cinéma sud-coréen, avec le prix du jury jeunes de la Région Lorraine décerné à « J'ai Rencontré le Diable » de Kim Jeewoon. Ce même film qui remportera également le prix de la critique et le prix du public – Vosges Matin – Est Républicain.

Une tendance que l'on aurait pu croire brisée durant un temps puisque les films « Ne Nous Jugez Pas » et « The Loved Ones », respectivement mexicain et australien, s'aligneront ex-aequo sur la ligne prix du jury. Pourtant il n'en fut rien puisque le Grand Prix 2011 sera finalement attribué à une autre production sud-coréenne : « Bedevilled » de Jang Cheolsoo. Après l'effroi venu du froid l'an passé, l'horreur venue d'Orient cette année. Clap, dernière. Le rideau est tombé.

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